Vaincre, fuir ou subir

Vaincre, fuir ou subir

le 14 mars, 2014 dans Asservissement moderne par

La vie est une lutte dont seuls les vainqueurs semblent tirer profit. Les autres se contentent de survivre, comme des ânes, entre leur consommation de carottes et leur crainte des coups. Personne ne souhaite croupir dans la souffrance, et notre quête de plaisir pourrait se résumer à une valse entre punitions et récompenses. Quoique, certains parviennent à s’évader loin de ce tumulte tragique, histoire d’en pâtir le moins possible, quitte à se soumettre. Une soumission donc en parfaite harmonie avec notre refus d’agir par peur de souffrir.

Aussi, quelques-uns tentent d’accéder au bonheur en désaltérant leur soif de pouvoir. C’est alors la compétition pour gravir les échelons hiérarchiques : une ascension sociale permettant aux plus forts de légitimer leur statut par l’acquisition d’un maximum de biens. Peu importe leur manière : appropriation, exaction, exploitation ou spéculation ; nous savons depuis Balzac que « le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié ». Nous savons surtout que les hommes ne s’estiment que par ce qu’ils ont et s’ignorent pour ce qu’ils sont.
Un schéma bien établi dans nos sociétés laissant la majorité des hommes en faillite. Des échoués s’imaginant alors que par une meilleure consommation ils pourraient échapper à leur sort d’opprimés. Mais, ceux bénéficiant des privilèges n’ont aucun intérêt à prôner une plus grande égalité, et ce, même si la planète moisit avec eux. Ainsi les médias, la publicité et l’éducation, à leur solde, chantent une propagande nous incitant toujours plus à travailler et agir pour avoir – et non pour être. L’équation assignée devient même : fabriquer pour avoir et dépenser pour être. Autrement dit : nous sommes formatés pour produire et administrer des marchandises et services, que nous devons ensuite consommer si nous voulons jouir d’une place en vue. Nos censeurs encagent ainsi nos désirs pour éviter qu’ils ne s’égarent vers trop de liberté.

Plus tartufes que démocrates, ils nous laissent croire que nous contrôlons leur monde en nous incitant à voter pour ceux qui, en définitive, ne nous exhorteront jamais à nous émanciper. Ils nous éblouissent de mots magiques comme « démocratie » ou « droit de l’homme » pour que leurs histoires de vainqueur s’harmonisent avec nos chimères de vaincus.
Mais cette dialectique de la servitude fondée sur notre aliénation consumériste et citoyenne n’est pas inéluctable.

Homo homini lupus est

L’homme est un loup pour l’homme, certes, mais le loup n’est pas une bête méchante. C’est avant tout un animal qui cherche à se nourrir quand il souffre de la faim.
Ainsi s’instaure la loi du plus fort dans un monde qui semble dès lors voué à la guerre de tous contre tous. Paradoxalement, dans cette nature, les prédateurs et les conquérants paraissent radieux, au point que la majorité cherche toujours à leur ressembler… Mais a-t-on déjà vu un mouton montrer ses crocs ?
Nous ne savons plus nous battre tels des gladiateurs, des vikings ou des cosaques. La lutte oui, mais à la condition de ne pas souffrir ! Alors, nous préférons noyer nos humeurs belliqueuses dans la conquête de quelques hochets assurant le prestige de nababs repus.

A faire les ânes, les loups ou les moutons, nous nous délecterons peut-être des vices du pouvoir et des ivresses du confort, mais n’oublions jamais que nous sommes avant tout des hommes ayant les moyens de nous affranchir de ces fatalités serviles.
Malheureusement la simple pensée d’affronter le réel tel qu’il est : inhospitalier et cruel, nous effraie au point de nous inhiber et de nous soumettre aux orchestrations les plus farfelus de nos maîtres-chanteurs. Pourtant c’est dans ce choc avec ce réel que se trouvent les germes de notre liberté.

De plus, il y a toujours moyen de se dérober de ce premier pas libérateur et de conjurer cette tragédie du quotidien : la société du spectacle nous divertit et les grâces célestes nous consolent suffisamment pour nous aider à mieux supporter nos chaînes sans broncher. C’est l’empire du moindre mal, car le pire reste malgré tout quand nous ne pouvons ni lutter, ni fuir. En effet, cette impossibilité d’agir pour survivre occasionne nécessairement, à terme, la déficience de nos systèmes immunitaires : stress, angoisse, névrose, dépression, hypertension, ulcère et autres maladies plus fatales ou pernicieuses.
Catharsis et foi obturent ainsi quelque peu nos velléités d’indépendance autant que nos troubles pathologiques, et aident nos consciences sourdes à toujours plus consentir aux pouvoirs des autres.

