Supra-négritude

Supra-négritude

le 18 septembre, 2014 dans Afrique, Inter-national, Provoquer le débat par

Diktacratie.com tient à soutenir Kemi Seba dans l’épreuve qu’il traverse actuellement. En temps et en heure nous présenterons en détail son dernier ouvrage Black Nihilism. En attendant retour sur le parcours de l’enfant terrible du panafricanisme :

« La supra-négritude c’est la tradition primordiale africaine » – Kemi Seba

Nietzsche exigeait de toute véritable philosophie qu’elle soit déduite d’expériences vécues et non le fruit de joutes conceptuelles désincarnées. C’est dans cette perspective que nous pouvons ainsi bénéficier par exemple de la sagesse d’un Montaigne ou d’un Thoreau sans craindre les habituelles mystifications métaphysiques de nos onanistes de la pensée. Ceux-là même qui aujourd’hui plus qu’hier enchantent médias et universités…

Il en va de même pour le déroutant livre de Kemi Seba : Supra-négritude. Ainsi dans la première partie de l’ouvrage le polémiste dévoile sans détour son parcours personnel sur presque 200 pages, histoire de mieux saisir les rouages de son idéologie identitaire et panafricaine présentée ensuite dans les 40 dernières pages.

De Stellio à Seba, le parcours d’une étoile insolente

Le jeune Kemi, alors Stellio, fut malgré la présence de parents plutôt dévoués, très vite confronté à la perversité et la suspicion du monde des adultes. Une innocence donc vite gâchée entre patelins de l’Est et du Nord de la France. Rien de tel pour rendre encore plus nerveux un adolescent. Aussi très vite Stellio, installé depuis dans la région parisienne, n’hésita pas à combattre la négrophobie ambiante autant par ses poings que par son verbe. Verbe qu’il alimenta alors par la lecture d’illustres émancipateurs refusant viscéralement de cautionner toute forme de suprématisme blanc. Il s’intéressa ainsi à Malcom X, au Dr Khalid Abdul Muhammed du New Black Panther Party ou au Ministre Louis Farrakhan de la Nation of Islam. Il lut ensuite Léon Gontran Damas, Césaire, Marcus Mosiah garvey, Kwame Nkrumah et Steve Biko. Il découvrit enfin de nombreux combattants de la liberté comme félix Moumié, Jonas Savimbi ou Agostinho Neto

Eté 1999, il fit alors une première rencontre décisive lors d’un voyage aux Etats-Unis : Tony Muhammad représentant de Farrakhan sur la Côte Ouest. Une révélation qui inspirera définitivement la destinée de notre futur panafricain. Ainsi, de retour en France, notre jeune adulte devint rapidement un important V.R.P. parisien de la Nation of Islam. Activiste audacieux, il apprendra la rigueur et perfectionnera sa rhétorique.

En 2002, au profit d’un voyage en Egypte, subjugué par les prodiges de Louqsor, des Pyramides et du Sphynx, et corrélativement initié au kémitisme (ensemble des croyances et de la codification spirituelle et culturelle propre à l’Egypte antique – Kemet de son vrai nom qui signifiait Terre des Noirs), Stellio prit le nom de Kemi Seba (« noir » et « étoile » en medu netjer – égyptien ancien) et se rapprocha de la mouvance afrocentriste. Il fonda alors le Parti Kemite, un mouvement radical s’inspirant autant de l’activisme du New Black Panther Party que de la science historique du Pr Cheikh Anta Diop.

Rapidement le Parti Kemite se convertit en Tribu KA : la Tribu des Kemites Atoniens, l’atonisme étant la religion regroupant tous les dieux égyptiens au sein du disque solaire d’Atona. Une formation aux velléités drastiques, afin de scandaliser les faux philanthropes – mais vrais paternalistes – de gauche comme les bourgeois néocolons ethnocentrés de droite. Les uns comme les autres s’imaginaient encore et toujours que la minorité noire se prédestinaient à les distraire par le sport et à les faire danser par la musique…

C’est la communauté babylonienne qui la première s’effaroucha de telles insolences. Mais pour Kemi il n’était question dans le fond que de reviriliser l’Homme noir « fauché et castré depuis trop longtemps » au sein de notre Occident corrompu. Il fallait donc se faire entendre : que ce soit au Musée du Quai Branly ou rue des Rosiers, la surmédiatisation ne pouvait être, dans un premier temps, que bénéfique. Mais dans un deuxième…

