Robespierre, un caillou dans la chaussure

Robespierre, un caillou dans la chaussure

le 09 novembre, 2015 dans Provoquer le débat par

Amis financiers et spéculateurs du XXIème siècle, je veux vous compter cette sombre période de notre Histoire de France où vos ancêtres, dont fait partie votre serviteur, ont failli vaciller.

Tout s’était si bien déroulé en cette année 1789. Comme prévu, notre bourgeoisie d’affaire était arrivée au pouvoir sous couvert d’une révolution populaire. On avait détruit les privilèges de ces profiteurs du Clergé et de la Noblesse en lançant la foule des gueux en première ligne. Une foule à qui on aurait pu faire avaler n’importe quoi. Il est vrai que l’homme descend de plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation alors qu’il se mêle à la foule.

On allait enfin pouvoir se partager le gâteau hexagonal.

Un petit coup de novlangue par-ci en s’autoproclamant Tiers-état. Quelques récalcitrants mâtés dans le sang par-là, à l’aide des soldats de La Fayette. Il a toujours aimé amuser la galerie celui-là ! Et l’affaire était ficelée. La vision politique de Voltaire était exhaussée : une nation bien organisée est celle ou le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne.

 Vive la liberté, l’éga…heu, la liberté et la liberté !

Chacun était enfin libre d’exploiter son prochain. Que d’émotions cette révolution populaire. Pas le droit de vote pour les pauvres, pas d’union des travailleurs possible. Du haut de votre siècle, José Manuel Barroso doit en faire des rêves érotiques, le fripon.

Seulement voilà qu’un avocat de province, chef de famille à 9 ans, vint jouer le donneur de leçon. À nous, les vrais révolutionnaires ! En fondant les lois sur la richesse, on ferait, selon lui, de la constitution même la corruptrice de la vertu. Drôle d’énergumène que ce Robespierre ! Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il dénonça l’hypocrisie des droits de l’homme alors que quelques grandes compagnies s’adonnaient à l’esclavage.

Une des icônes de notre monde de la richesse mobilière, la si gracieuse Madame de Staël, tendit à s’étrangler. Comprenez-la, la pauvre. Elle qui a connu cette douce époque où son père, le ministre des finances Necker, prêtait son propre argent au roi, à 14% d’intérêts, alors qu’il était en fonction. Dire que deux cent ans après, votre ministre des Finances ne sera que le simple intermédiaire des usuriers… Toutes les valeurs se perdent.

Pour soi-disant faire le ménage dans notre révolution aboutie, l’effronté Robespierre, adorateur de Rousseau, proposa ensuite que les députés ne puissent pas se représenter. Certes, ce n’était pas du Chouard, mais tout de même il y allait fort le bougre. Et fichtre, pourquoi ne pourrait-on pas être député à vie ? Si on laissait se propager de telles idées, les enfants de députés n’auraient bientôt plus eu le droit de faire le même métier que leur père ! Et pourtant, les fils de paysans le faisaient bien, eux !

Autre sujet, autre fâcherie, cet hurluberlu décida de faire voter un décret déclarant que la France ne ferait plus jamais de guerre d’agression et ce, même au nom de nos nouvelles valeurs de liberté, sous le fallacieux prétexte que personne n’aime les missionnaires armés. Mais personne ne lui a dit que la guerre ça rapportait ? Que les fournisseurs militaires (nouveau petit clin d’œil à notre ami Voltaire) avaient tout de même le droit de s’en foutre plein les poches ? Que pour entrer en guerre le nouvel Etat devrait emprunter ? Narbonne, le ministre de la guerre d’alors, n’avait-il d’ailleurs pas proclamé qu’il fallait faire la guerre parce que le sort des créanciers de l’Etat en dépendait ? Un bien brave ministre ce Narbonne, lui qui fut mis en place par sa maîtresse, l’incontournable et si « ouverte » madame de Staël.

Maximilien était définitivement trop dangereux pour nous autres, exploiteurs de tous bords. Fallait l’acheter comme on l’avait fait avec ce truculent Danton pour qui les livres scolaires francs-maçons et libéraux auront diablement plus de considération. Peine perdu. « On n’y réussira pas, proclama Mirabeau, c’est perdre son temps que de vouloir corrompre Robespierre, cet homme n’a pas de besoins, il est sobre et a les mœurs trop simples. »

En effet, après réflexion, comment voulez-vous corrompre un homme affublé de tous les pouvoirs qui se permet l’outrance de vivre dans une seule pièce ?

Cependant, le pire restait à venir. Ce vulgaire demanda la peine de mort contre les accapareurs et les spéculateurs de denrées de premières nécessités. Il alla même jusqu’à s’offusquer que le responsable des finances en personne fomente cet agiotage. Si les financiers ne peuvent plus spéculer, autant qu’ils se fassent boulanger ! Il proposa aussi, ce mécréant du profit inique, que la constitution républicaine marque les limites au droit de propriété, sous prétexte que la limite de la propriété c’est la vie ou la dignité d’autrui. Je vous entends déjà du haut de votre XXIème siècle : « Mais alors, c’est vrai, des gens de gauche ont vraiment existé ? »

Face à ces idées monstrueuses, Mirabeau et son panache ont à nouveau eu le courage de se lever :

 « Monsieur Robespierre est disqualifié pour la politique car il croit tout ce qu’il dit ! »

Manifestement non rassasié, Robespierre se remit à table en évoquant le droit de pétition et le droit à tout homme de publier ses pensées, par quelques moyens que ce soit, et que la liberté de la presse ne pouvait être gênée et limitée en aucune manière. C’est qu’il s’attaquait à nos formateurs d’opinions ce fourbe !

De tels hommes ne pouvaient définitivement être laissés libres de s’exprimer sous peine de ruiner nos profits sur le dos de la plèbe. Pour l’arrêter, on a dû avoir recours à la subversion et à un guillotinage en règle. Après tout, chacun son tour.

Toutefois, avant de décapiter ce sanglant orgueilleux, et de pouvoir annoncer sous la voix de monsieur Boissy d’Anglas qu’ «  un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre social », nous avons mobilisé nos peu de reste de charité parfois chrétienne pour lui permettre d’exprimer ses dernières volontés…

Nous voulons une patrie qui procure du travail à tous les citoyens ou les moyens de vivre à ceux qui sont hors d’état de travailler.
Nous voulons une cité où les transactions seront la circulation de la richesse et non pas le moyen pour quelques-uns d’une opulence fondée sur la détresse des autres.
Nous voulons une organisation humaine où les mauvaises passions seront enchaînées : l’égoïsme, la cupidité, la méchanceté.
Nous voulons substituer la droiture aux bienséances, substituer le mépris du vice au dédain du malheur. »

Quand on sait qu’il croyait vraiment à ce qu’il disait…cela fait froid dans le dos.

Chers descendants rapineurs du XXIème siècle, ne nous plaignez point en conjecturant que cette épreuve fut douloureuse. A vrai dire, elle a même eu un mérite. Celui, de nous inciter à passer à la vitesse supérieure. Et, c’est avec l’appui d’un petit général corse que nous créerons dans la foulée une banque privée, La Banque de France. Oui, j’ai bien écrit « privée ».

Or sur vos familles,

                                                     Un banquier né au XVIIIème siècle.

 Jérôme Pages du site Lectures au peuple de france.fr

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26 Commentaries

  • Baumgarten dit :

    Excellement écrit. Bravo. A lire et relire, la Révolution Française de Albert Soboul.

  • Ghislaine L dit :

    Ecoutez la conférence d’Henri Guillemin sur « Robespierre et la révolution française »
    http://youtu.be/XiM74n8I2Gc

    « La source de tous nos maux, c’est l’indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l’égard de la nation sans l’avoir consultée.

    Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l’ont anéantie.

    Ils n’étaient de leur aveu même que les mandataires du peuple, et ils se sont faits souverains, c’est-à-dire despotes, car le despotisme n’est autre chose que l’usurpation du pouvoir souverain.

    Quels que soient les noms des fonctionnaires publics et les formes extérieures du gouvernement, dans tout État où le souverain ne conserve aucun moyen de réprimer l’abus que ses délégués font de sa puissance et d’arrêter leurs attentats contre la constitution de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est abandonnée absolument à la merci de ceux qui exercent l’autorité.

    Et comme il est dans la nature des choses que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impunément, il s’ensuit que le peuple est opprimé toutes les fois que ses mandataires sont absolument indépendants de lui.

    Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révolution, si des intrigants ont remplacé d’autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l’ancien despotisme, n’en cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogés les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu’ils ont caressés bassement pendant les élections. »

    Robespierre, 29 juillet 1792.

  • Philippe L dit :

    Quelques anachronismes (Mirabeau est mort avant la fin de la Constituante, donc avant les débats sur la guerre), mais le genre est excellent et tout ce qui peut réhabiliter Robespierre est bon à prendre. Donc félicitation pour ce texte.

    Pour ceux que cela intéresse, découvrez « Robespierre parle aux Français », l’intégrale de ses grands discours (et bien plus encore). C’est de cet ouvrage qu’est d’ailleurs tirée la citation faite par Etienne Chouard et reprise plus haut par Ghislaine L.

  • Pierre dit :

    Excellent papier qui remet certaines choses au clair. Maximilien savait en montant sur l’échafeau qu’il laissait derrière lui bien plus qu’une idée, que des concepts : l’espoir éternel et continu.
    Et en effet, quand le moral est au plus bas, il convient de se rappeler qu’un jour, Robespierre et ses amis à ses cotés fichèrent une telle trouille aux possédants qu’ils cherchent depuis ce temps à le faire oublier après avoir vainement tenté durant ces deux siècles de le salir !Et en ce moment même, près de 220 ans après son assassinat, on sent monter dans notre magnifique pays des voix, des mots …on reconnait le frangin Max qui de nouveau se tient à nos cotés pour cette fois ci, nous aider à nous débarrasser des ordures ! Ils peuvent essayer de le salir, comme ils le font avec les communards et tous ceux qui leur résiste mais notre temps arrive …Merci Robespierre au delà des siècles et de ton sacrifice pour tout ce que tu nous fait comprendre enfin …

    « Je succombe sans regret, je vous laisse ma mémoire elle vous sera chère et vous la défendrez. » Maximilien Robespierre

    Tu peux compter sur nous mon ami …

  • Mesrine dit :

    Texte passionnant, Robespierre avait la main lourde mais les idées pures. Il est bon de le rappeler. Quant à Narbonne… une suprême ordure, une délicate raclure ou de la merde dans un bas de soie ? à vous de voir…

  • jean marie dit :

    « Ce vulgaire demanda la peine de mort contre les accapareurs et les spéculateurs de denrées de premières nécessités. »

    Comme c’est beau! Le seul problème c’est que Robespierre a obtenu la peine de mort pour beaucoup plus de monde… car en 1793 la loi des suspects permettait de faire de tout français un coupable potentiel! Aidé de Fouquier- Tinville et de Saint Just, Robespierre pouvait s’en donner à cœur joie. D’abord les Protestants, juifs et catholiques furent persécutes… Puis avec Robespierre la guillotine fonctionnait à plein régime soit 6 heures par jour pour tuer 900 personnes par mois. Au cours des 10 mois de dictature de Robespierre, le décompte est macabre : 500 000 emprisonnés, 300 000 assignés à résidence et 19 594 guillotinés !!!
    Votre texte est hallucinant, tant de complaisance et d’aveuglement, c’est pathologique ! Vision partielle et partiale encore un fois : encore de l’hémiplégie ! Vous ne montrez que ce qui vous arrange, quelle malhonnêteté intellectuelle ! Prenez des héros positifs svp, si vous voulez jouer les patriotes : des chercheurs, des savants, des soldats, des résistants, des hommes de paix… Pas des tyrans frustrés et hystériques de la pureté !
    Liberté, que de crimes on a commis en ton nom!

