Travail, compétitivité et pauvreté

Travail, compétitivité et pauvreté

le 09 décembre, 2014 dans Dictature de l'économie par

Le conseil central de l’économie belge rapportait qu’en un peu plus d’une décennie les dividendes perçus par les actionnaires avaient doublé. Une tendance que corroborent les analystes français : pour l’année 2013, une progression moyenne de 5% des dividendes pour les entreprises du CAC 40 est annoncée. En dépit d’une accumulation de richesse toujours plus conséquente, le monde entrepreneurial se borne dans sa logique de réduction des salaires au nom de la compétitivité.

Derrière le mot compétitivité, il faut entendre marges bénéficiaires. Pour les accroître, le capitaliste n’hésite pas à s’attaquer frontalement aux pourvoyeurs de richesses : le consommateur et le travailleur qui ne constituent en dernière mesure qu’une seule et même entité : le peuple !

« Une Europe compétitive face à la Chine »

C’est par cette antienne que les fédérations entrepreneuriales légitiment une politique toujours plus agressive sur la question de la flexibilité et du coût du travail. En d’autres termes, du point de vue du grand patronat – non satisfait de disposer au sein de l’Union Européenne d’une manne humaine d’1,5 millions de travailleurs détachés et sous payés – il faudrait que la classe ouvrière européenne s’aligne sur les conditions des travailleurs chinois. Une volonté qui masque difficilement l’état d’inconvenance d’un système économique et oligarchique qui en veut toujours plus pour moins cher.

Au lieu de promouvoir le travail dans sa dimension sociale en nous offrant plus de services publics et en mettant l’accent sur le développement d’un tissu industriel sain, viable et basé sur un commerce mené en bonne intelligence au niveau européen, nos dirigeants préfèrent dessiner les contours d’une société où l’esclavagisme sera notre projet commun.

Car si le prolétariat Chinois reste concurrentiel, c’est bien parce qu’il couvre les plus gros efforts et sacrifices pour les plus petits profits : salaire de misère,  retrait sur la paye en cas de retard, heures supplémentaires non rémunérées, travail sous surveillance, absence de couverture syndicale, licenciement en cas de maladie, interdiction de rire et, de parler durant le travail, logement précaire dans l’enceinte de l’usine, souffrances multiples liées à des conditions de travail exécrables, tel est le quotidien du prolétariat chinois pertinemment évoqué par Micha X. Peled dans son documentaire : « China Blue : ce que cache le made in china ». Un quotidien à mille lieues de celui proposé par le socialisme authentique d’un Paul Lafargue qui s’était promis de délivrer l’homme de la nature aliénante et dégradante du travail.

Destruction de la société civile 

La crise ayant servi de justificatif au processus de recul des acquis sociaux, la précarisation du travail fut alors validée par la logique de la compétitivité. Une compétitivité qui mène invariablement à la liquidation du système de protection sociale avant de détruire l’emploi…

« On court dans la pire direction. On a pris comme moteur de notre société occidentale la compétition. Dès que je suis en compétition, je ne tisse plus de liens. Toute compétition est un suicide. Il nous faut extirper la notion de compétitivité de toute la société ». Cette mesure de bon sens évoquée par Albert Jacquart et bien d’autres ne trouve malheureusement que peu de résonance… En France, pas moins de 44.900 entreprises ont fait faillite au cours des neuf premiers mois de l’année 2013. A travers l’indissociable lutte entre travail et capital, ce sont des millions d’individus qui voient chaque jour le spectre de la misère se rapprocher. « Eurostat » estimait (en 2011) à 8,7% le nombre de travailleurs pauvres dans l’UE. La Grèce, l’Espagne, la Lituanie, le Portugal, la Pologne, la Roumanie seraient les plus touchés. On nous parle souvent du modèle de réussite économique allemand, mais ce modèle d’ultra compétitivité qui inspire tant les néo libéraux européens est aussi un modèle de recul social.

A l’heure actuelle, l’Allemagne compterait pas moins de 20% de travailleurs pauvres. En France, deux millions de personnes vivraient avec un revenu inférieur à 800 euros, une norme pour être considéré comme pauvre… Selon les critères, le nombre de travailleurs pauvres dans le pays atteindrait le même ordre de grandeur. Les États nations, dépossédés de toute forme de souveraineté et de protection, ne savent plus comment endiguer le phénomène. Pendant ce temps, les files à la soupe populaire s’allongent. Le sursaut de conscience  pourrait venir  au niveau des instances européennes. Mais que peut espérer le citoyen d’une institution corrompue et vérolée par plus de 15.000 lobbyistes au service de la finance, de la grande industrie et des multinationales ?

1 Commentaire

  • cyril dit :

    Tout a fait d’accord avec toi Laurent. Ce manque insassiable de compétitivité aboutira a l’autodestruction de l’Europe. Les riches s’enrichissent et les classes moyennes s’appauvrissent! Jusqu’au jour ou une révolution éclatera et où plus personne ne sera solidaire de son prochain!

Réagissez à cet article :