Black Nationalism et panafricanisme

La suite est connue : dissolution de la confrérie ; constitution d’un nouveau groupe : Génération Kemi Seba ; procès à répétition ; enfin deux mois de prison. Néanmoins deux mois opportuns quand on sait comment ils ont bouleversé la vision suprématiste de notre prévenu : une lecture  méticuleuse et révélatrice du Qur’an (ou Coran) ; la découverte de l’œuvre intellectuelle de René Guénon et la rencontre avec l’ami Bastien, un prolétaire blanc opprimé par le système qui n’avait en définitive rien à voir avec…l’oppression du peuple noir.

De sérieuses remises en question donc, qui dès sa sortie de prison remanièrent foncièrement sa conduite spirituelle et politique. Ainsi son hostilité à l’Islam arabo-mondialiste, relative à une certaine traite négrière, céda sa place à une dévotion franche pour un Islam comme religion naturelle des Noirs et ultime déclinaison de la spiritualité originelle des peuples premiers.

L’Islam préexistait de manière naturelle chez les peuples originels, à une époque où il n’y avait aucun Arabe sur terre

Kemi cessa aussi d’indexer les Blancs comme il le faisait auparavant : plus question de combattre exclusivement le suprématisme blanc par le suprématisme noir. Désormais le combat ciblera plus directement les oligarques responsables des nombreux tourments que sa communauté rencontrait insidieusement.

En rapport avec cette stratégie il créa le Mouvement des Damnés de l’Impérialisme et se revendiqua alors d’un panafricanisme salutaire. Il perçut dans cette unité des peuples afros du continent et de la diaspora, un des antidotes les plus efficients contre l’ethnocentrisme. Il s’inscrivit ainsi dans la tradition du Black Nationalism dont le fondement était l’organisation des afrodescendants en tant que peuple autonome. Cela impliqua néanmoins un geste exemplaire : une séparation réelle avec les valeurs du monde occidental se concrétisa ainsi par un rapatriement sur la Terre Mère : la société africaine Afrikan Mosaïque, qui construisait un village panafricain au Sénégal, voulait faire de Kemi son porte parole. Ce fut donc l’occasion pour lui de devenir un agent du changement au milieu des siens en contribuant à la reconstruction de son continent. Il ne serait plus le bouc émissaire du chaos en France.

Malheureusement, il fut très vite consterné par le gouvernement de Wade. Il décida alors d’innover en créant une radio online à portée internationale, pouvant propager ainsi son message d’autodétermination noire dans toute la sphère francophone. Afro’insolent s’imposera alors rapidement comme un phare du panafricanisme et de la supra-négritude. Enfin, Kemi fut honoré d’un statut officiel de membre de la Nation of Islam sous le nom de Kemiour Shabazz.

Négritude et tradition primordiale

Définissons désormais les grands axes qui caractérisent la vision idéologico-politique de notre camarade :

Si la négritude se définit par ses créateurs (Césaire, Damas…) comme une exaltation de la fierté de soi, une ode à l’antivictimisation et à l’unité des Noirs du monde entier, la supra-négritude est, quant à elle, la tendance intellectuelle noire transcendant cette mouvance, dans la mesure où elle prône l’indépendance et l’applique. C’est une différence majeure quand on connaît la timide incarnation sur le terrain politique des initiateurs conceptuels.

Et, de même que la négritude était une critique frontale de l’universalisme français, de même la supra-négritude trouve son salut dans sa séparation pure et simple d’avec l’Occident.

Aussi Kemi Seba invite l’homme Noir à ne plus se poser en victime et à s’élever spirituellement pour mieux se débarrasser du comportement réactionnaire du « colonisé » avec lequel on ne parvient pas à sortir de la cage. Et ainsi retrouver la liberté du peuple premier, des fils de l’homme originel.
Sont alors proposés de longs extraits de l’ouvrage Qui est l’Homme originel de Roger Atangana proposant la thèse d’une civilisation antérieure et commune, où la race prédominante de l’Humanité était la race noire, fondatrice alors des grandes civilisations de l’Antiquité.