Cessons de consommer notre servitude pour devenir les artisans de notre liberté !

Nous ne pouvons échapper à la cause de nos malheurs, mais un simple effort de conscientisation nous permettrait sans doute de mieux les supporter. Les facteurs environnementaux et sociaux sont de puissants déterminismes ayant une série de répercussions sur notre propension à refuser de servir, ou pas. Prendre conscience de ces déterminismes nous éviterait d’agir de manière conditionnée. Conscients de nos idées reçues et libérés de nos dépendances, nous serions alors en mesure de ne plus répondre par un comportement formaté et automatisé – attitude, on le sait maintenant, propice aux sournoises tyrannies de nos gouvernants.

Nous pouvons dès maintenant interrompre ce cercle vicieux nous sollicitant encore et toujours à faire la crapule, le lâche ou le dépressif. Il s’agit de reconnaître et comprendre les rouages qui ont fait de nous des esclaves. Nous gagnerons alors nécessairement à contracter une nouvelle formule démocratique fondée sur la coopération des hommes, la mutualisation des biens et la fédération des communautés. Une liberté politique réalisée en définitive dans l’intérêt de tous et échafaudée sur les bases d’une véritable égalité sociale.
Et pour les cyniques reléguant ces opportunités d’émancipation aux confins des utopies, il leur restera, pour persévérer dans leur être vicié, la possibilité de se soumettre une nouvelle fois aux diktats des mentors se vantant toujours plus de la vertu des vainqueurs et de la misère des vaincus…

7 Commentaries

  • Ce texte est dédié à Nanou, sans qui cette réflexion n’aurait pu aboutir. Réflexion débutée il y a des lustres à la lecture de Hobbes (De la liberté et de la nécessité), de Schopenhauer (Essai sur le libre arbitre), et d’Henri Laborit (La nouvelle grille et Eloge de la fuite).
    J’espère avoir l’occasion de débattre sur ce sujet avec beaucoup d’entre vous et en particulier certains de mes contradicteurs attitrés : Betov, Quéteur et Enèbre…

    • betov dit :

      Le problème, vois-tu, Cédric, c’est que nous sommes tous parfaitement acquis au rejet de la dominance sociale… et que la seule chose que nous puissions te répondre est:

      « … la coopération des hommes, la mutualisation des biens et la fédération des communautés… » … chouette… guide nous vers la lumière, Ô Cédric… 😉

      J’ai 67 ans. J’ai tout compris de la dominance animale et de la dominance sociale quand, à l’âge de 25 ans, j’ai observé les comportements d’un troupeau de chèvres. Les dernières fois où j’ai appris quelque chose de neuf de quelqu’un, cela a été en écoutant de gens comme Francis Cousin, Etienne Chouard, ou même soyons fous (pourquoi pas), un Alain Soral et consorts. Tous ces gens éclairent beaucoup de choses, chacun à sa façon…

      • Cédric dit :

        Je crois que tu as raté la phrase suivante Betov : « Et pour les cyniques reléguant ces opportunités d’émancipation aux confins des utopies, il leur restera, pour persévérer dans leur être vicié, la possibilité de se soumettre une nouvelle fois aux diktats des mentors se vantant toujours plus de la vertu des vainqueurs et de la misère des vaincus… »
        Tu proposes quoi, en définitive Betov ? Le Finley ou le Manin réchauffé à la sauce Chouard ? A d’autres donc ces utopies d’un autre temps ! Je me suis expliqué là dessus il y a encore peu (« Pour en finir avec notre diktacratie »). Mais là déjà tu ne semblais pas convaincu par mes propositions…
        Reste quoi, le courageux Soral et sa brillante critique de nos théocraties corrompues, certes (Et Diktacratie.com lui doit beaucoup !)…mais après qu’est ce qu’il propose comme nouvelle donne ? Un nouveau nationalisme ? Pas vraiment notre came, ici chez les Kronstadtiens !
        Enfin, il est bon d’y réfléchir tous ensemble, au lieu de distiller ses petites politesses cyniques, juste pour montrer la supériorité d’un savoir ou d’une expérience…Enfin si c’est comme cela que tu te sens heureux, pourquoi pas ! Mais sincérement, j’attendais quand même un autre genre de débat avec toi Betov !

        • betov dit :

          « Tu proposes quoi, en définitive Betov ?  »

          J’ai proposé la criminalisation de la grande richesse. D’accord, c’est un peu court. Avant de proposer cela, il faut instaurer une démocratie, ce qui est totalement incompatible avec l’UE. Donc, en remettant dans l’ordre : 1 – Sortir de l’ UE. 2 – Instaurer une démocratie. 3 – Crimaliser la richesse… 4 – Instaurer le revenu inconditionnel universel, etc.

