Tous rebelles

Tous rebelles

le 21 décembre, 2014 dans Lecture du dimanche par

Rebelle est sans doute le terme le plus galvaudé avec celui de facho. Pas une célébrité, même chez certains politiques, qui ne se vante d’être un rebelle, qui prétende en guise de cursus avoir été un cancre à l’école. Quand on pense à ce qu’il faut de servilité et de bêtise pour faire carrière dans ces métiers d’animation, il est permis d’en douter : cancre non, médiocre tout au plus.

Sur le plan historique, rappelons que le rebelle fut inventé aux USA à la fin des années 50 (La Fureur de vivre et son rebelle sans cause) pour que les jeunes consomment les nouveaux produits jeunes lancés par la société de consommation : disques, fringues, loisirs… Une attitude rebelle qui dure donc depuis plus de quarante ans, ce qui est loin d’en faire une nouveauté.

Le rebelle, figé dans sa pose d’arrogance et de mépris injustifiés, devrait pourtant avoir plus que quiconque le respect des normaux (les humbles) :

1) D’abord parce que sur le plan dialectique le rebelle ne peut exister sans eux (si tous rebelles, alors plus de rebelles mais des nouveaux normaux) ; ainsi Cohn-Bendit qui put hier jouer au marginal parce que confortablement adossé à la normalité gaullienne des Trente Glorieuses, sa sécurité et son plein emploi.

2) Plus concrètement encore, parce que le monde n’est pas fait de rebelles et de fachos, comme dans la vision psy post-ado de Gérard Miller, mais plutôt de rebelles et de gens qui travaillent (facteur, laitier, chauffeur de bus, employé de banque, plombier…). De petites gens qui assument le réel pendant que les rebelles se la jouent et vivent sur leur dos. Le rebelle étant toujours un parasite économique, sauf quand sa rebellitude s’avère être un travail : travail de promotion de vente des nouvelles attitudes rebelles de consommation qui font alors de lui un zélé VRP.

Mais après avoir aidé à dissoudre tout ce qui faisait obstacle à la sauvagerie libérale (solidarité, conscience, morale…), après avoir aidé à dégrader le citoyen producteur en consommateur narcissique, la massification de la figure antisubversive du rebelle pose aujourd’hui un grave problème de société : celui de la disparition de la cohésion et de la paix sociale assurées jadis par les petites gens et les braves gens (moqués par les Deschiens). Une stratégie commerciale de la transgression généralisée devenue peu à peu dangereuse et incontrôlable, quand de plus en plus d’esprits faibles (animateurs télé, rappeurs, politiques…) se soumettent à ce modèle dominant de la mauvaise éducation. Une nuisance qui commence par la disparition du sourire pour se la jouer rebelle (pour ne pas passer pour un ringard en étant gentil, tout le monde aujourd’hui se sent obligé de faire la gueule dans la rue, les transports, les commerces), ce qui n’améliore pas la qualité de la vie. Une nuisance aggravée quand, dans le train, le mec en face de vous, encore pour faire rebelle, mange la bouche ouverte, se cure le nez et vous tousse dans la gueule. Une nuisance carrément mortelle quand l’automobiliste rebelle ne respecte plus ni feux ni priorité et vous écrase avant de donner dans le délit de fuite, comme ça se passe de plus en plus souvent, surtout les week-ends quand le z’y va, roi des rebelles, déferle des banlieues.

Rebellitude généralisée, promue par les cons de Canal, les puceaux des Inrocks, les rentiers de Libé, qui transforme notre Occident policé en un monde d’ados incultes et mal élevés, alors que la croissance démographique (soixante millions de Français aujourd’hui contre trente-cinq au début du siècle dernier) aggrave dans le même temps les problèmes de promiscuité.

Comme le faisait remarquer récemment le génial Iggy Pop (rien à voir avec la couineuse tendance Zazie), la véritable attitude rebelle aujourd’hui, la vraie subversion, ne serait-elle pas le retour à la bonne éducation ? »

  Alain Soral (Jusqu’où va-t-on descendre ?)

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12 Commentaries

  • ALEX dit :

    génial ce texte ! tellement vrai….