Il est à signaler que pour tout lecteur formaté à l’Histoire suprématiste des occidentaux, ces quelques pages paraîtront extravagantes mais passionnantes. A titre personnel, prônant depuis plusieurs années un athéisme matérialiste viscéral, je suis resté littéralement déconcerté face à cette partie du livre lue et relue. Elles me demanderont nécessairement une étude plus approfondie avant d’émettre ne serait-ce que l’esquisse d’une critique. A suivre donc…

Autodétermination, antivictimisation, virilité du peuple

Le dernier chapitre du livre intitulé « autodétermination, antivictimisation, virilité du peuple » est la partie résonnant le plus avec l’idéologie développée sur notre site Diktacratie.com. Mais par une lecture trop rapide ou superficielle nous pourrions juger le contraire. Explications :

L’antivictimisation consiste à cesser de se plaindre perpétuellement pour mieux prendre son destin en main et provoquer ainsi des occasions de réussite sans subir les pressions d’autrui. Une forme d’autodétermination, au final, qui caractériserait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Kemi Seba parle même de « virilité » du peuple, au sens étymologique du terme : il faut un certain héroïsme pour s’affranchir, assumer son autonomie et refuser l’assistance paternaliste de nos oligarques aux caprices hégémoniques… Il est donc légitime de ne pas considérer la grille de lecture politique des occidentaux comme adéquate aux Africains. Ici Kemi Seba  stigmatise même la « démocratie » et la présente comme modèle nocif pour tout peuple devant s’organiser en fonction de son collectif et de son environnement propres.

Aujourd’hui le mot « démocratie » est altéré au point qu’il désigne le système oligarchique qui orchestre nos Républiques occidentales. A l’évidence les prétentions égalitaires de l’Athènes de Démosthène sont passées aux oubliettes. Et même d’ailleurs ! Si nos gouvernements actuels s’inspiraient réellement de ces dernières pour régir leurs nations, il conviendrait honnêtement de reconnaître qu’un tel canevas ne pourrait répondre aux intérêts d’un peuple aux cultures et spiritualités différentes.

Ainsi pour Diktacratie.com il n’y a de démocratie que directe. Aucun modèle ne peut dicter sa loi. Seuls les individus de la communauté concernée peuvent prétendre à organiser et établir les règles de leur cité. (Nous avions développé cette idée sur des textes comme « Le vétché », « Le mir », « Pas de démocratie sans frontières » ou « Kronstadt, la démocratie ou la mort »). Alors quand Kemi Seba parle de « responsabilité individuelle, de puissance collective » ; « d’harmonie avec son environnement, avec sa nature propre » ; « d’autoamélioration » ; « de concertation communautaire » ; « de protectionnisme économique » ; « de consommation prioritairement interne » ; « d’autosuffisance »…il parle d’éléments qui constituent et animent fondamentalement toute véritable démocratie directe qui se respecte. Une démocratie offrant donc ici la totalité des pouvoirs effectifs au peuple Noir, et qui fédérée à d’autres communautés indépendantes et autonomes constitueraient le noyau dur d’un panafricanisme révolutionnaire.

« La supra-négritude c’est chercher en nous-mêmes la clef de notre survie » – Kemi Seba

4 Commentaries

  • DoctorNassim dit :

    Un message fort (sûrement trop pour beaucoup) au potentiel inspirant énorme pour bon nombre de gens, noirs ou pas

  • Tizo dit :

    Lisez Cheik Anta Diop et Théophile Obenga, buvez à la source, et pas chez les vendeurs d’eau ; Kemi Seba est un mauvais vulgarisateur, un haineux prosélyte, il cache sa vraie croyance, c’est un shabazz, un sectaire, intellectuellement il est à oublier de toute urgence.

  • sadio moustapha dit :

    Kémi l’autodétermination c’est la défensede soi et quiconque voudrait vivre aisémebt et seinement e cherchera de toute évidence . L’afrique et l’homme sont ont longtemps posterné à le l’homme .Aujourdhui avec la mondialisation et la globalisation des économies qu’ils prônent n’es qu’un moyen de s’accentuer d’avance au prifit de leur intérêt à nos richerches , une stragégie géo politique . Merci mon mn frère tu nous nourris d’expérient set de savoirs incontournable pour qu’il y ait developpement en Afrique. je vous remercie avec tout le groupe

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