    Je vous salue cher compatriote !

    • Philippe Landeux dit :

      C’est votre commentaire qui est partial.
      Personne n’a jamais dit que la Révolution (1793-1794) n’avait pas fait de morts… Mais sans doute connaissez-vous le secret pour sauver une Révolution et gagner une guerre contre toute l’Europe sans verser une goute de sang ! et, à bien y réfléchir, moins de 20.000 exécutions en un an sur toute la France, ce n’est pas tant que ça. (La Commune, c’est 20.000 sur Paris en 2 semaines.) J’adore les gens qui se parent de vertu et refont l’histoire ! Quand nous aurons le courage de sauver la France aujourd’hui, on pourra donner des leçons aux révolutionnaires ; car je gage que, si nous avons ce courage, nous aurons du sang jusqu’aux oreilles.
      Quant à la fameuse dictature de Robespierre, j’aimerais bien savoir ce que vous entendez par là ! Il est facile de démontrer que Robespierre avait un immense prestige mais guère de pouvoir réel et pas plus que ses collègues qui l’ont envoyé à la guillotine. S’il avait été le dictateur que vous prétendez, n’est-ce pas plutôt lui qui aurait envoyé ses ennemis (les partisans de la guerre, les furieux de la Terreur, notamment) à la guillotine ? A vous entendre, on dirait que Robespierre avait tous les pouvoirs (lesquels ?), alors même que c’est à peine s’il y avait un Etat à cette époque !

    • Jérôme dit :

      Bonjour cher compatriote. Il ne vous aura pas échappé, parce que vous semblez l’avoir lu, que ce texte ne fait pas de Robespierre un sain (« Pour l’arrêter, on a dû avoir recours à la subversion et à un guillotinage en règle. Après tout, chacun son tour. »), mais un rempart temporaire contre le vrai pouvoir qui tire les ficelles, le monde de la Banque, de la création monétaire, de la spéculation.
      Vous avez raison de vous offusquer qu’on puisse mettre en lumière une personne qui a du sang sur les mains. Il me semble toutefois, et cela est juste mon avis, que cela ne doit pas nous empêcher de penser l’Histoire. Sinon, il ne nous restera plus qu’à disserter sur Gandhi et deux ou trois autres acolytes, seules et rares révolutionnaires qui prirent et GARDERENT le pouvoir les mains propres. Sans vouloir vous faire changer d’avis sur ce personnage que nos livres scolaires n’ont pas oubliés de descendre, comme pour tous ceux qui se sont mis en travers de la Banque, je tiens tout de même à vous faire connaître un point de vue que vous n’avez peut-être pas été amené à lire ou à entendre. Celui de l’Historien Henri Guillemin. Je vous souhaite donc, Jean-Marie, une belle lecture et d’obtenir tout ce qui peut contribuer à votre bonheur et à celui du plus grand nombre :
      « Pour se débarrasser de Robespierre, la marche à suivre est toute tracée : il n’est fort qu’à l’aide de son exécrable, mais puissante, mais irrésistible armée faubourienne. Toute la lie du peuple est pour lui. Ce à quoi il faut parvenir, c’est à lui retirer ce révoltant appui. Les deux comités vont s’y appliquer avec zèle. Depuis l’incident Vadier, dont la signification offensive était trop claire, Maximilien a pratiquement renoncé à ses fonctions gouvernementales. Afin de ne pas désorienter l’opinion, il fait, chaque matin, une apparition de quelques minutes au Comité de Salut public, signant pour la forme, quelques décrets, mais il ne participe plus au pouvoir. Or, on a décidé, entre conjurés, d’utiliser à fond contre lui une modification – excessive – de la procédure judiciaire réclamée par Couthon (et visant, lui-même le dira, cinq ou six individus, pas plus). Le plan d’action est de rendre la guillotine frénétique, en répétant partout, sans cesse, et confidentiellement, que Robespierre exige qu’il en soit ainsi. Le 29 juin, cinquante-quatre coupables ont été exécutés le même jour (un record !), hommes et femmes, tous et toutes revêtus de la chemise rouge des parricides : ce sont les criminels impliqués de près ou de loin, dans les tentatives d’assassinats imputées à Ladmiral et à Cécile Renault contre Robespierre. Et Robespierre se venge, paraît-il.

      Si le tribunal révolutionnaire, en quinze mois, a prononcé quelques douze cents condamnations à mort, en six semaines il en prononcera treize cents. Et qu’on le sache bien : c’est « Robespierre qui le veut ». Ces condamnations, au surplus, portent désormais, assez souvent, sur de petites gens, de pauvres gens, accusés d’avoir mal parlé de la République, regretté le bon temps de la monarchie.

      Qu’il a donc tristement changé, l’Incorruptible auquel on aurait fait trop longtemps confiance ! Sur l’affreux calcul des complices, Lamartine, beaucoup mieux que Michelet, a dit la vérité en une phrase lapidaire : ce Robespierre dont ils veulent la tête, « ils le couvrirent, pendant quarante jours, du sang qu’ils versaient » pour le perdre.

      Opportune, excellente mesure supplémentaire : on établit, le 5 Thermidor, un nouveau maximum, celui des salaires, cette fois, qui doivent être réduits, selon les cas, de vingt, trente ou quarante pour cent. Bien entendu, la décision es de Robespierre. Enfin, pour que tout soit parfaitement au point, le jour J, Sieyès et Fouché se partagent la besogne : Ils vont trouver, chez eux, les principaux membres du Marais pour les prévenir amicalement : « Votre nom, je le sais, est sur la prochaine liste d’arrestations dressée par Robespierre ». »
      Bien amicalement, Jérôme

      • Pierre dit :

        Il est en effet plus qu’utile de remettre les choses à leur vraie place.
        Clamer partout que Robespierre n’était qu’un sanguinaire sans modérer grandement ce propos , c’est la même chose au fond que de clamer que Gandhi garda les mains propres tant qu’il eut le pouvoir … Car il était plus proche de l’allumé fanatique que du personnage 100% zen qu’on nous présente. Certains de ses proches disaient que pour garder Gandhi dans la pauvreté, ça coutait beaucoup …d’argent. Quant à sa pseudo « zénitude », jugez en plutôt par deux déclarations qui viennent de lui : en 1920 lors d’un congrès national en Inde « À partir du moment où vous me choisissez comme leader, vous devez accepter la dictature et la discipline de la loi martiale. »
        Un peu plus tard, juste avant de mourir … »Si nous avions la bombe atomique, nous l’aurions utilisée contre les Britanniques. »
        Et j’en passe sur ce personnage qui ne fut pas exactement ce que l’Histoire en retint, tout comme Robespierre.
        On a mis sur le compte de Robespierre en effet bien des crimes dont il n’est absolument pas coupable. De plus, il faut recadrer les choses dans leur époque avant de condamner les exécutions et autres emprisonnements. C’est comme de tresser des louanges à Louis XVI et Marie Antoinette en ne parlant pas par exemple du traité de Brunswick …
        Robespierre reste pour moi une des plus (la plus) grande figure politique Française de toute notre histoire. et je vais laisser Napoléon (que je n’aime pas particulièrement) en parler …
        « Robespierre, dit le Mémorial, était incorruptible et incapable de voter ou de causer la mort de quelqu’un par inimitié personnelle ou par désir de s’enrichir. C’était un enthousiaste, mais il croyait agir selon la justice, et il ne laissa pas un sou à sa mort. Il avait plus de pitié et de conception qu’on ne pensait, et après avoir renversé les factions effrénées qu’il avait eu à combattre, son intention était de revenir à l’ordre et à la modération. On lui imputa tous les crimes commis par Hébert, Collot d’Herbois et autres. C’étaient des hommes plus affreux et plus sanguinaires que lui, qui le firent périr ; ils ont tout rejeté sur lui ».

  • jean marie dit :

    Merci pour vos contributions.
    J’ai rappelé les chiffres macabres de la grande terreur car j’ai été choqué de lire tant d’éloges sur Maximilien alors que personne n’avait rappelé ses zones d’ombre. Ce que j’apprécie c’est l’équilibre dans le jugement, pas le manichéisme. Il m’est apparu que votre texte ne mentionnait que le positif mais rien de négatif ou presque, notamment sur les injustices et les excès meurtriers. Certes, Robespierre avait de bonnes intentions mais la fin ne justifie pas tous les moyens.
    Je ne vais pas rentrer dans le débat concernant les responsabilités d’Hébert, Collot, d’Herbois et autres dans les crimes, mais il est clair que Robespierre a sa part de responsabilité malheureusement.
    On parle souvent des mêmes personnages historiques alors que d’autres sont cordialement oubliés car moins flamboyants (Pasteur, Saint Vincent de Paul, L’Abbé Grégoire, Montagnier…). Pourtant ils ont sauvé des vies…

  • jean marie dit :

    Histoire de faire réfléchir, je vous transmets la Chronique d’un authentique homme de gauche… J’espère que personne ne voudra le décapiter!

    La chronique mensuelle de Michel Onfray | N° 104 – Janvier 2014

    L’EPOQUE SENT LE SANG –

    La France est un drôle de pays qui porte toujours en son sein une catégorie de gens, qui, sous prétexte de faire le bien de leur prochain, les envoient quand ils le peuvent à la guillotine, au goulag ou dans un camp de concentration. Les robespierristes français font partie de cette engeance qui parle amour du peuple, mais lui raccourcit la tête ; qui célèbre la laïcité, mais se prosterne devant l’Etre Suprême et jouit du rituel de leur religion déiste ; qui en appelle au bonheur de l’humanité, mais recouvre la terre de sang et de ruines, de guerre et d’expéditions punitives en faisant des milliers de cadavres avec le corps des petits et des sans-grades…

    Certes, Robespierre écrit contre la peine de mort ; mais, outre la décapitation de Louis XVI qu’il vote avec enthousiasme, il envoie une quantité de gens sous le rasoir national, y compris ses amis, du moins ceux qui croyaient qu’on pouvait être ami avec lui. Certes, Robespierre écrit en faveur de la Vertu ; mais il couvrait le Vice des autres, pourvu qu’ils agissent au nom de sa prétendue Vertu – il soutient par exemple Carrier le massacreur de Nantes qui tue femmes enceintes et enfants, qui noie les curés et le quidam quand il a décidé qu’ils n’étaient pas « patriotes ». Certes Robespierre écrit contre la guerre ; mais il la mène contre la Vendée et se propose d’en exterminer la population.

    Robespierre écrit, parle, gesticule et les robespierristes se pâment devant les mots de leur héros, même s’il fait le contraire de ce qu’il professe – peu importe : « il ne fait pas le mal, puisqu’il a dit qu’il faisait le bien ». Etrange inversion des valeurs, on regarde même le mal qu’il fait en disant qu’il s’agit du bien.