  • docaousse dit :

    Moi qui exerce la médecine de famille dans une des « zones » les plus pauvres de France, j’ai effectivement l’impression que les seules valeurs qui fassent tenir tous ces gens, oubliés, sont en majorité celles de la famille et surtout, du travail. Gagner sa vie et ne pas « toucher » pour survivre, tel est leur défi chaque matin. Eux auraient toutes les raison du monde pour se rebeller (vraiment..) et pourtant ils ne le font pas. La rébellion permanente est en effet un truc de bobos , ces bobos que mes associés et moi n’avons jamais vu se proposer pour sortir des gens de la m…et qui, pire encore, vivent de la misère sociale lorsqu’ils sont « travailleurs sociaux », et glandouillent au milieu de leur matière première : les pauvres. J’en ai tellement à dire que j’arrête là. Beau texte. Merci. doc

  • La Giraphe dit :

    Et maintenant Iggy Pop, le capitaliste du rock-mercatique autocentré ultra-cocké à tendance satanique, mais jusqu’où ira -t-il le Alain ? Iggy Pop est-il sur « la ligne de Pilippot » ? Que pense Mathias Cardet du slogan « sex, drug, and rock’n’roll » ?
    Sacré Alain…..

    • Zoku dit :

      Perso, Iggy Pop est une des rares rock-stars à qui je pardonne tout. Les premiers albums des Stooges peuvent être considérés comme la sainte trinité du punk-rock (et les kids ne s’y sont jamais trompés) mais lui et son groupe crevaient la dalle à l’époque. Sa carrière musicale a été une traversée du désert avant qu’on ne publie un best-of de ce qu’il a fait, et ce n’est qu’après que le grand public (et les maisons de disque, qui ont toujours un train de retard) s’est rendu compte, d’une part que le mec existait, et d’autre part qu’il avait une importance dans le punk qui éclipsait tout ce que la perfide Albion a pu s’approprier. Iggy a été punk avant tout le monde, et il continuera à l’être après tout le monde. Alors qu’il fasse de la pub pour SFR, Paco Rabanne, Leboncoin, ça me plait pas plus que ça, mais je lui pardonne.

  • Zoku dit :

    Iggy Pop a dit ça ? Ce mec est un génie, je l’ai toujours dit.
    Par contre, qu’il arrête de faire des albums en français. A tout jamais.

  • كريم dit :

    TRES BIEN DIT

  • Sylvie dit :

    Analyse très intéressante !
    Cette « rebellitude » peut aussi être mise en lien avec la notion d’adulescent caractérisant des « adultes » fuyant les responsabilités et continuant à vivre, malgré leur âge (à priori 18-25 ans, mais ils sont également plus âgés), aux dépens de papa/maman (ou plus tard d’un conjoint)… en parasites.
    Personnalités capricieuses aux comportements infantiles, ils sont bien souvent très impulsifs.
    Excellents consommateurs, le marché des objets rappelant leur enfance leur est dédié (cosmétiques aux senteurs de fruits, bd, jeux vidéos, etc…).
    Selon certains sociologues, ces personnalités auraient été élevées par des parents soixante-huitards avec une éducation basée sur « il est interdit d’interdire ».
    D’un point de vue plus psy, ils n’ont pas eu de règles imposées de l’extérieur (où sont les pères que le système veut absolument faire disparaître, messieurs, reprenez votre place !) et n’ont donc pu intégrer la règle, préalable indispensable à la vie en société. Pas de re-pères.
    Ils restent donc enfermés dans leur narcissisme, incapables de gérer leurs émotions, encore moins de les reconnaître. Soumis à leurs affects, incapables de gérer la frustration, leur colère (et derrière la peur) conditionne leurs comportements quand leur cerveau ne leur sert qu’à justifier cette colère non reconnue et non à réfléchir ou à penser.
    Féminisation de la société diront certains, je parlerais plutôt de « femellisation »

  • jamie starr dit :

    sacré Alain, sa rébellion est tellement moisie qu’il faut absolument discréditer toutes les autres formes de « rébellion »… la pause d’arrogance et de mépris, j’arrive pas à voir autre chose dans ses superbes sentences narcissiques du mec qui a TOUT compris (tout et rien pour moi ce sont des synonymes…) et qui anime un truc appelé Egalité & Réconciliation en crachant sur tout le monde…
    un vrai texte d’ado rebelle qui crache sur les autres ados rebelles parcque c’est lui le seul vrai rebelle… pathétique…

  • Guillaume Gayot dit :

    Alors alors… petite analyse de texte, histoire de mettre en évidence les artifices logiques, les manipulations, voire les contre-sens.

