Spartacus, le chef de guerre

Spartacus, le chef de guerre

le 23 mai, 2013 dans Spartacus par

Après avoir quitté les décombres fumants de la ville de Nola, où la horde avait exprimée toute sa bestialité, Oenomaus et 3000 de ses gaulois se séparèrent de la voie de Spartacus. Ceux-ci, ayant toujours plus soif de pillages et de combats, voyaient dans la stratégie mesurée de notre Thrace une sorte de manque de témérité… Ainsi grisés par leur puissance et leur soif de vengeance ils marchèrent à la rencontre des troupes du proconsul Varinius Glaber, constituées de 10 000 soldats. Ce fut un massacre ! Les Romains décimèrent les dissidents gaulois mal équipés, et surtout désorganisés…

Bien que la mort d’Oenomaus fut une perte importante pour l’armée de Spartacus, elle permit de ressouder les troupes encore troublées de par les dissensions qu’elles venaient de traverser. Dès lors, c’est d’un seul bloc, à la grâce d’une confiance renouvelée en leur chef, que l’armée des esclaves parcourut pas moins de 150 km en moins de cinq jours, pour tenter de rejoindre les montagnes du sud des Apennins. Ici, pas de femmes, d’enfants, ni de chariots encombrants, mais un groupe résolu d’émancipés et de guerriers foulant des chemins sinueux et étroits.

Les épouvantails de Spartacus

Varinius Glaber lui aussi était résolu… à anéantir tous les désirs de liberté qui menaçaient de fait  les bases de sa République. Ainsi, il n’hésita pas un seul instant à poursuivre nos rebelles pour leur imposer une campagne qui durera plusieurs mois.

Le préteur envoya alors Furius, un de ses lieutenants, en simple éclaireur, accompagné de quelques 2000 soldats. Mais le fougueux lieutenant, trop impatient de prouver sa valeur, s’empressa de provoquer l’armée de Spartacus… qui n’en fit qu’une bouchée ! et permit à nos émancipés de récupérer de nombreuses armes.
C’est donc un Varinius excédé et revanchard qui se lança à la rescousse de ses subordonnés mal inspirés. Le proconsul tendit à la hâte un nouveau piège à la horde d’esclaves en les encerclant dans une région stérile n’offrant qu’un désert de rochers nus, reclus entre les montagnes, à la frontière de l’Apulie (Italie méridionale)…

Les rebelles, encerclés donc, n’avaient presque plus de vivres et leur sort semblait réglé. Les événements ressemblaient à s’y méprendre à ceux vécus dans les méandres du Vésuve : le découragement et l’inquiétude s’immisçaient de nouveau dans les rangs… Mais cette fois encore, Spartacus trouva la solution qui écrira une nouvelle page de sa légende : pendant la nuit, il fit dresser des cadavres sur des poteaux aux allures de sentinelles autour d’un camp éclairé par quelques feux de garde. Puis, il sacrifia un cornicen (un clairon) sonnant à heure régulière la relève des factionnaires, permettant ainsi de tromper subtilement les romains, pour s’échapper dans l’obscurité par un chemin où ils auraient sans doute tous péri si Varinius les avait découverts…
Le proconsul vexé envoya immédiatement à la poursuite de Spartacus un autre de ses lieutenants : Cossinius. Mais celui-ci préférant les plaisirs des bains à ceux de la guerre, vit ses espoirs noyés dans les eaux pourtant bienfaisantes de l’Apulie

Nouvelle victoire de Spartacus récupérant armes et bagages, et justifiant d’autant plus son statut de chef par sa remarquable maîtrise stratégique des batailles. Néanmoins, il est important de souligner que le triomphe des esclaves sur les armées romaines n’aurait pu se faire sans le ralliement des valeureux paysans et bergers qui peuplaient cette région n’ayant donc aucun secret pour eux. Ces nouveaux alliés furent longtemps exploités par les patriciens romains qui se partageaient alors les montagnes et vallées dans le Bruttium et dans la Lucanie, où paissaient leurs immenses troupeaux…

Vaincre ou périr

Automne 73. Fragilisées par la chute de ses légats Furius et Cosinius, les troupes romaines perdent peu à peu confiance en Varinius, qu’elles rendent responsable de leurs multiples échecs.
C’est ainsi que les romains ne se retrouvèrent qu’à 2000 – soit 4 cohortes – pour ce qui s’annonçait comme l’affrontement final. L’armée de Spartacus, elle, était alors quatre fois plus nombreuse, soit l’équivalent d’une légion rangée en ligne, et presque autant d’hommes sur les ailes (5 à 6000 soldats) armés de pierres, frondes, gourdins et autres épieux en bois durcis par le feu… Le Thrace se sentait maintenant capable d’affronter les Romains dans une bataille rangée, sans parler de sa résolution à défendre jusqu’à la mort une liberté récemment acquise !

Spartacus est un véritable chef de guerre à présent ! Il harangua ses troupes et les exhorta à se conduire en soldats. Vaincre ou périr, voilà les seuls espoirs permis pour notre armée d’esclaves plus déterminée que jamais !