    Cette étrange fascination pour le pouvoir de la parole sans le souci de l’action de celui qui parle est l’une des causes majeures de l’aliénation, de la sujétion, de la soumission. Elle préside à l’esprit de secte : le gourou a toujours raison pour ce qu’il dit, peu importe ce qu’il fait. Si un tiers montre sa duplicité, sa schizophrénie, son double langage, il est un conspirateur, un salaud, un ennemi. Croire ce qui est dit sans souci pour de qui est fait, voilà le ciment de toutes les entreprises totalitaires, religions comprises.

    La récente reconstitution en 3D du visage de Robespierre a permis de voir monter au créneau les sectaires du prétendu Incorruptible. Sous une perruque poudrée, on découvre, ô sacrilège, un visage gras, massif, aux traits épais, vérolé, à la peau verdâtre, affligé de sarcoïdose (sic !).

    Le net porte trace des cris d’orfraie de tous ceux qui s’insurgent d’un pareil crime de lèse majesté révolutionnaire : prétendus historiens vraiment appointés par la Sorbonne, tribuns du Front de Gauche, fonctionnaires de l’université transformés en révolutionnaires en peau de lapin, éditeur de bluettes révolutionnaires radicales, sans parler des héros sans visage du net nostalgiques de la Veuve – tous vantent les mérites de Robespierre et de la Terreur.

    Certains parmi ceux-là souhaitent la décapitation de tel ou tel nommément cité ; ils frétillent en imaginant celui-ci ou celle là le foin dans la bouche, la tête au bout d’une pique ; ils déplorent que pas assez de têtes n’aient été coupées. Dans «L’Humanité», un certain Guillaume Mazeau parle même de « la politique sociale de la Terreur » ! L’époque sent le sang…

    © Michel Onfray, déc 2013

  • Pierre dit :

    Il faut répondre à ce genre de chose non par des suppositions comme le fait sans talent Onfray (que j’apprécie sur d’autres sujets), mais par les faits, les sources etc etc…
    Donc voici un écrit de Marc Belissa qui date de 2012, juste avant que Mr Onfray ne s’y mette …Ensuite, je republierais une réponse à Onfray qu’il faut d’abord que je retrouve.
    Certes, ce monsieur a tout à fait le droit d’avoir son opinion et elle reste respectable, mais il convient sur un tel sujet d’avoir, me semble t-il, un peu plus de recul et surtout de vraies données historiques, sinon, on ne fait que présupposer, ergoter et au final on se trompe en grande partie.

    « Robespierre, bourreau de la Vendée ? » : une splendide leçon d’anti-méthode historique Réplique
    jeudi 15 mars 2012

    Par Marc Belissa, Université Paris Ouest Nanterre-La Défense et Yannick Bosc, Université de Rouen

    Alors que sévit une crise engendrée par la cupidité et le délitement des valeurs républicaines, la mobilisation de milliers de personnes pour l’achat des manuscrits de Robespierre au printemps 2011 a surpris. Elle a surpris à gauche ceux qui ont laissé l’héritage républicain en déshérence et à droite le ban et l’arrière-ban des dénonciateurs du « totalitarisme » robespierriste. Des décennies de « communication » n’ayant donc pas suffi il fallait dans l’urgence faire face au retour de « l’incorruptible ». En septembre dernier, la revue Historia a donc consacré un dossier à « Robespierre le psychopathe légaliste ». Le service public conscient de sa mission ne pouvant être en reste, France 3 a diffusé le mercredi 7 mars 2012 un documentaire « réalisé par Richard Vargas et raconté par Franck Ferrand » intitulé « Robespierre : bourreau de la Vendée ? ».

    Pour l’occasion, le site internet de la chaîne a proposé une bibliographie généreusement composée de trois ouvrages. Elle donne le ton. Ainsi parmi des dizaines de biographies disponibles le choix s’est porté sur le Robespierre de Jean Artarit, un psychiatre qui s’égare sur le terrain de l’histoire de la Révolution française. Comme l’a souligné Historia, Robespierre c’est d’abord une pathologie. Le visiteur du site est ensuite encouragé à lire Anne Bernet. Sur Wikipédia elle est présentée comme une « femme de lettres » qui collabore à des revues « proches des milieux royalistes », « réhabilite l’insurrection royaliste de Vendée » et dont les livres « sont empreints d’un catholicisme traditionnel, voire royaliste pour certains ». Elle a contribué au dossier d’Historia par un article intitulé « Comment il (Robespierre) a déshonoré la République ». Elle y affirme, sans preuve, que Robespierre est l’ « inspirateur » des massacres en Vendée (« on parlerait aujourd’hui d’épuration ethnique » précise-t-elle). Enfin, pour étancher sa soif de connaissance, le passionné est engagé à se plonger dans une source, La Guerre de La Vendée et le système de dépopulation (1) de Gracchus Baboeuf (sic), publiée aux éditions du Cerf (éditeur du Livre noir de la Révolution française), préfacée par Stéphane Courtois (qui a dirigé Le livre noir du communisme et participé au précédent), introduite par Jean-Joël Brégeon (pourfendeur de la vision « marxiste-léniniste » de la Révolution française)(2) et Reynald Sécher (le promoteur depuis un quart de siècle de la reconnaissance du « génocide vendéen » comme « crime contre l’humanité »). Rappelons que ce texte de Babeuf, utilisé ici comme une pièce à conviction, reprend la propagande thermidorienne avec laquelle le Tribun du peuple va très vite rompre, ce qui lui vaut d’aller en prison. Quelques mois plus tard, il écrit à son ami Bodson : « je confesse de bonne foi que je m’en veux d’avoir autrefois vu en noir et le Gouvernement révolutionnaire, et Robespierre, et Saint-Just ». Et il conclut : « en relevant le robespierrisme, vous êtes sûrs de relever la démocratie » (Lettre à Bodson du 10 ventôse an IV) (3). Évidemment, cela ne sert guère la thèse du dessein génocidaire que Courtois, Brégeon et Sécher voudraient attribuer à Robespierre.

    Le site de France 3 énumère ensuite les ouvrages qui sont présentés « en plateau » après le documentaire : La Vendée – Vengé : le génocide franco-français, de Reynald Secher (réédité chez Perrin) et Vendée : du génocide au mémoricide : Mécanique d’un crime légal contre l’humanité, toujours de Reynald Secher (aux éditions du Cerf, spécialistes sur ce créneau). Pour faire bonne mesure les journalistes évoquent aussi, Quatre-vingt-treize de Victor Hugo et deux livres de Jean-Clément Martin (Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée et La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l’histoire). Il était difficile d’ignorer l’ancien directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française qui est le spécialiste de la mémoire vendéenne.

    Jean-Clément Martin est également présent dans le documentaire avec Jean Artarit, Stéphane Courtois et Reynald Secher. A leur côté, trois autres intervenants sont désignés comme « historiens » : Noël Stassinet (président du « Souvenir Chouan de Bretagne ») dont il est beaucoup question sur les sites royalistes mais dont on ne trouve aucune trace de recherche historique à son actif ; Michel Chamard (l’auteur du Puy du Fou ; un rêve d’enfant, ancien du Figaro et directeur du Centre Vendéen de Recherches Historiques) que le président du conseil général de Vendée décrit, de manière sibylline, comme l’incarnation de la « tradition française », passionné par son attachement à la Civilisation (grand C) qui « a défendu les valeurs de liberté intellectuelle en 1968 à Nanterre » (4) ; Antoine Boulant, lieutenant-colonel et historien de la gendarmerie dont la thèse a porté sur Les agents secrets du ministre des Affaires étrangères envoyés dans les départements (1792-1794).

    Le site Chouans et Vendéens considère évidemment que « ce programme affiche toutes les qualités de sérieux et d’objectivité pour faire découvrir au grand public cette part occultée de la Révolution française. » Avec un bémol cependant : « on regrettera l’absence du « Souvenir Vendéen » qui a malheureusement décliné l’invitation à cette émission à ne manquer sous aucun prétexte. » (5) En revanche, le téléspectateur notera la présence de Dominique Lambert de La Douasnerie, « fondateur et président à vie » (la fonction est-elle héréditaire ?) de l’ « association Vendée militaire », dont la présidente d’honneur est la comtesse Christian de Quatrebarbes et le premier vice-président le baron de La Tousche d’Avrigny. (6) La télévision de service public – qu’elle en soit remerciée – a ainsi tout mis en œuvre pour offrir une leçon d’anti-méthode historique à montrer à tous les étudiants de licence. Ils ont là matière à réfléchir sur ce qu’il ne faut pas faire, sur ce qui distingue l’histoire fondée sur les méthodes scientifiques et l’histoire qui se contente de mettre en scène un discours politique recuit mais probablement « vendeur ».

    Au vu du titre, « Robespierre, bourreau de la Vendée ? » (on notera le point d’interrogation qui vise à présenter la question comme « ouverte »), on aurait pu penser que ce documentaire allait étudier la responsabilité personnelle de Robespierre dans la guerre de Vendée et dans les massacres commis lors de cette guerre civile (qui dura dans sa première phase de mars à décembre 1793, puis de janvier 1794 au traité de la Jaunaye signé le 17 février 1795 dans sa deuxième phase, même si Robespierre est mort depuis le 28 juillet 1794…). En fait, nous avons eu droit à une longue et fastidieuse mise en scène des thèses de Reynald Secher sur le « génocide franco-français » et sur le « mémoricide » qui est le thème de l’ouvrage qu’il vient de sortir fort opportunément.

    Restons dans un premier temps sur le « cas Robespierre » et notons sans surprise, puisque la « bibliographie » nous l’indique, que le propos est absolument identique à celui d’Anne Bernet dans le numéro spécial d’Historia. On peut le résumer sans beaucoup le schématiser de la façon suivante : le comité de Salut Public qui est alors « aux mains de Robespierre » a pris une série de décisions visant à réprimer la révolte vendéenne, notamment « l’extermination des brigands », les soldats de la République ont pratiqué « l’extermination organisée » de la population (laquelle ?) sur l’ordre de leurs généraux, qui eux-mêmes ont obéi aux ordres du Comité de Salut Public. Donc, Robespierre = Comité de Salut Public = massacres en Vendée = extermination, donc Robespierre = extermination de la Vendée. CQFD. Stéphane Courtois — le spécialiste des livres noirs — avoue quand même à la fin d’une phrase : « Bien sûr, on ne peut pas dire que Robespierre soit le dictateur absolu, mais quand même c’est bien le Comité de Salut Public dans l’affaire de Vendée qui a envoyé les ordres. » Et comme Robespierre et le Comité de Salut Public, c’est tout un…
    Le problème est que cette construction digne des plus beaux amalgames et des plus belles manipulations historiques est radicalement fausse et ne s’appuie sur aucun document. D’ailleurs, les « historiens » apparaissant dans l’émission (nous exceptons bien entendu Jean-Clément Martin des guillemets) n’en produisent aucun émanant de Robespierre… S’il en avait eu, ils n’auraient pas manqué de les produire bruyamment. À vrai dire on l’aurait su depuis deux siècles tant les ennemis de Robespierre sont nombreux parmi les écrivains du XIXe siècle sur la Révolution française. Loin de nous l’idée d’affirmer que Robespierre n’a pas soutenu les armées républicaines et la répression de la révolte vendéenne, il partageait peut-être le point de vue de ses collègues du Comité de Salut Public, mais la seule chose dont nous soyons certain, c’est qu’il n’a pas écrit grand-chose sur la question, qu’il n’a prononcé aucun des grands discours sur la Vendée au nom du Comité de Salut Public, bref, qu’il n’a, sur cette question, jamais affirmé une position personnelle (même si, dans plusieurs de ses interventions, il se plaint de la manière dont la guerre a été menée et surtout de la façon dont les factions se sont emparées de la révolte vendéenne pour défendre leurs intérêts politiques particuliers).