    Premier paragraphe « Rebelle est sans doute le terme le plus galvaudé avec celui de facho. Pas une célébrité, même chez certains politiques, qui ne se vante d’être un rebelle, qui prétende en guise de cursus avoir été un cancre à l’école. Quand on pense à ce qu’il faut de servilité et de bêtise pour faire carrière dans ces métiers d’animation, il est permis d’en douter : cancre non, médiocre tout au plus. »

    Nous relèverons la grossière hyperbole qui, si elle peut plaire au poète, n’est pas techniquement un outil d’analyse sociologique. Autant commencer par « de tout temps, l’homme s’est pris pour un rebelle » c’est aussi mauvais, et au mins ça parlerait aux élèves de terminales L qui nous lisent (les cons). Oui, il existe des gens médiatisé qui ne se prétendent pas cancre ou rebelle. Mais bon, acceptons l’emphase lyrique de notre camarade, afin de pouvoir continuer.

    paragraphe suivant « Sur le plan historique, rappelons que le rebelle fut inventé aux USA à la fin des années 50 (La Fureur de vivre et son rebelle sans cause) pour que les jeunes consomment les nouveaux produits jeunes lancés par la société de consommation : disques, fringues, loisirs… Une attitude rebelle qui dure donc depuis plus de quarante ans, ce qui est loin d’en faire une nouveauté. »

    Gros amalgame, énorme raccourci… « rebel without a cause ». D’abord, comme en français « cause » peut être compris comme l’élément causal, mais également la cause à défendre. « sans cause » veut donc à la fois dire « sans but » et « sans raison », C’est donc l’exposition de la force destructrice adolescente, la colère divine de l’individu enfin construit, qui se détermine enfin en soi…
    (Se déterminer dans le conflit, l’opposition, la force, la dissidence… ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Alain Soral, le seul adolescent chauve de france ?)
    Ensuite, il est très douteux que la fureur de vivre ai été inventée dans le but de vendre des T-Shirt Kurt Cobain aux adolescents… il y a là un raccourci monstrueux tendant à nous faire croire qu’il n’existe pas de vrai rebelle. Mais si ! ce n’est pas parce que derrière, une bande de connards cocaïnomanes récupèrent et vendent cette image que celle-ci n’existe pas.

    D’ailleurs voici la conclusion

    « Le rebelle, figé dans sa pose d’arrogance et de mépris injustifiés, devrait pourtant avoir plus que quiconque le respect des normaux (les humbles) »

    Nous y sommes, l’opposition, le manichéisme : les gentils travailleurs aka papa, qui se saigne au quatre veines, contre les branleurs de rebelles aka le fils prodigue. Et ça continue:

    « 1) D’abord parce que sur le plan dialectique le rebelle ne peut exister sans eux (si tous rebelles, alors plus de rebelles mais des nouveaux normaux) ; ainsi Cohn-Bendit qui put hier jouer au marginal parce que confortablement adossé à la normalité gaullienne des Trente Glorieuses, sa sécurité et son plein emploi. »

    Oui, la révolution est une affaire de bourgeois. On ne fait pas de politique quand on a pas de quoi becter. Oui, la révolution prolétarienne est un mythe. Mais encore une fois, amalgame ! Le rebelle ne s’élève pas contre le plein emploi et les trente glorieuses, il s’élève contre la censure, la culpabilisation. Pour reprendre notre image du fils prodigue, voilà la situation: un homme riche a un fils, dont il contrôle la vie et les biens. Il le nourri, l’éduque, dans le but qu’un jour il reprenne ses affaires. Pensons à cet enfant: on ne lui laisse pas le choix, et on fait pression sur lui par la culpabilité, ne pas décevoir cet homme qui a pris en charge son éducation et son quotidien. Et là, c’est dégueulasse. Faire des gosses, ça se choisi, si on en veut pas, on en fait pas, ou on les abandonne, mais on ne peut pas leur demander des comptes. Soignez vous ! VOUS NE DEVEZ RIEN A VOS PARENTS ! Élever ses enfants au mieux, c’est normal. Un enfant n’est jamais ingrat, vous lui donnez la vie, il a le droit ensuite d’en disposer. Soyez responsable merde.

    Le rebelle n’est pas un parasite, c’est le fils prodigue. Il faut le laisser se planter, et il reviendra.

    « Mais après avoir aidé à dissoudre tout ce qui faisait obstacle à la sauvagerie libérale (solidarité, conscience, morale…), après avoir aidé à dégrader le citoyen producteur en consommateur narcissique, la massification de la figure antisubversive du rebelle pose aujourd’hui un grave problème de société : celui de la disparition de la cohésion et de la paix sociale assurées jadis par les petites gens et les braves gens »

    Whoa whoa whoa. I/ le populisme nuit gravement à votre santé et à celle de vos lecteur. « les petites gens et les braves gens » magnifique ! ça désigne grosso modo tous ceux qui voudront se retrouver dans la catégorie des gens qui porte le monde à bout de bras. Bref, pas de la sociologie, pas de la politique, juste une façon de brosser les réacs dans le sens du poils.
    II/ La paix sociale aussi, est un mythe. Relisez la guerre des boutons pour vous donner une idée de l’ambiance rurale de la fin du XIXe siècle : on se bat, on s’étripe, et quand on meurt, on rigole. La société était une forme d’ensemble de cercle concentrique communautaire : la famille, le village, la région, le pays… chacun construit dans l’opposition à la communauté voisine. « La cellule familiale » est un autre mythe soralien: la société n’est pas un organisme organisé en cellule, c’est un compromis, visant un ennemi commun plus ou moins important, et justifiant ainsi de plus ou moins grand compromis… A chaque fois que l’on accepte d’agrandir le cercle, c’est pour pouvoir lutter contre la communauté voisine.