Intimidé par cette masse assoiffée de liberté, donc de sang romain, Varinius précipita le combat en fonçant tête baissée sur notre armée d’émancipés. Ses lignes, minoritaires, cédèrent rapidement, ouvrant la voie à de multiples combats en corps à corps permettant aux gladiateurs d’exprimer leur excellence… Ce fut une victoire écrasante pour Spartacus, qui récupéra du même coup les étendards et faisceaux des vaincus. Ces insignes qui symbolisaient toute la puissance de Rome, le chef Thrace ne les quittera plus, humiliant à chacun de ses pas d’autant plus l’Empire !

Maintenant, l’armée de Spartacus est maîtresse de tout le sud de l’Italie. Rome qui avait pris la révolte des esclaves pour un désordre passager apprécia enfin à sa juste valeur la témérité radicale de ce qu’elle avait engendrée !

Trêve à Thurium

Fin de l’année 73, début 72. Environs 50 000 rebelles s’emparent des villes de Métaponte, de Consentia, puis arrivent à Thurium. Cette cité portuaire où vivaient d’anciens grecs et de nouveaux colons romains présente de nombreux avantages pour y passer l’hiver. Déjà, pour Spartacus, aucune mauvaise surprise ne peut surgir d’une mer Méditerranée infestée de pirates, et libre de toute présence romaine organisée. Ensuite, la ville est protégée par les montagnes du massif de la Sila, dont le seul accès par le nord demeure la Via Popillia, un axe facilement contrôlable par quelques cavaliers aguerris.
C’est donc loin de Rome, dans cette riche et opulente contrée que notre armée d’esclave put suspendre quelque temps sa course… Récupération et entraînement seront leurs principaux passe-temps. Le ravitaillement, assuré par les pillages des régions voisines permit à la fois la restauration des troupes pendant l’hiver, la fabrication de nouvelles armes et le commerce avec les marchands et négociants venus d’Orient.

Mais Spartacus et les siens n’étaient pas les seuls à mettre à profit cette « trêve » hivernal… Le Sénat, malgré les tensions civiles et politiques au sein de Rome, souhaitait envoyer dès le printemps une véritable armée pour enfin mater cette Troisième Guerre Servile de l’histoire.

L’arrogance de Crixus

Printemps 72. L’armée des esclaves se compose maintenant de 70 000 hommes entraînés, et plus que jamais résolus à se venger du système les ayant préalablement asservis. Spartacus, lui, cherche plutôt à fuir les légions que Rome envoie pour l’anéantir Peut-être devrait-il remonter l’Italie et y franchir les Alpes ? Rien n’est moins sûr… car comme le mois de mars annonce toujours une guerre, le chef gaulois Crixus entend bien l’honorer !

C’est ainsi que Crixus se sépara de la voie de notre Thrace, avec près de 30 000 Gaulois et Germains ayant la ferme intention de marcher sur Rome ! Frondeurs, ils avancèrent fièrement sur la Via Appia où, près du Mont Garganus, les attendaient le jeune magistrat Gellius et ses 20 000 soldats… La bataille tant désirée fut alors inévitable. Vaincre ou mourir, nul n’avait d’autre choix ! Et c’est sous de fervents chants ancestraux, de hurlements terrifiants, cadencés par de grands coups d’armes sur leurs longs boucliers, que les troupes de Crixus accueillirent les assauts d’un ennemi… quelque peu intimidé. Dès lors, les combats tournèrent vite à l’avantage des gaulois et germains qui déjouèrent du haut de leur bestiale volonté l’avancée de romains peu expérimentés. Visiblement nullement prêts à mourir pour leur magistrat, les nouvelles recrues que Rome avait cru bon d’envoyer pour mater l’armée de Crixus, détalèrent, abandonnant leur camp… La victoire semblait donc acquise, et croyant que les Romains s’étaient enfuis au loin, le chef Gaulois commit l’imprudence de ne pas ordonner leur poursuite.. préférant jouir immédiatement avec les siens du camp laissé à l’abandon. Nos camarades se jetèrent dans un pillage de circonstance, s’excitèrent joyeusement sur les victuailles, et grisés par le vin, ils n’imaginèrent pas une seconde le retour alors fatal des soldats romains renforcés et remaniés par quelques officiers expérimentés, comme le second de Gellius : Quintus Arrius. C’est donc enivrés et repus que 20 000 Germains et Gaulois périrent sur une colline aux abords de l’ergot de la botte italienne…

La mort de Crixus et des deux tiers de son groupe  fut la plus importante défaite pour l’armée des esclaves depuis le début de la révolte… Il semblerait donc que 10 000 d’entre eux parvinrent à fuir à leur tour pour rejoindre Spartacus, encore proche…

La suite : Spartacus, le dernier combat

Partager

Il n'y a pas de commentaires pour cet article, laissez-en un!

Réagissez à cet article :