    Par ailleurs, l’équation Robespierre = tyran = chef du comité de Salut public = dictateur de la Convention, si elle ne manque pas d’antiquité (elle est rabâchée par tous les anti-robespierristes et les contre-révolutionnaires depuis thermidor an II), manque en revanche de poids scientifique. Aucun spécialiste actuel de la Révolution française enseignant dans les universités françaises n’affirmerait qu’en l’an II, Robespierre possédait un pouvoir absolu sur la Convention (même Patrice Gueniffey, pourtant peu « suspect » de robespierrisme, n’écrit pas cela !).
    Robespierre n’est ni un « tyran », ni un « dictateur », ni le « chef » du comité de salut Public. Robespierre est un député qui jouit d’une immense popularité chez les sans-culottes et au-delà dans la population et dont la parole politique possède un poids considérable. Il est membre du comité de salut public du 27 juillet 1793 jusqu’à sa mise hors la loi un an plus tard, il a un réseau de proches et d’amis (plutôt qu’un « parti ») qui défendent des positions analogues. La seule « dictature » en l’an II, si l’on tient à garder cette expression, est celle de la Convention qui a concentré les pouvoirs en son sein. Il s’agit d’une « dictature » collective de représentants élus, ce qui est — on en conviendra — une dictature d’un genre un peu particulier… Alors si Robespierre n’est ni le « chef » du Comité de salut public ni le « dictateur » de la Convention, quelle est sa responsabilité personnelle dans la guerre de Vendée et la répression ? Rien de plus que celle des autres membres du comité qui exercent collectivement les pouvoirs qui leur ont été délégués par la Convention, elle-même responsable en dernier ressort puisqu’elle conserve le droit (dont elle use d’ailleurs) de renouveler ou non le comité. Pourquoi, les « historiens » du documentaire insistent alors sur Robespierre ?

    Il s’agit de toute évidence d’un procédé rhétorique visant notamment à accrocher l’attention des non-spécialistes. Comme pour le plus grand nombre, les noms de Barère ou de Carnot (deux députés fort peu amis de Robespierre), ou encore ceux du général Westermann n’évoquent pas grand-chose, il faut donc mettre en avant celui de Robespierre comme « incarnation » du mal révolutionnaire. Un procédé qui a deux siècles. La légende thermidorienne et postérieure n’a cessé d’accumuler sur sa tête toutes les accusations possibles et imaginables pour, en réalité, mettre en cause le processus révolutionnaire lui-même. L’identité — fausse — entre Robespierre et Révolution française est pratique. Il suffit d’écrire « Robespierre » et immédiatement l’image construite par la légende noire thermidorienne joue son rôle : on pense guillotines, sang qui coule, perruques poudrées, et lunettes vertes… Le documentaire n’y manque pas avec cette phrase bien digne d’être notée : « La guillotine s’emballe. Robespierre sème l’effroi. » On s’y croirait… L’identification de la Révolution à Robespierre permet de faire l’impasse sur sa place réelle dans le processus révolutionnaire, elle le « dépolitise » et rend incompréhensible son action pratique entre 1789 et 1794. Elle permet aussi de personnaliser la haine de la Révolution française. Ce qui est bien pratique.

    Dans sa forme, et sans finesse, le documentaire met en scène un parti pris. On remarquera par exemple que toutes les illustrations picturales représentant les Vendéens datent du XIXe siècle et sont empruntées à la légende rose vendéenne, construite à partir de 1815. Non ! La Rochejacquelein ne ressemblait pas au portrait donné de lui par Guérin en 1817 ! On ne sait pas trop à quoi il ressemblait d’ailleurs… Un seul exemple pris dans le documentaire : peut-on utiliser sans commentaires spécifiques une image comme celle de la messe clandestine du prêtre réfractaire, de toute évidence extrêmement postérieure à la période de la Révolution ? Les Vendéens apparaissent dans toute cette iconographie comme de véritables « anges » romantiques. On peut douter de la réalité de ce type de représentations, typique de la manière dont on héroïse la Vendée pendant le XIXe siècle. À l’inverse, les soldats bleus sont souvent montrés, soit en masse à travers des reconstitutions cinématographiques (le film « Les Vendéens » de 1993), soit à travers des images animées où ils fusillent, embrochent et grimacent. Le Comité de Salut Public est également représenté avec le même système graphique. Un Robespierre (?) au poing agressif levé et au visage tordu semble figé dans une attitude de dément. Les bons prêtres vendéens sont représentés subissant les coups de sans-culottes avinés, selon les procédés de l’imagerie contre-révolutionnaire du XIXe siècle.

    La musique est, elle aussi, tout à fait remarquable. Quand le documentaire montre la messe clandestine des Vendéens retentit un air faussement sacré et grandiose. En ouverture, les images de crânes et d’ossements sont au contraire accompagnées par une musique sinistre qui vise à mettre le téléspectateur dans une atmosphère de film d’horreur. Toute la partition est à l’avenant. La lourdeur de « l’illustration » musicale qui souligne d’un trait fort épais le propos historique n’est évidemment pas à mettre au débit du compositeur, c’est bien la finalité idéologique du montage qui est ici en cause. Imaginez le sens du même documentaire en inversant les illustrations musicales : la musique sinistre pour les Vendéens et la musique sacrée pour les Républicains…

    Une des formes particulières de la mise en scène de l’histoire dans cette émission vient de l’utilisation d’images donnant l’impression que l’on vient de découvrir quelque chose de nouveau ou de remarquable dans les Archives. Ainsi, le commentaire explique que les concepteurs de l’émission ont « retrouvé le décret du 1er août 1793 dans les Archives Nationales », on procède de même avec les lettres de Turreau au Comité de Salut Public qui se trouvent aux Archives de Vincennes etc. Il s’agit évidemment de donner une épaisseur « scientifique » aux affirmations grossières du discours de Sécher et consorts et de montrer que ces documents étaient « cachés » (sans doute parce qu’ils disaient la « vérité » sur les massacres de Vendée). En réalité, ces documents sont bien connus, non seulement des spécialistes, mais aussi de tout étudiant en histoire ayant eu un cours sur les guerres de Vendée dans les universités françaises. Ils ont été publiés et republiés. On les trouve dans toutes les bibliothèques et sur de nombreux sites internet.

    Les erreurs, les approximations, les manipulations sont, certes, de toutes les chapelles, mais la chapelle « vendéenne » a une certaine expérience historique en la matière. Inutile de revenir ici sur les enjeux politiques de la construction de la mémoire vendéenne aux XIXe et XXe siècle, Jean-Clément Martin notamment a publié plusieurs ouvrages sur la question, on les lira avec profit. Néanmoins, comme ce documentaire reprend un certain nombre de contre-vérités et d’approximations assez impressionnant, il faut tout de même en relever les plus importantes.

    L’un des grands classiques de « l’historiographie » vendéenne et contre-révolutionnaire est le flou et l’exagération du nombre des victimes. Dès le début du documentaire, la voix off affirme « ce carnage (celui du Mans) préfigure une série de massacres dont seront victimes plus de 170 000 Vendéens ». Si l’on comprend bien le français, APRÉS la bataille du Mans (décembre 1793), 170 000 Vendéens seront massacrés… mais on estime généralement — et c’est ce que rappelle Jean-Clément Martin à la fin du film — que le nombre TOTAL de victimes et de disparus des guerres de Vendée se monte à peu près à 170 000. Par conséquent, l’ensemble des victimes (y compris les morts de maladies, de faim, les disparus dont une partie est sans doute toujours vivante, mais ailleurs) serait équivalent aux Vendéens massacrés par les armées républicaines après décembre 1793. Il y a comme un problème…

    De même, le « Massacre des Lucs » est un grand classique de la construction de la légende vendéenne. Le documentaire présente comme un fait avéré la « tradition locale ». On insiste sur les enfants de moins de onze ans figurant sur la liste des victimes « du » massacre des Lucs, mais il a été montré par plusieurs historiens, dont Jean-Clément Martin, qu’il y avait eu non UN massacre des Lucs, mais PLUSIEURS tueries sur plusieurs années. C’est la « tradition » qui a inventé l’amalgame de ces différents massacres en un seul lieu. Martin écrit ainsi que « la liste dressée en 1794 comptabilise manifestement l’ensemble des habitants tués depuis 1789, alors que toute une tradition veut la voir comme le résultat d’un massacre unique commis en deux jours de février 1794. Les conclusions sont évidemment fort divergentes selon la lecture adoptée. » Cette interprétation — partagée par la plupart des universitaires spécialistes de la Révolution française — n’est même pas mentionnée.

    Un deuxième grand classique de « l’historiographie » vendéenne et contre-révolutionnaire (et l’un des artifices rhétoriques préférés de la droite « décomplexée » depuis quelque temps) est de se présenter comme la victime d’un complot universitaire de la part de « l’histoire officielle » dont on sous-entend qu’elle ne veut pas poser la question de la Vendée parce qu’elle la gêne. Ainsi, on insiste sur Reynald Secher, le « jeune historien » qui a eu, au milieu des années quatre-vingt, le « courage » de s’opposer à l’histoire officielle au moment de la préparation du Bicentenaire de la Révolution française. Le commentateur note naïvement que le livre de Secher tombait bien mal… On peut au contraire considérer — avec tous les spécialistes qui ont travaillé sur la période du Bicentenaire — que cela tombait fort bien et que la soutenance de thèse de Secher, montée en épingle par Pierre Chaunu, n’était qu’un des moments choisis par l’extrême-droite, catholique, vendéenne et royaliste pour lancer « son » bicentenaire. La « communauté des historiens » s’est « insurgée » nous dit le commentaire. Elle s’est surtout insurgée contre l’utilisation à tort et à travers du concept de génocide et sur l’approximation de la méthode utilisée par Secher. Nous ne referons pas ici un commentaire critique de ce livre, il a été fait depuis longtemps. Ce n’est pas un hasard si aucun historien universitaire spécialiste de la Révolution française n’y accorde crédit (et il faut une sérieuse méconnaissance du milieu universitaire pour imaginer un complot « gauchiste » contre le « courageux » Reynald Secher).
    Stéphane Courtois — lui-même fort peu considéré parmi les historiens contemporanéistes, qui sont sans doute aussi tous de dangereux extrémistes — est convoqué pour souscrire à la thèse de « l’histoire officielle ». Il dit ainsi : « Certains historiens, et on peut comprendre, refusent qu’on parle de génocide ». Car « comme vous le savez en France, on ne peut pas toucher à la Révolution, c’est sacré. En même temps… bon… il faut quand même que les historiens fassent leur travail… » Courtois sous-entend-il que ceux qui critiquent le concept de « génocide vendéen » n’en sont pas ? Sans doute… D’ailleurs, « l’histoire de la Vendée va être systématiquement occultée dans l’historiographie française » pendant deux siècles nous explique le même Courtois. Nous invitons le grand spécialiste des livres noirs à se plonger notamment dans les travaux de Paul Bois, de Jacques Godechot, de Marcel Faucheux, Marcel Lidove, Claude Petitfrère ou Jean-Clement Martin pour rester parmi les historiens français de la seconde moitié du XXe siècle.
    Le journaliste Christophe Bourseiller se fait aussi le défenseur de l’historien « anticonformiste » Secher. Son livre est « celui par lequel la vérité a été rappelée aux Français car il faut dire que les événements de Vendée sont presque toujours oubliés par notre historiographie ». Secher a eu « le courage de sonder la mémoire des vaincus ». Les historiens universitaires « officiels » n’ont pourtant eu que « haine » et « silence » contre son livre…

