« Une oligarchie de fonctionnaires inamovibles »

« Une oligarchie de fonctionnaires inamovibles »

le 19 décembre, 2013 dans Démocratie / Oligarchie, Lecture de vacances, Lecture du dimanche par

On ne peut être démocrate quand on méprise le peuple, donc ni les écologistes, ni les gauchistes, ni l’intelligentsia, ni Libération, ni Bernard Henri Lévy ne sont démocrates. La Grèce antique non plus, où dix mille hoplites régnaient sur cent mille esclaves sans droits. Notre actuelle démocratie de Marché pas plus, où les organes de presse sont tous aux mains de groupes financiers dans le but de réduire la conscience citoyenne au désir de consommateur.

Quant à la démocratie populaire à parti unique, l’histoire a récemment montré qu’elle se transformait fatalement en une oligarchie de fonctionnaires inamovibles, progressivement détournés de leur mission d’intérêt général par la corruption.

A l’exception de quelques moments révolutionnaires magiques dont l’Histoire rêve encore (Valmy, la Commune, l’éphémère République espagnole…), la démocratie n’a jamais existé et contrairement à ce que répètent inlassablement les thuriféraires de la « fin de l’Histoire », elle est toujours le but, la seule grande idée et l’accomplissement du bien après la mort de Dieu.

La démocratie à laquelle Rousseau a donné son sens authentique (Voltaire n’ayant fait qu’importer la conception anglaise libérale dont découle notre droite actuelle): une communautés de citoyens-producteurs maintenant un juste équilibre entre liberté d’entreprendre et égalité de situation par la fraternité. Une belle idée qui exige que la République mette tout en oeuvre pour élever – et maintenir – le niveau de conscience de l’ensemble de ses citoyens (notamment par l’éducation), afin que puisse s’exercer en conscience cette souveraineté, et qu’elle ne rechute pas dans les sauvageries, qu’elles soient tribales ou libérales.

Or aujourd’hui, sans même parler de sa problématique réalisation, c’est cette conception même de la démocratie qui tend à disparaître, au  profit d’une autre conception – disons américaine – qui l’assimile à la mobilité verticale. Non plus l’élévation globale du niveau pour accomplir la démocratie de tous les citoyens, mais la cooptation de quelques-uns par l’oligarchie afin de lutter plus efficacement contre elle. Au lieu d’une communauté de consciences souveraines et réconciliées, un système de discrimination positive, afin d’optimiser l’exploitation et l’aliénation de la majorité par la promotion des arrivistes de tout poil.

Seule différence avec l’ancienne version démocratique d’avant 1789 ? Le privilège de pouvoir être exploité par un ancien pauvre (dont on connaît la brutalité envers ses ex-congénères une fois devenu nouveau riche). Voilà sans doute pourquoi Balzac, le critique de gauche le plus lucide de la société française d’après 1815, était paradoxalement royaliste; préférant, foutu pour foutu, la monarchie d’un prince de Conti à la démocratie selon Bernard Tapie ! »

                                                         Alain Soral ( « Démocratie » dans Jusqu’où va-t’on descendre ? )

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5 Commentaries

  • guy dit :

    Soral est apparemment assez inculte de la Démocratie athénienne.
    Dans son livre « Comprendre l’empire », idem, il passe très vite dessus et dénigre le meilleur exemple de démocratie directe de tous les temps.

    Les chiffres que Soral a (et celui qui apparaît dans cet article) ne sont pas ceux dont je dispose, c’est bien étrange.

    Il y a eu différentes démographies sur 2 siècles à Athènes, mais on peut néanmoins tirer une moyenne et une dominante historique d’1 esclave pour 3 citoyens libres voir 3,5. Ce qui n’a donc rien à voir avec le chiffre un peu extrême ci-dessus.

    En plus, je pense que se focaliser sur cette question des esclaves ( focalisation malheureusement trop courante), c’est souvent s’empêcher de s’intéresser aux rouages, aux principes et aux techniques de cette démocratie athénienne (qui sont si importants pour la transformation sociale d’aujourd’hui) et cela est d’autant plus embêtant que l’esclavage fut un élément ni nécessaire, ni suffisant au régime démocratique. J’estime que nous avons donc tort d’insister dessus (tout comme pour l’insistance concernant l’exclusion des femmes de la vie politique).

    Par contre, dire que la vraie démocratie additionnée à un universalisme n’a jamais existé, ça, c’est bien vrai. Et dire que cela reste LE BUT, je suis d’accord aussi.
    C’est d’ailleurs bien cette somme dont nous avons besoin : la vraie démocratie à partir du germe athénien + l’universalisme des lumières (donc pas d’esclaves, les femmes incluses etc.).

  • Thomas dit :

    « On ne peut être démocrate quand on méprise le peuple, donc ni les écologistes, ni les gauchistes, ni l’intelligentsia, ni Libération, ni Bernard Henri Lévy ne sont démocrates. » S’il en va juste du procès d’intention on peut rajouter « ni le front national, ni Diktacratie, ni Soral, etc… »

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