          Malheureusement, j’ai bien peur qu’on commence par la fin, ce qui provoquera indubitablement la fin de l’humanité.

          « … tu ne semblais pas convaincu par mes propositions… »

          Et pour cause. La seule chose à peu près limpide que j’ai entendue de toi est l’appel à la révolte. Le mode négatif, le rejet de ce qui est, n’est pas une option. Quant au rétablissement du communisme primitif (ce que je nomme « âge d’or » – le pré-néolithique -), c’est exclu. Avant d’en venir là, il faudrait que tout le monde comprenne ce qu’a été la révolution religieuse du néolithique et revenir sur les véritables fondamentaux, ce qui signifierait remplacer la religion par la mystique. Autrement dit, tout cela est radicalement hors de portée. Les gens ne savent même pas ce que signifie le mot « mystique ». Même les plus cultivés n’en ont aucune idée.

          Dans le registre des choses sérieuses et possibles, je ne vois pas même comment sortir de l’UE. A l’évidence pas par des manifestations, ni même par une révolution sanglante. C’est juste impossible. Rothchild a les peins pouvoirs et rien ne lui fera jamais lâcher prise.

  • enebre dit :

    Bonjour Cédric,
    enebre pas Enèbre 😉
    Que le sens de la vie soi une lutte pour survivre dans un milieu hostile qu’est notre bonne vieille terre avec ses milliards de milliards de bactéries, son oxygène qui nous ronge, son soleil qui nous brûle et nous qui nous multiplions sans même savoir compter.
    C’est un fait, et il me semble que nous devrions prendre conscience que nous nous trompons d’objectif au sens large de l’humanité, en créant une vie sociale de luttes fratricides pour des biens financiers et pour du pouvoir sur autrui, nous nous trompons de combat et c’est dès lors que pour la lutte finale nous y laisserons tous notre vie, seul véritable trésor valant quelque chose, la course à la vie, une course pour laquelle nous avons perdu bien du temps et déjà quelques longueurs, nous ne sommes pas seul à vouloir coloniser le vivant et la planète, et nous à glaner de ci de la, à pavoiser de notre magnificence, à suivre des leurres et de fausses vérités sur le sens de la vie (qu’ils nous ont enlevé du cursus scolaire).
    Dire que nous sommes bêtement trompé pour les ors de la richesse, c’est une chose mais si en plus nous sommes doublement trompé par une « élite » qui se gave de tout et qui en plus nous dirige vers la perte du but ultime de la vie, alors là c’est trop et nous devons nous mobiliser, nous les quelques derniers à chercher l’issue de secours de ce navire en perdition avant que l’eau n’atteigne le franc bord, au besoin nous devrons enlever les galons du capitaine et enfin donner l’ordre de se regrouper … aux avirons et pompes de secours, pour reprendre la barre du vaisseau, notre vaisseau. Il n’y a pas d’autre terre, pas d’autre corps, pour notre unique expérience de la vie, NOTRE VIE.
    On va quand pas se laisser à nouveau enchaîner pour les bons plaisirs d’une élite.
    Si c’est pas nous QUI ?
    Demain ils auront retiré la faculté de penser à vos enfants et auront éliminé ceux qu’ils auront jugés inutiles à servir.

  • Eric dit :

    Bonjour

    Avoir lu Laborit et vouloir changer un système par un autre « échafaudé sur les bases d’une véritable égalité sociale » y’a pour moi un non sens.

    Le titre de l’article reprend bien les thèses de Laborit:
    1) Vaincre, les zapatistes nous ont montré que c’est possible dans certaines conditions.
    2) Subir, et contrer l’inhibition de l’action en s’accordant quelques gratifications consumériste, vu l’augmentation de la durée de vie, les moutons ne sont pas tant à plaindre.
    3) Fuir, là, à l’inverse de ta conclusion, l’espace de liberté reste vaste. Sortir de ce jeu maitre/esclave, avoir une conscience systémique et les bases de la biologie et de la physiologie comportementale, oblige à fuir les villes, mais reste un vaste espace à conquérir.

    • Eric, quand tu parles des zapatistes, j’imagine que tu te réfères aux amis du Commandant Marcos, je ne pense que ce soit le meilleur exemple qui soit. Marcos n’a en définitive rien à voir avec le grand Zapata…
      Ensuite tu estimes que vivre plus longtemps comme esclave est un bien, soit ! je ne le pense pas.
      Enfin, fuir permet de survivre quand nous ne pouvons plus interagir malgré notre conscientisation des événements, mais pour aller où et combien de temps ? C’est un débat que je propose, je n’ai pas de réponses à ça, si ce n’est qu’une issue révolutionnaire à préférer…

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