    Il est vrai que les historiens « officiels » ont la manie de pinailler sur des détails et d’aimer la précision dans les termes : ils n’aiment pas que l’on parle de « conscription » et de « service militaire obligatoire » avant la loi Jourdan Delbrel qui les créent en 1797, ils n’aiment pas que Carnot soit désigné comme « ministre de la guerre du Comité de Salut Public » alors qu’il n’a jamais été ministre, ils estiment quelque peu confuses des expressions comme « les enragés montagnards menés par Robespierre ». Ils trouvent que la phrase « n’importe qui peut-être arrêté sous n’importe quel prétexte » ne reflète pas vraiment le contenu de la loi des suspects, etc. On pourrait multiplier les citations montrant que la rigueur dans l’utilisation du vocabulaire historique et la précision des faits n’est pas le fort des « historiens » Secher, Artarit et Courtois, pas plus que celui des auteurs du documentaire.
    Ils sont pourtant capables de moduler le vocabulaire quand leur propos le nécessite. Ainsi les armées républicaines commentent des « crimes », jamais l’armée catholique et royale. Il est vrai qu’elle n’a commis qu’un massacre, celui de Machecoul ! D’ailleurs, les Vendéens ne « massacrent » pas les Bleus, ils « s’en prennent » aux notables républicains des villes. Sans rire, le commentaire — faisant ainsi la preuve de son caractère « modéré » — admet que « CE massacre est bien le fait des Vendéens » (même s’il a été provoqué par le fait que les Bleus « ont tiré sur la foule »). Aucun autre massacre des Blancs sur les Bleus ne sera évoqué dans le documentaire. Exit Châtillon, le Pallet, Bouin, etc. Il est vrai que le commentaire sous-entend que « les » Vendéens se soulèvent dans un bel élan unanime pour Dieu et le Roi, mais on ne saura donc pas grand-chose sur les républicains de Vendée, de Loire-inférieure, de Mayenne qui se sont battus avec acharnement contre les Blancs, les empêchant de prendre les grandes villes de l’ouest. Car « la » Vendée est AUSSI une guerre civile locale entre Blancs et Bleus (mais évidemment, cela pose une question fondamentale que Secher n’aborde pas : les Bleus de Vendée sont-ils des « génocidaires » d’eux-mêmes ?) On ne saura rien non plus sur la politique menée par la direction de l’Armée catholique et royale dans les territoires « libérés », sur ses liens avec les émigrés ou les Anglais.

    A part cela ? Quoi de neuf ? Rien.

    Des variations sur le thème « anti-totalitaire » qui ne sont ni très neuves ni très remarquables par leur intelligence interprétative. Le grand spécialiste des livres noirs, Stéphane Courtois, nous livre ainsi une réflexion de poids : « Qu’est-ce qu’un brigand ? Bon… Un brigand… c’est un criminel. Alors… ça c’est intéressant… La criminalisation des adversaires politiques ou des opposants quels qu’ils soient. Il ne s’agit plus d’un débat politique, il s’agit de se débarrasser d’une catégorie de la population. » Certes… la criminalisation des adversaires politiques… mais bon (pour parler comme Courtois)… Est-ce bien là une particularité de la Révolution française en général et des révolutionnaires en particulier ? Les tenants de la contre-révolution comme Burke ou Mallet du Pan agissent-ils et parlent-ils autrement ? Les journaux royalistes de 1789 jusqu’au 10 août 1792 traitent tout « patriote » de « brigand », de « cannibale », de « buveur de sang ». Brunswick appelle au massacre de tous les révolutionnaires de Paris dans son manifeste. Les contre-révolutionnaires anglais sont accusés par l’opposition de mener une bellum internecinum (une guerre d’extermination), etc., etc. Le refus du « débat politique » peut difficilement être un apanage des révolutionnaires et il est vrai qu’en Vendée, il ne s’agit en aucun cas d’un débat feutré entre adversaires de bonne société, mais d’une guerre civile à mort dans un contexte de guerre étrangère, la tentation de « criminaliser » l’adversaire est bien forte des deux côtés.

    Et les massacres de femmes et d’enfants, les colonnes infernales ? Ce n’est pas du totalitarisme, cela ? Secher explique qu’après août 1793, on ne fait plus de distinction entre les brigands et les femmes, les enfants et les vieillards, que l’on « globalise » l’extermination (sous-entendu, on arrive au génocide puisque tout le monde est « englobé »). Le sage Courtois renchérit : « La rhétorique, elle est très claire, il y a le peuple et les ennemis du peuple, voilà… bon… », « il faut justifier une extermination de masse ». S’il le dit…
    La rhétorique, en effet. Celle de Barère, du comité de Salut Public, n’est pas une rhétorique totalitaire, mais une rhétorique de guerre. Si les « historiens » du documentaire avaient quelques connaissances en histoire militaire et politique de l’époque moderne, ils sauraient que la rhétorique de l’extermination n’est pas spécifique aux révolutionnaires français. Sans revenir aux guerres de religion du XVIe siècle, elle est présente dans la plupart des conflits du XVIIIe siècle quand ils impliquent des populations civiles (par exemple lors de la rébellion jacobite en Écosse en 1745). On la retrouve dans la guerre de la deuxième coalition des deux côtés…

    Avec Carrier, on est « dans le dur ». Ah ! les noyades… sujet inépuisable… Carrier n’est pas un sanguinaire, c’est un « pur », explique Jean Artarit, il ajoute qu’il est là « pour sortir l’homme révolutionnaire (?), et donc il faut tuer tous les autres. » Profonde réflexion… Un peu plus tard, on apprend que Carrier fait emprisonner les commerçants « dont il convoite la fortune », qu’il envoie des enfants à la guillotine, qu’il affame volontairement les prisonniers en ne leur donnant que du riz à manger, qu’il est l’inventeur des noyades « procédé d’extermination encore plus radical », qu’il « aurait fait tirer de prison les plus jolies filles leur promettant la vie sauve contre des faveurs avant de les faire noyer à l’aube » (mais ce sont peut-être des « rumeurs »). On apprend même le nombre des noyés (environ 6 000). Tous ces « faits » ne sont pourtant rien moins qu’établis. Sans entrer dans le détail de l’affaire Carrier et du rôle que son procès joue dans la définition de la « Terreur » après Thermidor (7), il faut rappeler que personne n’a pu prouver que Carrier s’était enrichi, qu’il aurait monnayé ses grâces auprès des jolies Nantaises, ni même qu’il aurait ordonné les noyades. Des noyades, il y en a bien eu, c’est à peu près certain, mais combien, avec combien de victimes à chaque fois, avec quels exécutants, nous ne le savons pas avec certitude (8).

    Les « colonnes infernales de Turreau » sont « incompréhensibles » puisque la « Vendée n’est plus une menace », c’est du moins ce qu’affirme Secher. Pourtant, la première guerre de Vendée se termine en 1795 (pour reprendre presque aussitôt) et la guerre extérieure ne prend fin complètement qu’en 1802. On peut penser que, pour les dirigeants parisiens, la menace est encore bien présente et que la nécessité d’éradiquer la révolte est toujours bien là.
    Mais ces destructions de Turreau… on est bien dans le « génocide », non ?
    Rien n’est moins sûr… La tactique appliquée par Turreau est courante dans la répression des insurrections locales dans les guerres de toute l’Europe. La destruction des maisons, des récoltes, du bétail, l’exécution des paysans pris les armes à la main, étaient, hélas, les méthodes utilisées par tous les pouvoirs, monarchistes ou non, qui faisaient face à des insurrections paysannes dans un « pays » difficile d’accès. Le caractère atroce des massacres perpétrés par les armées républicaines ou par l’Armée catholique et royale n’était en rien inédit. Les mêmes massacres se répètent en bien d’autres circonstances, par exemple l’insurrection sanfediste à Naples en 1798.

    Cela n’empêche pas le journaliste Christophe Bourseiller d’acquiescer quand le présentateur lui pose la question : « Robespierre a-t-il voulu mener une expérience en inventant… en éradiquant une population pour inventer l’homme nouveau ? » On attend toujours la référence du document où Robespierre aurait ne serait-ce qu’esquissé un programme d’éradication d’une population « pour créer un homme nouveau »… Mais Bourseiller n’est pas à cela près puisque quelques secondes plus tard, il affirme avec beaucoup d’aplomb que les colonnes infernales de Turreau « préfigurent les Einsatzgruppen » nazis (et oui, dans les deux cas, il y a eu des massacres dans les bois). Robespierre ce n’est plus seulement Lénine, Staline et Pol Pot, c’est directement Hitler et la SS… Il est vrai que le « communisme » et le « nazisme » c’est tout un… Certes, Bourseiller trouve que Secher exagère quand il parle de « fours crématoires »… Il est modéré, le journaliste Bourseiller… pas comme les révolutionnaires qui ont anticipé les Khmers rouges en changeant le nom de la Vendée en « Vengé » comme Pol Pot a appelé son pays le Kampuchea. La comparaison laisse pantois.

    Approximations, erreurs, manipulations, mise en scène, reprise du vieux discours vendéen et contre-révolutionnaire remis au goût « génocidaire » du jour, une pincée d’anti-totalitarisme : de vieilles recettes pour une vieille mixture. Dès lors, tous les sites royalistes du Web en conviennent : cette émission a été placée sous le signe de la rigueur historique et de l’objectivité. Il n’y a donc rien de racoleur ni de politique dans cette agitation médiatique autour de Robespierre et des guerres de Vendée que nous a offert le service public en collaboration avec Europe 1. C’est évidemment un pur hasard si le 8 mars, au lendemain de l’émission, les députés qui soutiennent le lobby vendéen (Dominique Souchet, Hervé de Charette, Lionnel Luca etc.) ont déposé une nouvelle proposition de loi visant à reconnaitre le « génocide vendéen ».

    NOTES :

    (1) A lire sur Gallica

    (2) Jean-Joël Brégeon, Écrire la Révolution française. Deux siècles d’historiographie, Paris, Ellipses, 2011. Voir la recension de Michel Biard

    (3) Albert Mathiez, « Babeuf et Robespierre », Annales révolutionnaire, mai 1917, repris dans Autour de Robespierre, Paris, Payot, 1926, p. 256-257.

    (4) http://www.vendeeinfos.com/Michel-Chamard-quitte-le-conseil-general-de-la-Vendee_a3862.html

    (5) http://guerredevendee.canalblog.com/archives/2012/03/04/23665108.html

    (6) http://vendeemilitaire.org/presentation-vendee-militaire.html

    (7) A ce sujet, on lira évidemment Comment sortir de la Terreur de Bronislaw Baszcko et les travaux de Corine Gomez-Lechevanton sur le procès Carrier.

    (8) On consultera avec profit le petit ouvrage de Corine Gomez-Le Chevanton, Carrier et la Révolution française en 30 questions, Geste éditions, 2004.

  • Pierre dit :

    Une autre réponse donc ….

