Terrorisme et société du spectacle

Terrorisme et société du spectacle

le 28 novembre, 2015 dans Asservissement moderne, Inter-national par

Ce soir de novembre aurait pu être une soirée comme n’importe quel début de week-end. Du moins pour nous autres français. Elle ne le sera pas. Et il ne faudra que quelques minutes au médiatisme permanent pour nous le faire comprendre. Depuis, bombes, lois répressives, et tension(s) permanente(s) se déguste(nt) au menu des JT. Le verbiage médiatique saupoudré bien entendu d’un déluge compassionnel, comparse permanent du ton martial de nos gouvernants, prend le relais des coups de feu. Une émotion normale pour un peuple qui (re)découvre la guerre sur son sol. Désormais, ce ne sont plus des corps de civils syriens, russes, chinois, ou palestiniens qui jonchent le sol de villes lointaines, mais des patronymes français empilés sur le sol. N’en déplaise aux  »droit de l’hommiste » de tous poils, mais le deuil de la mort des siens, ne peut être que national.

Du terrorisme spectaculaire

« Notre 11 septembre français ! » Une phrase qui revient souvent dans les conversations du moment. Déjà lancée lors des attentats de « Charlie », cet épisode 2 du terrorisme grand spectacle envoie bien plus au niveau de l’hémoglobine. Près de 130 morts, des blessés par dizaines, et des images de guerre en plein Paname, et en plein dans le subconscient d’une jeunesse loin d’y être préparée. La multiplication des attentats, et le rapprochement de ces derniers dans le temps n’est pas sans rappeler les événements (similaires) qui ont frappé l’Italie durant les « années de plomb ». De l’attentat de la Piazza Fontana en 1969, à l’attentat contre la gare de Bologne, le 2 août 1980 en Italie, en passant par le climat de tension en Allemagne du fait de la Bande à Baader, ou Action Directe en France, les années 1970/1980 auront été une véritable poudrière dans toute l’Europe. Et des attentats, on en oublie… Mais dans ce spectacle du terrorisme, il ne faudrait pas oublier ce fameux 11 septembre 2001, qui ouvre une nouvelle ère spectaculaire, où désormais l’ennemi de la démocratie de marché n’est plus le rouge révolutionnaire à chapka, mais le musulman fou de dieu en keffieh.
Certes, BFM et iTélé n’existaient pas encore, mais le médiatisme était déjà à l’œuvre.

Grâce au choc émotionnel et à l’effet de sidération qu’ils ont produit, ces attentats vont permettre à une véritable embardée législative répressive (nécessaire à toute extension de la surveillance généralisée des peuples) de passer comme un recommandé à la poste. Il fallait notre Pearl Harbor français. Cet épisode 2 est le verre de chloroforme qui fera passer la pilule. Un terrorisme nécessaire à l’État pour assurer en temps de crise économique, sociale, nationale, sa pérennité. Comme Guy Debord nous l’explique, déjà, en 1988 dans Commentaire sur la Société du Spectacle : « Cette démocratie si parfaite fabrique elle même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État, elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elle peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et démocratique. »

Plus démocratique assurément ! Comment ne pas être « Charlie », ou « Prier pour Paris » (en français s’il vous plaît!) devant un tel… spectacle. La démocratie ou le terrorisme, choisis ton camp camarade !

La sécurité se fera avec ou sans vous !

La sidération parmi les français est telle que la population, choquée, blessée, ne peut qu’en redemander une louche quant à sa protection. Les récentes déclarations de François Hollande, lors de son allocution à Versailles sont claires à ce propos : « Nous devons nous défendre dans l’urgence et dans la durée. » Compris dans le forfait « état d’urgence » justement prolongé sur trois mois : des assignations à résidence ainsi qu’une multiplication des perquisitions… Sans compter une surveillance accrue de notre petite vie derrière nos écrans. Plutôt que l’État social et souverain, dépecé depuis des décennies par des diktats iniques de l’Union Européenne, déstabilisé par l’arme de guerre mondialiste de l’immigration massive, l’État démocratique et médiatique de la marchandise somme les peuples à accepter la « démocratie de la guerre » pour cause d’attentats sur sa terre, tandis que ce même spectacle oblige d’autres peuples à quitter leur terre pour cause de guerre. Autrement dit, des pauvres, face à des pauvres, dans une guerre sociale et économique permanente.

L’histoire ne repasse pas les plats, mais la même merde est toujours au menu.
52 ans après l’un des premiers attentats médiatiques de l’histoire, nos démocraties de marché semblent à court d’idées. Certes, les couverts ont changé, mais l’arrière goût du met reste le même. Le médiatisme des années 1963 avait besoin, à l’heure de l’explosion de la vente des radios et de téléviseurs, d’une mort commentée, en quasi directe. Et même si le film de la mort de Kennedy fut diffusé bien après ce 22 novembre, il demeure un bon avertissement pour tout représentant officiel qui tenterait de lever le petit doigt de la couture du pantalon.

Alors, tant que la leçon démocratique ne sera pas comprise, la guerre permanente acceptée, le dégueulement systématique du médiatisme généralisé continuera son déversement d’informations, plus mensongères les unes que les autres. À à peine trois semaines d’une autre réunion médiatisée et verdâtre qu’est la COP 21, attendons nous à une  »union démocratique mondialisée et mentholée » qui nous fera bien comprendre que les gentils, c’est nous !

« Les hommes sont lourds, et épais » suggérait Louis-Ferdinand Céline à propos des hommes. L’épaisseur devient de plus en plus grossière.

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