    La rébellion qui détruit ces cercles vise à déterminer l’individu en tant que tel, et non comme part d’une communauté. C’est un processus violent, parfois injuste, mais nécessaire. Comment voulez vous élever des hommes s’ils se considèrent à jamais comme étant « les enfants de » ? On ne devient pas adulte en restant le fils de son père

    Le dernier paragraphe… j’ai presque honte de m’y atteler tellement il pue la démagogie. Mais bon, il ne sera pas dit que je termine pas ce que j’ai commencé

    « Une stratégie commerciale de la transgression généralisée devenue peu à peu dangereuse et incontrôlable, quand de plus en plus d’esprits faibles (animateurs télé, rappeurs, politiques…) se soumettent à ce modèle dominant de la mauvaise éducation. Une nuisance qui commence par la disparition du sourire pour se la jouer rebelle (pour ne pas passer pour un ringard en étant gentil, tout le monde aujourd’hui se sent obligé de faire la gueule dans la rue, les transports, les commerces), ce qui n’améliore pas la qualité de la vie. Une nuisance aggravée quand, dans le train, le mec en face de vous, encore pour faire rebelle, mange la bouche ouverte, se cure le nez et vous tousse dans la gueule. Une nuisance carrément mortelle quand l’automobiliste rebelle ne respecte plus ni feux ni priorité et vous écrase avant de donner dans le délit de fuite, comme ça se passe de plus en plus souvent, surtout les week-ends quand le z’y va, roi des rebelles, déferle des banlieues. »

    D’abord, je doute que les « z’y va » regarde canal. Amalgame, absolument ridicule tant il se glisse dans les clichés du « je n’aime pas les parisiens, ni les banlieusards un poil trop étranger ». Ensuite, je doute encore une fois que les bas fonds parisiens du XIXe siècle soit plus civilisé et respectueux… je ne sais pas à quelle époque et quelle classe de population Alain fait référence, mais je craint que ça ne soit, une fois encore, un mythe. Quant à la mauvaise éducation… L’impertinence a toujours plu. Les héros malins et facétieux n’ont pas attendu James Dean pour faire des émules…

    Et d’ailleurs j’en profite pour souligner deux énormes contre sens de ce texte.
    Tout d’abord, l’ambivalence du terme « rebelle » désignant tour à tour le vrai et le faux rebelle, che guevara ou l’adolescent bobo. Ensuite, s’il n’existe plus aujourd’hui de vrai rebelle, si tout le monde tant à l’impertinence canal+ à deux rond, Alain le dit lui même, si tout le monde se prétend rebelle, il n’y a plus de rebelle. Mais, pourtant, ils posent quand même problème. Je vous pose la question, comment une catégorie qui cesse d’exister peut elle renverser les valeurs morales d’une société ? Il faut s’avoir Alain ! Les rebelles existent ils ou non ? Et si oui, comment font ils, s’ils sont de faux rebelles, pour atteindre à ce point notre société ?

    Les gens sont-ils moins éduqués et moins cultivés (d’abord, que qui ? que quand ?) Je ne pense pas et je crois surtout que c’est complètement inquantifiable… et que du coup, ce n’est qu’une réflexion de vieux con.
    Mais rassure toi Alain, il existe encore suffisamment de gens qui n’ont pas lu de livre et qui ne pensent pas par eux même pour acheter les tiens et croire ce qu’il y a dedans.

  • guibert dit :

    « Consommateur narcissique » …tout est dit. Les moi je et les m’as tu vu sont légions. La société marchande , via les médias , pousse au narcissisme exacerbé , avec pour modèle des nabilla cocainomanes ou des putes comme Clara ou zaia érigées en égéries des  » grands » créateurs.

    • Guillaume Gayot dit :

      Guibert, pourquoi ne pas lire les commentaires précédents ? j’ai traité cette question dans mon analyse…
      A moins que vous ne soyez juste venu hurler avec les loups… Mais je ne voudrais pas médire.

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