    Robespierre. Pourquoi Michel Onfray se trompe

    Dans la dernière en date de ses habituelles chroniques sur son site internet, le philosophe Michel Onfray s’en prend, une fois de plus, à la figure de Maximilien de Robespierre. Avec, sous sa plume, une succession d’approximations historiques.

    Depuis de nombreuses années, Michel Onfray, philosophe hédoniste et libertaire, a pris pour habitude de publier au début de chaque mois une courte chronique sur son site internet. L’occasion pour lui de livrer régulièrement à ses lecteurs son regard sur l’époque, ses lectures, ses colères et ses admirations.

    Pour sa chronique du mois de janvier, le philosophe a choisi le registre de la condamnation pure et simple, pour attaquer l’héritage et la mémoire du révolutionnaire français, Maximilien de Robespierre. Alignant, hélas, les poncifs et les erreurs sur cette figure historique.

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    Je dois dire, brièvement, avant de commencer, ce que je dois à Michel Onfray. J’étais encore lycéen lorsque je découvris cet auteur, et je lus alors la quasi totalité de ses ouvrages avec plaisir et même gloutonnerie. A l’âge où l’on se cherche une boussole pour tâcher d’y voir clair dans l’immense continent intellectuel et littéraire, Onfray a considérablement contribué à élargir ma curiosité, et m’a permis de pousser la porte d’écrivains et de penseurs jusqu’alors ignorés. Et si je me suis, depuis, peu à peu éloigné de lui en alimentant ma propre bibliothèque, je n’en continue pas moins à tenir, entre autres, La Sculpture de soi et Politique du rebelle pour de très beaux livres.

    Sur Robespierre, ses erreurs sont pourtant grossières, au point d’en être étonnantes.

    La « dictature » de Robespierre

    Onfray reproche à Robespierre l’exercice de la Terreur, et semble lui en incomber l’entière responsabilité. L’image, il est vrai, colle à la peau de l’Incorruptible, et participe, depuis deux siècles, à sa légende noire. Mais elle résiste bien peu à l’épreuve des faits. Rappel.

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    Robespierre entre au Comité de Salut Public le 27 juillet 1793, sur nomination de la Convention nationale, assemblée élue en septembre 1792. L’imaginaire collectif, auquel Onfray ne déroge pas, assimile mécaniquement sa participation à une « dictature ». Rien de plus faux.

    Certes, Robespierre disposait à cette époque d’une forte renommée, tant dans le peuple que dans la Convention, qui lui conférait une certaine autorité de fait. Mais le Comité de Salut Public n’était pas, et n’a jamais été, la seule instance de l’exécutif en France. Un Comité de Sûreté Générale siégeait parallèlement pour les questions de justice et de police. Ces deux comités étaient révocables chaque mois par la Convention.

    Jamais le Comité de Salut Public ne s’est résumé à la personne de Maximilien de Robespierre. Il s’agissait d’une instance collégiale, de 10 à 12 membres, où chaque décision devait emporter la majorité des voix. Tout le monde connait Robespierre et Saint-Just, mais qui se souvient de Collot d’Herbois et de Billaud-Varenne, plus « extrémistes » qu’eux dans l’usage de la guillotine ?

    Une France menacée de toutes parts

    Quant à la Terreur, il est bon de se figurer la situation de la France à l’été 1793, lorsque Robespierre entre au Comité: le pays est alors en guerre contre l’Autriche, la Prusse, l’Angleterre, les Provinces-Unis (Pays-Bas), l’Espagne et le Portugal. Toutes les frontières sont menacées. Fin août, Toulon s’offre aux Anglais. A l’intérieur, l’insurrection vendéenne du printemps installe de facto le pays dans un état de guerre civile. Face à une situation aussi critique, ce n’était plus la Révolution qui était menacée, mais la France même, en tant qu’entité.

    Jacques Bainville, pourtant peu soupçonnable de robespierrisme et de sympathie pour les sans-culottes, le dira sans ambages dans son Histoire de France (1924): « Malgré ces atroces folies […], la Terreur a été nationale. Elle a tendu les ressorts de la France dans un des plus grands dangers qu’elle ait connus. Elle a contribué à la sauver […]. »

    Alors oui, c’est vrai, la Terreur a été extrêmement meurtrière, et a envoyé, pour citer Onfray, « quantité de gens sous le rasoir national ». Mais pourquoi faire retomber tout ce sang versé sur les frêles épaules de Robespierre ? Le Tribunal révolutionnaire a été instauré par Danton au printemps 1793. Il relevait de l’autorité du Comité de Sûreté Générale, où Robespierre ne siégeait pas.

    Il ne s’agit pas ici d’excuser ou de justifier, mais de comprendre. Robespierre n’était bien évidemment pas étranger à la répression massive qui s’est déchaînée en France à cette époque. Mais il est faux d’en faire l’unique responsable et de voir dans la Terreur une théorie de gouvernement. C’était une politique d’exception, une politique de guerre. C’est le sens du décret de la Convention du 10 octobre 1793, déclarant « le gouvernement provisoire de la France révolutionnaire jusqu’à la paix ».

    Des guerres girondines

    Michel Onfray blâme également Robespierre de mener la guerre, après avoir écrit qu’il ne la voulait pas. Mais de fait, Robespierre ne voulait pas la guerre ! Celle-ci a été déclarée le 20 avril 1792 par les Girondins, avec l’appui du roi et de la reine, qui voyaient d’un bon oeil l’ingérence des monarchies étrangères dans les affaires de la Révolution pour les conforter sur le trône.

    Robespierre n’a eu de cesse, durant l’hiver précédent, à la tribune du club des Jacobins, de dénoncer la politique belliciste du gouvernement, sous prétexte d’apporter la liberté aux pays voisins. « Personne n’aime les missionnaires armés », arguait-il. Un axiome que l’on pourrait encore méditer, aujourd’hui, dans les hautes sphères du commandement de l’Otan. D’ailleurs, à l’heure des victoires militaires de l’été 1794, Robespierre aura de violents désaccords avec Carnot, ce dernier voulant passer d’une guerre de défense à une guerre de conquête. Des conquêtes que refusera toujours Robespierre une fois les frontières du pays sécurisées.

    Mais lorsqu’il prend part au pouvoir à l’été 1793, la guerre est là, de fait. Il doit y faire face, à l’extérieur comme en Vendée. Prétendre le contraire relève de la simple mauvaise foi. Ou alors, la cohérence intellectuelle pousse à condamner Clemenceau pour les morts de 14-18…

    La lutte des « factions »

    Troisième grief d’Onfray, Robespierre aurait envoyé « ses amis » à l’abattoir, « du moins ceux qui croyaient qu’on pouvait être ami avec lui ». A qui pense-t-il ? A Danton ? A Camille Desmoulins, ancien camarade de collège du jeune Maximilien ? Là aussi, le propos mérite qu’on s’y attarde.

    Georges Jacques Danton (1759-1794) (Par Constance Marie Charpentier)

    Oui, Robespierre siégeait au Comité de Salut Public lorsque Danton et Desmoulins furent exécutés dans les premiers jours d’avril 1794. Mais l’enchaînement qui mena à leur condamnation s’avère nettement plus complexe qu’un énième caprice d’un fantasmatique tyran poudré.

    De l’automne 1793 à l’hiver 1794, la Convention est déchirée entre deux « factions ». D’un côté, Hébert, rédacteur du journal ultra-révolutionnaire Le Père Duchesne, et les hébertistes. De l’autre, Danton et Desmoulins, ce dernier usant de sa plume dans Le Vieux Cordelier. Les hébertistes représentent la partie la plus extrémiste de l’opinion, réclamant toujours plus de têtes, la guerre à outrance, en appelant continuellement à l’insurrection populaire contre les Comités. Les dantonistes, eux, défendent une politique plus modérée, une paix négociée avec les armées étrangères et la clémence pour les suspects intérieurs.

    Il y aurait beaucoup à dire sur ce revirement de Danton, l’homme, un an plus tôt, de « la patrie en danger » et de la levée en masse.

    Toujours est-il que les comités doivent composer avec les deux factions, qui s’affrontent violemment à la tribune, sur fond de corruption et d’affaires financières. Pencher pour l’une des deux, ce serait alors ébranler la Convention et mettre à mal, dans un moment décisif, l’unité nationale.

    Les lois de Ventôse, en février et mars 1794, proposées par Saint-Just à la Convention, ménagent un compromis: pour contenter les hébertistes, le décret demande le transfert des biens des « ennemis de la Révolution » aux indigents. La mise en liberté des « patriotes » incarcérés doit, elle, satisfaire les Indulgents dantonistes.

    Un exemplaire du Père Duchesne d’Hébert.

    Or, sitôt les lois votées, Hébert et ses comparses décident de soulever le peuple contre la Convention et les comités. Ces derniers ne peuvent se permettre de voir Paris à nouveau à feu et à sang. Les hébertistes sont arrêtés dans la nuit du 13 au 14 mars. Mais au Comité de Salut Public, Collot d’Herbois et Billaud-Varenne demandent la tête de Danton contre celle d’Hébert. Les historiens semblent s’accorder pour dire que Robespierre voulut sauver Danton et Desmoulins. Mais mis en minorité au Comité, il signa l’ordre d’arrestation. A-t-il trahi ses amis ? A-t-il privilégié la raison d’Etat ? La question est profonde et complexe. « On ne peut régner innocemment », disait Saint-Just à propos de Louis XVI. Gouverner non plus.

    Le rappel des représentants en mission

    Parmi le groupe d’hébertistes appelant à l’insurrection contre les comités en mars 1794 se trouvait un certain Carrier, Jean-Baptiste de son prénom. Ce même Carrier qu’Onfray estime soutenu par Robespierre. Chacun jugera du degré de proximité qu’il peut y avoir entre une homme au pouvoir et un autre appelant à le renverser…

    Surtout, le cas de Carrier, massacreur de Nantes, permet de se pencher, pour finir, sur les cas de ces envoyés en mission, chargés de la répression en province. Qui sait que ce sont eux qui sont directement à l’origine de la chute de Robespierre le 9 Thermidor ?

    Dès le printemps 1793, au moment de la mise en place du gouvernement révolutionnaire, la Convention envoie dans les grandes villes de France des représentants en mission pour mater les différentes révoltes locales: Carrier à Nantes, Turreau en Vendée, Fouché et Collot d’Herbois à Lyon, Barras et Fréron à Marseille et Toulon, Tallien à Bordeaux. Sur place, ces « pro-consuls » commirent des horreurs. Noyades, fusillades, canonnades…

    Jean-Baptiste Carrier (1756-1794), responsable de milliers de morts à Nantes.

    Or, qui rappelle ces représentants au début de l’été 1794 ? Robespierre. Pour les juger de leurs crimes. C’est sans doute pour ces « grands coupables » qu’il demande la loi dite de Prairial, qu’on lui a tant reprochée.

    La loi de Prairial simplifie au maximum le déroulement des procès du Tribunal révolutionnaire, en privant les accusés du droit de se défendre. Une fois cette loi votée, la guillotine s’emballe. C’est la « Grande Terreur ». Une Grande Terreur que l’on reproche encore à Robespierre.

