Spartacus, de l’arène au cratère

Spartacus, de l’arène au cratère

le 22 mai, 2013 dans Spartacus par

Spartokos ou Spardocos étaient les noms de plusieurs rois de Thrace, une région partagée dans l’Antiquité entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie actuelles, d’où selon la mythologie grecque, le tragique dieu Dionysos est originaire. Plus qu’une référence aux guerriers de Sparte tant admirés par les romains, le nom même de Spartacus fut ainsi un singulier hommage à la patrie du grand libérateur.

Notre héros, dont la légende a traversé plus de deux millénaires, se distinguait de par sa grande force, ce qui, comme le rappelle Florus dans son Abrégé de l’histoire romaine (III, 21), le conduisit dans les filets de la gladiature après avoir déserté l’armée romaine et été capturé. Néanmoins, cette version des faits mainte fois exploitée se doit sérieusement d’être remise en question aux vues des témoignages d’Appien (Guerres civiles 1, XIV), de Plutarque (Vies parallèles -Crassus ; Pompée -) et de Varron (Traité d’agriculture I, 17), qui présentent Spartacus plutôt comme un soldat thrace vaincu et capturé par l’armée romaine puis vendu comme esclave.

L’évasion

Rome, I er siècle avant J.-C., la République oligarchique prospère à la grâce des territoires et richesses conquises dans tout le pourtour méditerranéen. La mise en esclavage d’une part importante des peuples vaincus devient l’un des moteurs économiques essentiels de la société sénatoriale. Domestiques, enseignants, forças agricoles ou condamnés aux mines, les esclaves sont partout au point de représenter près de la moitié, voire plus, des citoyens Romains !

C’est dans ce contexte qu’en 74 av. J.C. notre prisonnier rompit irrémédiablement les fers qui le liaient à son maître Lentulus Batiatus, propriétaire d’un ludus dans la cité de Capoue, en Campanie (Italie méridionale) et dans lequel séjournaient 200 gladiateurs. Mourir dans l’arène pour le plaisir pervers de quelques citoyens en mal de divertissement n’était définitivement pas un destin honorable pour un Spartacus et ses compagnons de bagne. Quitte à mourir, autant tomber en homme libre qu’en indigne asservi ! Ainsi, simplement munis de quelques coutelas de cuisine et de leur savoir faire meurtrier, une soixantaine de gladiateurs prirent le risque de la liberté en se débarrassant de la garde de Batiatus. Parmi les évadés, Plutarque parle aussi d’une femme : la compagne du thrace insoumis, une prophétesse de Dionysos…

Sur le chemin de la délivrance nos fugitifs tombèrent opportunément sur un convoi d’armes destinés à alimenter les prochaines exhibitions des gladiateurs dans l’arène. Ainsi sérieusement capables de défendre leur nouveau statut d’homme libre, donc de hors-la-loi, ils prirent ensemble la direction des pentes luxuriantes du Vésuve situé à une quarantaine de kilomètres de Capoue. En route, ils désignèrent trois chefs : Spartacus pour diriger les nombreux thraces qui composaient la rébellion. Crixus (ou Crixos) ainsi qu’Oenomaus pour faire autorité sur deux groupes distincts de gaulois.

Rien ne résistait à leur sillage. Il y a des appétits difficiles à contenir après des années d’humiliations…  Ainsi ils pillaient les voyageurs et les convois, incendiaient les villas de patriciens, prenaient d’assaut les auberges et les tavernes, volaient les boeufs et les poulains, massacraient quiconque tentaient de résister. Étant partout et nulle part, la rumeur se répandit à travers toute la Campanie selon laquelle une horde de brigands à l’audace inouïe, ne respectant pas la vie et méprisant la mort, sillonnait entre forêts, champs et marécages… En réalité, nos trois dirigeants avaient installé le campement de la rébellion dans le cratère même du Vésuve, qui, comme un nid d’aigle visible par toute la région alentour, attirait tous les jours de téméraires esclaves paysans, domestiques de fermes, bergers, ou travailleurs libres, alors plus que tentés par l’aventure libertaire !

Coup d’éclat au Vésuve

Été 73. Ils sont des milliers à avoir rejoint la horde de gladiateurs. La fièvre s’est emparée de la Campanie, terre bénie des Dieux, grenier des légions, joyau de la nation. Depuis qu’a commencé la révolte des esclaves, les villes, avec leurs minuscules garnisons de soldats, regardent impuissantes se propager la rébellion. Rome doit maintenant réagir !

Sachant que les plus importantes légions sont dispersées aux quatre coins de l’Empire, notamment en Asie contre le roi Mithridate, et en Espagne contre Sertorius et l’armée révolutionnaire des émigrés, les consuls de Rome désignent le jeune préteur Claudius Pulcher – et non Clodius Glaber comme, seul, l’écrit Florus, encore une fois responsable d’une méprise qui fera date -, à qui ils octroient la moitié d’une légion, soit 3 000 hommes, pour mettre fin à cette Troisième Guerre Servile de l’histoire.

Le légat entama alors le siège du Vésuve, où il y fit creuser un profond fossé renforcé d’une palissade bloquant ainsi l’unique sentier permettant d’accéder au cratère du volcan. L’entonnoir était donc obstrué, ni les assiégeants ne pouvaient y monter, ni les assiégés en descendre… Une guerre des nerfs commença, que Claudius se voyait aisément emporter sans même avoir à sortir le glaive de son fourreau, car rappelons le, nous sommes en plein été, et le préteur mise sur la fournaise pour rendre fou les hors-la-loi bientôt privés de vivres et surtout d’eau…

L’alternative semblait donc soit la mort par la soif, soit la mort au combat ! Mais c’était sans compter sur toute l’ingéniosité de notre héros … En effet Spartacus et les siens se lancèrent dans une folle entreprise : fabriquer des échelles en liane de vignes pour descendre face à la mer, par l’autre versant constitué de rochers à pics tombant jusque dans les bois entourant le pied du volcan… À la nuit venue, l’un après l’autre, les gladiateurs et les plus habiles d’entre les affranchis se laissèrent choir en silence, puis contournèrent la montagne et surprirent le camp endormi de Claudius Pulcher ! Le massacre commença, avant même que les soldats eussent pris conscience qu’ils étaient perdus : leur sort était scellé !

Ce premier coup d’éclat de Spartacus auréolera alors cette victoire qui fera légende, et qui du même coup lui permettra de récupérer du matériel militaire en grande quantité plus que nécessaire pour élaborer son armée d’insoumis.

C’est donc 10 000 hommes en armes qui parcourent désormais la Campanie pour mieux la piller, en particulier les petites mais riches villes de Cora, de Nuceria et de Nola.

De telles violences additionnées à l’humiliation récente reçue par l’armée de Pulcher détermina alors Rome à envoyer deux magistrats de haut rang pour enfin rétablir l’ordre de la République : Varinius Glaber et Publius Valerius  (et non Publius Varinius comme l’écrit Frontin, lui aussi seul à le faire, dans ses Stratagèmes). Cette fois-ci l’armée romaine se constitue de 10 000 têtes… ramassées à la hâte ! Néanmoins, Spartacus méfiant emmena ses troupes plus au sud, dans la région des forêts et des montagnes des bergers de Lucanie

La suite  : Spartacus, chef de guerre

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