Sport et démocratie

Sport et démocratie

le 11 avril, 2015 dans Démocratie, illusion artistique et sportive par

Le sport est comme la prière, comme la nourriture, comme la sensation du chaud ou du froid. Il serait absurde qu’une foule se presse dans un restaurant simplement pour voir une personne ou un groupe prendre un repas. De même qu’il serait absurde de demander à une ou plusieurs personnes de se chauffer ou de se rafraîchir à notre place. Il est tout aussi illogique, pour la société, de laisser un individu ou une équipe monopoliser la pratique du sport, alors que c’est l’ensemble de la collectivité qui finance ce monopole.

De même, un peuple pratiquant la démocratie ne saurait autoriser un individu ou un groupe à le remplacer lorsqu’il s’agit de décider de son destin ou de déterminer ses besoins.

Dans le monde actuel, les clubs sportifs sont les organisations de base du sport traditionnel. Ils accaparent tous les crédits et toutes les installations affectés au sport par l’État. Ces institutions ne sont que les instruments d’un monopole social, semblables aux appareils politiques dictatoriaux qui accaparent l’autorité, aux appareils économiques qui accaparent les richesses et aux appareils militaires qui accaparent les armes.

Les masses qui se mettent en rangs pour soutenir un candidat, supposé les représenter, lorsqu’il s’agira de déterminer leur destin, sont mues par l’idée tout à fait illusoire que l’élu les représentera et incarnera, en leur nom, leur dignité, leur souveraineté et leurs opinions. Mais les masses, dépouillées de leur volonté et de leur dignité, sont réduites au rôle de spectateurs, regardant quelqu’un d’autre accomplir ce qu’ils devraient faire eux-mêmes naturellement. » – Mouammar El-Kadhafi

Tous les week-ends, sur les terrains municipaux en périphérie de Paris, entre les matchs officiels des associations sportives, se réunissent des dizaines d’amateurs de foot pour pratiquer librement leur sport favori.

Ces rencontres à priori banales, articulent en fait de nombreux mécanismes authentiquement démocratiques.

Sans licence, ni arbitre, et encore moins d’organisateur, simplement motivés par la volonté commune de jouer au foot, donc de jouer ensemble, une quarantaine de joueurs venus d’horizons différents se partagent deux terrains et y organisent eux même la rotation des équipes. Bandes d’amis ou individus isolés, ici tout le monde trouve rapidement sa place dans un effectif.

La mécanique est simple :

Deux équipes de huit s’affrontent pendant dix minutes environ. Celle qui remporte le match reste sur le terrain, quand tout résultat nul sort automatiquement l’équipe qui avait gagné précédemment. Le turn-over est ainsi assuré, pour une plus juste égalité de temps de jeu. Cette règle de rotation favorise une meilleure qualité footbalistique, car elle oblige les équipes à donner le maximum pour conserver la main sur le terrain. Nonchalance, facilité ou arrogance se payant toujours comptant…

Mais cette brève description théorique reflète-t-elle toutes les réalités ? N’y a t-il pas des problèmes sans autorité hiérarchique pour organiser et discipliner une ribambelle de garçons « testostéronés » ?

Rarement ! Et ce en vertu du fait que pour jouer au foot il faut avant tout vouloir jouer ensemble. Le bon déroulement de ces après-midis tient donc tout autant au respect de la règle déterminant l‘intérêt commun, qu’au respect de ses coéquipiers et adversaires, sans qui rien ne serait possible.

Néanmoins, de temps à autre, quelques difficultés entravent la fluidité de cette organisation, le plus souvent sous l’impulsion de quelques « esprits petits propriétaires ». N’acceptant pas d’inclure dans la rotation une troisième, voire une quatrième équipe fraîchement arrivée, ils tentent d’imposer leur primauté sur les biens de la collectivité par des justifications telles que : « on était là avant » et des « fallait arriver à l’heure »… De houleuses négociations s’amorcent donc, et s’achèvent en général par l’incorporation des nouvelles équipes dans le tournoi, suite à la pression du plus grand nombre pour qui une répartition équitable prime sur « le droit » du premier servit !

D’autre part, la grande majorité de nos footballers sont des joueurs de terrain et non des gardiens de but. C’est ainsi que la répartition de ce poste particulier provoque parfois de très sérieux ralentissements… Une règle commune s’applique pourtant à chaque équipe, établissant l’ordre de passage dans la cage. Tous les joueurs reçoivent un numéro allant de un à huit, qu’ils conservent match après match. Puis, un tirage au sort détermine celui à partir duquel la rotation s’effectuera, et chacun leur tour, après un but encaissé ou bien marqué, les joueurs satisfont ce primordial rôle de gardien.

Mais voilà, si dans une équipe celui qui devait prendre place au goal ne se prononce pas, faisant mine d’avoir oublié son numéro, c’est tout le monde qui en pâtit étant donné que plus personne ne joue ! Comme pour le partage du terrain avec une tierce équipe, dès que le caprice de quelques uns défie la règle et l’ordre instauré, c’est le même sketch qui se rejoue… Pendant que chacun campent sur sa bonne ou mauvaise foi, s’ensuivent de très longues minutes de tâtonnement, que seul un sacrifice personnel ou une initiative autoritaire permettent de rompre… relançant ainsi le match !

Voilà pourquoi l’éducation de chacun à la responsabilité est déterminante pour l’intérêt collectif. Car sans elle, aucune organisation démocratique pérène n’est possible.

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

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2 Commentaries

  • Ced Chartier dit :

    Les réflexions de M. De Doncker sont fines, intéressantes, passionnantes. Je me pencherai plus sur cette dernière qui tombe à point nommé. En effet, si l’éducation, l’information, les divertissements qu’il en soit des programmes de télévision ou le cinéma, les rock-opéra, sont, j’en suis à présent persuadé le bras de levier, le frein le plus sérieux pour éviter que tous types de mouvements tels mai 68 (ou plus encore la révolution de 1789) ne se reproduisent, j’étais circonspect sur le rôle accordé au sport. Il existe 2 choses que sont l’organisation de telle ou telle rencontre, le soutien accordé par les foules amassées derrière leur équipe ou leur champion, accaparant effectivement les biens de tous dans un but obscur, mais rendu noble, de provoquer la réussite d’une élite, d’une part, et la volonté de chaque individu, instinctive, à se ré-approprier son propre corps par l’exercice, son assiette, et sa santé, d’autre part.
    Si le 1er aspect répond à la politique de domestication de l’individu qui, et je le soutiens, en ayant de nouvelles preuves tous les jours, le 2nd aspect semble être l’image de la dernière résistance à cette avilissement total.
    Les avis autres m’intéressent. Merci d’avance.

  • dcmpte dit :

    sur le sport (institutionnel), comme arme du capitalisme
    vidéo, dure le temps d’un film…

    « Une autre histoire du sport ou Pourquoi je ne serai jamais Luis Fernandez »
    Conférence gesticulée de et par Anthony Pouliquen :

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