    Mais là aussi, il faut nuancer. Non pas défendre la loi, mais examiner le contexte. Cette loi était soumise à l’utilisation qu’en faisaient le Tribunal révolutionnaire et le Comité de Sûreté générale, où les envoyés en mission comptaient de nombreux soutiens, échappant ainsi à Robespierre. L’historien Jean-Clément Martin, dans sa Nouvelle histoire de la Révolution française (2012), soutient la même thèse que Lamartine exposait déjà en 1847 dans son Histoire des Girondins: « Ils [le Comité de Sûreté Générale] le couvrirent pendant quarante jours du sang qu’ils versaient pour le [Robespierre] perdre. » Car pour l’opinion d’alors, l’équation est simple: la Terreur, c’est le Comité, et le Comité, c’est Robespierre. Le revers de la notoriété.

    Le 9 Thermidor

    Louis Antoine de Saint-Just (1767-1794)

    Le sort de Robespierre est alors presque scellé. Stefan Zweig a raconté comment, en coulisses, à la Convention, Fouché manoeuvre avec Tallien et les autres représentants rappelés à Paris, contre Robespierre par peur d’être traduits devant le Tribunal révolutionnaire. Des manigances d’autant plus aisées qu’épuisé, malade, de plus en plus contesté par Carnot, Billot-Varenne et Collot-d’Herbois au Comité de Salut Public, Robespierre est absent des débats entre le 29 juin et le 22 juillet. Le 27 juillet, 9 Thermidor an II, ses ennemis sabotent le discours de Saint-Just à la tribune puis refusent à Robespierre le droit de prendre la parole. Les deux hommes sont arrêtés avec leurs soutiens.

    La suite de la journée reste, pour une grande part, un mystère. Libérés par les gardes chargés de les emmener en prison, Robespierre et ses comparses, réunis à la Commune (l’Hôtel de Ville de Paris) eurent la possibilité de marcher sur la Convention pour un éventuel coup d’état. La supériorité par les armes leur fut acquise une bonne partie de la nuit. Ils ne s’en servirent pas. Pourquoi ? Par légalisme ? C’est la thèse défendue par Michelet, pourtant furieusement anti-robesperriste, et qui lui fait dire: « Il mourut en grand citoyen. » Attitude bien peu révélatrice d’une tendance à la tyrannie.

    Arrêtés une nouvelle fois dans la nuit, Robespierre, Saint-Just et leurs proches furent guillotinés le lendemain.

    La légende et l’Histoire

    Il est étonnant qu’un intellectuel comme Michel Onfray ne tienne pas compte de ces faits, qui relèvent de l’Histoire. Lui qui, à propos de Freud, de Sartre et à d’autres occasions, n’a cessé, à raison, de se réclamer des textes, des sources et des travaux sérieux effectués sur ces questions, semble réserver à Robespierre ce qu’il dénonce ailleurs. La question n’est pas ici d’encenser ou de condamner Robespierre. Elle est d’observer et de reconnaître la trajectoire d’un homme aux prises avec le tragique de l’Histoire.

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    Il est, bien sûr, plus facile de considérer que l’ensemble des travaux sur la Révolution française émanent de « prétendus historiens vraiment appointés par la Sorbonne », à genoux devant l’Incorruptible. Mais lisons ce qu’écrivaient François Furet et Denis Richet, peu suspects de connivence avec la tradition marxiste, dans leur Révolution française de 1965:

    « Il est rare qu’un homme ait été tant déformé par la haine que Maximilien Robespierre. Cette haine a transformé en démagogue cet homme de cabinet, en sanguinaire ce modéré, en dictateur ce rusé parlementaire. […] Les membres du Grand Comité ne furent pas ces buveurs de sang que nous content les légendes royalistes. »

    Et pour conclure, je propose cet extrait de Michel Onfray lui-même, tiré d’un texte du premier tome de son journal Le Désir d’être un volcan, paru en 1996, où le philosophe exprimait son admiration du général De Gaulle:

    « Souscrivant à la vulgate, j’ai cru plusieurs années que De Gaulle était un homme de droite, parce que ceux de gauche le disaient, certes, mais aussi parce que ceux de droite, parfois, s’en réclamaient. C’est en lisant Les Chênes qu’on abat que j’ai compris que les choses n’étaient pas aussi simples. »

    On ne saurait mieux dire.

    Antoine LOUVARD

  • jean marie dit :

    Je reprends votre texte :

    « Or, qui rappelle ces représentants au début de l’été 1794 ? Robespierre. Pour les juger de leurs crimes. C’est sans doute pour ces « grands coupables » qu’il demande la loi dite de Prairial, qu’on lui a tant reprochée.

    La loi de Prairial simplifie au maximum le déroulement des procès du Tribunal révolutionnaire, en privant les accusés du droit de se défendre. Une fois cette loi votée, la guillotine s’emballe. C’est la « Grande Terreur ». Une Grande Terreur que l’on reproche encore à Robespierre.

    Mais là aussi, il faut nuancer. Non pas défendre la loi, mais examiner le contexte. Cette loi était soumise à l’utilisation qu’en faisaient le Tribunal révolutionnaire et le Comité de Sûreté générale, où les envoyés en mission comptaient de nombreux soutiens, échappant ainsi à Robespierre. L’historien Jean-Clément Martin, dans sa Nouvelle histoire de la Révolution française (2012), soutient la même thèse que Lamartine exposait déjà en 1847 dans son Histoire des Girondins: « Ils [le Comité de Sûreté Générale] le couvrirent pendant quarante jours du sang qu’ils versaient pour le [Robespierre] perdre. » Car pour l’opinion d’alors, l’équation est simple: la Terreur, c’est le Comité, et le Comité, c’est Robespierre. Le revers de la notoriété. »

    Comment cette loi hallucinante a-t-elle pu exister ? Merci pour votre réponse

    Ravi d’aller plus loin dans le débat, le texte initial (Robespierre un caillou dans la chaussure) n’était qu’une apologie un peu caricaturale
    . Et dire que certains célèbrent cette figure historique, c’est assez effrayant…

    • Pierre dit :

      Il faut tout lire et non s’arrêter sur ce qui semble vous convenir …
      De plus, se recentrer sur ce qu’était « l’air du temps » de cette époque, où se situaient les priorités, les dangers, les risques.
      Vous dites qu’il ne faut pas célébrer Robespierre …. et vous avez le droit de le dire.
      Je me réfère à ses écrits, à ses actes réels et non à ceux qu’on a bien voulu lui faire endosser. Je constate aussi qu’un homme comme Lamartine, anti Robespierre au possible semble bel et bien modérer son avis dans son histoire des Girondins.
      Pour ma part, je criais avec les loups il y a encore 10 ans, considérant Robespierre comme un tyran assoiffé de sang. Aujourd’hui, après avoir bien étudié le personnage, je reconnais m’être fait avoir par la légende noire, par la propagande des vainqueurs de l’époque qui sont les mêmes que ceux qui nous dirigent aujourd’hui.
      Robespierre avait du sang sur les mains, du sang du peuple? De quel peuple parlez vous ? Et de tous temps, tous ceux qui se sont battus ont eu du sang sur les mains, la lutte à ce niveau ne permet pas la propreté et les révolutions à la coole sont des attrape nigauds.Les Vendéens par exemple considèrent la République comme une assassine de la pire espèce et donc un homme comme Robespierre comme le pire de tous. Mais que dire alors des assassinats vendéens tout au début sur les Républicains ? Pourquoi personne ne daigne en parler ? Et qui étaient derrière les paysans vendéens à les manipuler pour en fait garder leurs privilèges. Comme d’habitude, nous y trouvons la noblesse de là bas, le clergé etc…bref tout ceux qui détestaient la révolution.
      Je célèbre désormais Robespierre, la légende noire n’a eu de prise sur moi que le temps que j’en vérifie la tromperie et la manipulation…

  • Philippe Landeux dit :

    Tout est faux ou fallacieux dans le texte d’Onfray. Il faudrait reprendre chaque phrase, chaque mot, et il serait facile d’en montrer la perversité, mais ce serait au final un gros travail. Il est plus facile de balancer des poncifs que de rétablir la vérité.

    Jean-Marie.

    Sur la loi du 22 prairial, je ne suis pas d’accord du tout avec les historiens qui, à mon sens, ne l’ont pas comprise et cherchent à l’excuser. Les choses sont pourtant simples.

    D’abord, contrairement à ce qu’on raconte, c’est loi n’étend pas le champ des crimes passibles du tribunal révolutionnaire, elle réduit l’arbitraire qui préexistait de par la loi du 17 septembre 1793. Etant plus précise, elle était plus longue.

    Ceci amène à l’argument maintes fois utilisé, à savoir qu’elle ne visait que quelques députés. Il suffit de la lire pour voir qu’elle avait une portée générale et qu’elle ne pouvait être destinée qu’à quelques représentants qui pouvaient être atteints sans et qui le ne furent pas avec. Robespierre n’était pas homme à dissimuler sa pensée ; il disait les choses franchement, depuis la tribune. S’il avait voulu envoyer ses ennemis à l’échafaud, il les aurait dénoncés.

    On a souvent dit aussi que cette loi était sorti de la tête de Robespierre, après qu’il eut été visé par des tentatives d’assassinat (lesquelles furent d’ailleurs vraisemblablement des coups montés par le Comité de sûreté générale). Mais la loi du 22 prairial est un copié collé des instructions données par le CSP tant aux Commissions populaires (13 mai) qu’à la Commission d’Organe (18 mai) et approuvées par tous. Il est possible que Couthon n’ait pas consulté ses collègues avant de la présenter, mais ils n’avaient aucune raison de la contester sur le fond.

    Enfin, sur la simplification des procédures, il faut savoir que d’après les lois de ventôse, six Commissions populaires devaient être établies pour « juger » (c’est le mot) les suspects. Le deux premières, les deux seules qui fonctionnèrent, furent établies en mai. Robespierre s’occupa personnellement de leur organisation, les dotant des moyens d’investiguer. Ses membres avaient le même traitement que les juges du TR. Les premiers jugements rendus datent du 19 prairial (7 juin). Trois jours plus tard était adoptée la loi du 22 prairial ? Un hasard ? Pas du tout ! Cette loi simplifiait les procédures. Pourquoi ? Mais parce que les prévenus étaient sensés avoir été pré-jugés par les Commissions. Le problème, c’est qu’elles travaillèrent pour rien. Ses jugements ne furent visés par les Comités que les 2 et 3 thermidor, ce qui donna lieu à la fournée du 9 thermidor. Entre-temps, les détenus furent envoyés directement au TR, par dizaines (ce qui n’était pas prévu par la loi) et beaucoup dans le cadre des conspirations (vraies ou montages ?) des prisons.

    Je soutiens néanmoins que bien que le nombre des exécutions augmente vertigineusement durant cette période comparée aux précédentes, il reste toutefois modeste. Je rappelle par ailleurs une chose que les historiens contre-révolutionaires se gardent de rappeler, à savoir que la loi du 22 prairial confirmait la disposition de la loi du 27 germinal, qui supprimait tous les tribunaux d’exception de province et ne conservait que le Tribunal révolutionnaire de Paris (il y eu quelques exceptions). Ce qui veut dire que les chiffres doivent être rapportés à la France, pas seulement à Paris. 60 % des personnes exécutées à Paris n’étaient pas de Paris et sa région.

    En clair, la loi du 22 prairial visait à maitriser la Terreur, à la réduire et à rendre possible son arrêt (ce qui fut fait après e 9 thermidor). On nous dit qu’elle étendait la Terreur. Si cela avait été l’intention des révolutionnaires, auraient-ils supprimés les Tribunaux de province ou les auraient-ils au contraire multiplié ? La réponse est évidente. Et personne ne le voit ??? La mauvaise foi de certain me parait tout aussi évidente. De là leurs explications à coucher dehors !

  • Jean marie dit :

    Merci pour vos contributions! Certains imbeciles pensent que je fais du sabotage sur ce site mais s’ils connaissaient la verite ils penseraient autrement. J’ai au contraire ferme ma gueule pour ne pas nuire au site ! Je veux des débats de fond pas des concerts de louange! Je sais bien que l’histoire est complexe. Robespierre n’est pas le diable même si je trouve qu’on lui trouve beaucoup de circonstances attenuantes alors qu’il n’a pas eu beaucoup d’égards pour ceux qui ne pensaient pas comme lui… C’est le moins qu’on puisse dire! Merci pour vos contributions. Je pense toutefois que la fin ne justifie pas les moyens, ne l’oublions jamais!

    • Philippe Landeux dit :

      Jean Marie.

      Le problème, c’est que vous dites des choses très vagues. Précisez donc vos accusations.

      Vous dites : « il n’a pas eu beaucoup d’égards pour ceux qui ne pensaient pas comme lui ». C’est absolument faux. Deux exemples.

      D’abord, celui des Girondins auxquels il s’est opposé lors des débats sur la guerre et qui l’accusaient d’être un agent autrichien. Les Girondins lui vouaient une haine tenace. Pourtant, à la Convention, Robespierre n’a eu de cesse de les appeler à la réconciliation. Rien n’y a fait. La guerre à mort était ouverte et ce sont les Girondins qui sont morts au final. Une lecture superficielle de cet épisode pourrait faire croire qu’il s’agissait d’une querelle de personnes. En réalité, il s’agissait d’un désaccord de fond. Les Girondins voulaient la République pour les riches et un régime ultra-libéral comme on dirait aujourd’hui, les Jacobins voulaient une République pour le peuple et un régime libéral avec un Etat providence. Par ailleurs, les Girondins avaient provoqué la guerre étrangère et allumé la guerre civile. Voir en eux de pauvres victimes, c’est vraiment renverser les rôles, exactement comme on le fait quand on condamne quelqu’un pour s’être défendu.

      Le deuxième exemple, celui des Dantonistes. Là encore, la divergence était fondamentale. La plupart d’entre eux étaient pourris jusqu’à l’os et travaillaient en secret contre la République, la Convention et le Comité. Chabot, Basire et Fabre furent les premiers à se faire attraper dans le cadre de ce que l’on appelle l’affaire de la Compagnie des Indes ou, plus largement, la conspiration de Batz. C’est d’ailleurs pour les sauver que Danton lança son offensive en faveur de l’indulgence, et avec pour arrière pensée de faire arrêter et exécuter les membres des Comités et signer une paix de compromis. Robespierre a mis en garde Danton et Desmoulins pendant des mois ; ils les a implorés de cesser leurs attaques sournoises. Mais rien n’y a fait. Tous les membres des deux Comités voulaient leurs peaux et Robespierre a fini par se rallier à cette opinion.

      Il me semble que les choses dites n’autorisent plus vos sentences lapidaires. Je vous ferai remarquer que c’est avec de pareilles sentences que l’on nous désarme aujourd’hui.

  • jean marie dit :

    Je propose qu’on érige une statue de Robespierre dans toutes les mairies à la place de Marianne, ça serait beaucoup mieux ! Je propose également que le Vatican le canonise d’urgence ! Je vais prier Maximilien dès ce soir ! Je propose que l’on débaptise le site Diktacratie (dont j’ai inventé le nom) pour le site :
    « les amoureux de Robespierre »!

    Je vous salue cher compatriote

    • Pierre dit :

      Jean Marie, pourquoi tant de sarcasmes et de mépris à peine voilés pour cacher votre manque d’argument sur ce que vous avanciez ?
      Que vous n’appréciez pas Robespierre pour des raisons politiques est une chose, mais aujourd’hui, nous avons suffisamment de recul et de possibilités techniques, nous avons assez d’accès à ce que nous ignorions alors pour pouvoir affirmer que cet homme a bel et bien été victime d’une légende noire et n’est pas l’ignoble personnage que certains tentent de décrire encore aujourd’hui.
      Le reste n’est que point de vue car au regard des actes et des écrits, Robespierre est à des années-lumière du tyran que vous voulez imposer ici.
      Par principe, je me méfie de ceux qui tiennent le pouvoir mais même ça, on ne peut s’en servir pour dénigrer Robespierre car sa position d’alors récuse l’accusation d’exécuteur des hautes œuvres auquel vous voulez l’affilier. Vous semblez vouloir faire de Robespierre comme un Staline des temps de révolution, en lui collant sur le dos une veste de dictateur que lui-même dénonçait dans son dernier discours (ou l’un de ses derniers). Mais il faut bien se rendre à l’évidence que Robespierre et ses compagnons étaient vraiment des gens qui gênaient l’instauration de cette néo bourgeoisie qui avait eu tant de mal (en trompant le peuple), à s’emparer du pouvoir.
      Depuis que Robespierre et d’autres avaient mis le doigt sur cette imposture de la première révolution Française (1789, Guillemin en parle mieux que moi), les imposteurs en questions faisaient des pieds et des mains pour discréditer la parole de Robespierre et consorts. Leur cheval de bataille était l’instauration d’une dictature que désirerait en secret Robespierre et qu’il s’apprêtait à mettre en place.
      Vous en voulez une preuve, allez donc lire cette séance de l’assemblée datant du 25 septembre 1792 et vous y verrez comment Robespierre, Marat et d’autres ont RIDICULISÉ leurs accusateurs !

      http://icp.ge.ch/po/cliotexte/sites/Arisitum/textes/revol/rob1.html

      Ils l’ont fait en argumentant, en détaillant, en expliquant et ce fut limpide comme de l’eau de roche.
      Et en face, ils avaient les « on dit », « je crois que », « on m’a dit que » etc etc … le même genre « d’argument » qu’on peut lire chez les détracteurs de Robespierre.
      Hélas, 1000 fois hélas, les intrigants avaient l’argent et l’humain est plus souvent moralement un être faible qu’un Robespierre ou un Marat. Et en 1794, ils finirent par le trahir et cette fois, ne lui laissèrent pas la possibilité de se défendre, ni St Just à qui on retira le droit de parole à l’assemblée.
      Alors, non seulement Philippe Landeux a parfaitement raison de vouloir qu’une statue de Robespierre soit érigée dans toutes les villes de France (Les rues, boulevards, places Thiers, Mc Mahon etc ne vous dérangent pas), mais j’ajoute pour ma part que ceux qui ont emmené Robespierre à l’échafaud ne sont même pas des révolutionnaires mais bel et bien des assassins et traitres à la Nation!

    • Planter une graine c’est bien. Lui donner un nom, ça va de soit. Mais cela ne suffit pas pour en être le légitime père. Encore faut-il se sacrifier au quotidien pour qu’elle s’épanouisse. Fais donc un tour dans un foyer de la DASS si tu ne comprends pas ce que je veux dire.

  • Philippe Landeux dit :

    Jean Marie. On a compris votre position, mais on attend toujours vos arguments…

    Du reste, oui, Robespierre mériterait une statue dans toutes les villes de France.

  • jean marie dit :

    Philippe, ai-je besoin de vous donner des arguments ? Robespierre ne m’inspire aucune confiance, voilà tout. Partout où il a rodé, les morts se sont ramassés à la pelle. Donc je ne souhaite pas payer des impôts pour une statue de ce Monsieur. Vous avez de bons arguments, êtes peut être quelqu’un de sérieux, ça n’a rien à voir avec vous.

    Je vais vous faire une confidence, j’ai du mal à faire confiance. L’année dernière j’ai été trahi par un ami de 30 ans. Il a agi cyniquement derrière mon dos et cela impunément. Il a ensuite tenté de justifier sa bassesse avec beaucoup d’arguments spécieux. Bien entendu, il n’a de cesse de se prévaloir de grandes qualités morales comme la droiture, la rectitude, la vraie démocratie… C’est la base du cynisme. Il vous dit de vous méfier et cite souvent Hobbes : l’homme est un loup pour l’homme. J’ai appris grâce à lui qu’il fallait se méfier de ceux qui vous disent de vous méfier!!! Il a dû se sentir mal à l’aise car il n’a toujours pas osé m’appeler. Par la suite, j’ai constaté qu’il avait pris un peu la grosse tête et voulait m’imposer sa volonté mais bon ça c’est anecdotique comparé à la trahison. Voilà parfois ce qui arrive quand vous êtes gentil et sincère en amitié. J’ai du mal à faire confiance Philippe, surtout envers ceux qui affichent leurs vertus à tout bout de champs. Robespierre parlait beaucoup trop de « vertus » à mon goût…

    • Pierre dit :

      Je ne réponds pas à la place de Philippe, il est assez grand pour le faire.
      L’ennui, c’est que là, en l’occurrence, vous mélangez vos ennuis personnels avec l’Histoire pour vous permettre de juger un homme uniquement sur vos ressentis et non sur les faits…Et pour ce faire, vous reprenez exactement les mêmes « non arguments » de ceux qui ont bâti cette sale légende sur Robespierre.
      Robespierre est mort sans laisser un sou , il vivait dans la plus extrême simplicité et c’est sans doute en France un des rares hommes (Marat était ainsi également, mais lui était des plus extrêmes et trouvait d’ailleurs Robespierre trop mou)qui mérite autre chose que le mépris d’un peuple qu’il a toujours défendu.
      Vos ennuis personnels ne doivent pas vous empêcher d’être juste ni de voir clair.
      Bon courage en tout cas et dites vous bien que des enfoirés, il y en aura toujours et la vérité, y compris la vôtre ne sera jamais qu’un point de vue et rien que ça. Je pense que la personne dont vous parlez vous concernant aurait certainement son explication dont certains pourraient trouver la pertinence.
      Tout n’est pas tout blanc ou tout noir mais en ce qui concerne Robespierre et bien que nul homme ne soit parfait, je crois sincèrement que nous tenions là un vrai représentant du peuple, et il en est mort.
      Regardez depuis 220 ans, nous avons aux commandes les exécuteurs de Robespierre et eux, c’est par millions (je dis bien par millions) en 220 ans qu’ils ont assassiné, appauvri, esclavagé les peuples. Il n’y a pas photo entre ces gens et Maximilien Robespierre !

  • Philippe Landeux dit :

    Jean Marie, je partage et je ne vais redire ce qu’a dit Pierre.

    Vous avez le droit et vous avez même raison d’être méfiant. Mais, en l’occurrence, vous devriez vous méfier du discours dominant, négatif, concernant Robespierre. Ce discours dominant n’invite pas à savoir, mais à admettre les vérités qu’il matraque et que la simple étude des faits suffit à démonter. On multiplie les preuves sous vos yeux ; vous continuez à déblatérer. Pour ma part, je veux bien discuter sérieusement, mais pas parler dans le vide. Sur un sujet historique, soit on fait de l’histoire, soit on raconte sa vie, et c’est littéralement ce que vous faites. Désolé de votre mésaventure, mais cela n’a rien à voir avec le sujet.

  • jean marie dit :

    Yohan je te remercie de ne pas t’en mêler stp
    Merci (c’est déjà assez désagréable comme ça)

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