Réforme Peillon : l’heure de l’évaluation

Réforme Peillon : l’heure de l’évaluation

le 06 septembre, 2014 dans Provoquer le débat par

Vincent Peillon réformait, il y a un an, les rythmes scolaires dans de nombreuses villes françaises. Nous tentions alors un premier état des lieux. Le cancre parti, c’est l’ânesse Belkacem qui poursuit les rénovations. Mais, il suffit de regarder du coté de Marseille pour constater, déjà, l’étendue des dégâts. On peut même parler d’hérésie… Quoiqu’il en soit nous avions vu juste et pouvons, une fois n’est pas coutume, nous flatter d’avoir dévoiler assez rapidement les symptômes d’une mascarade quelque peu diktacratique :

Dans une France en « dépression » où « les gens ont du mal à se projeter dans l’avenir », quoi de plus prometteur que d’investir dans l’éducation de nos enfants ? C’est en tout cas l’apparente prétention de notre ministre de l’Éducation nationale, qui déclarait en septembre « tout mettre en oeuvre pour que les français regardent de nouveau vers demain ». Et pour cela, conformément au pouvoir que lui confère notre diktacratie, Vincent Peillon agît, même il réforme !

Il ne fait aucun doute que l’Éducation nationale nourrit de grands besoins. Est-elle seulement à la hauteur de « l’égalité des chances » que nos politiciens déclament offrir à tous nos chérubins ? Rien n’est moins sûr… alors que 15 à 35% d’entre eux – suivant les zones éducatives et l’origine sociale – entrent au collège avec de sévères difficultés, ne maîtrisant pas les fondamentaux indispensables à la bonne poursuite de leur scolarité. Depuis dix ans, on souligne même un accroissement particulièrement inquiétant entre les élèves performants et ceux qui rament. D’ailleurs 150 000 finiront chaque année par quitter l’institution sans diplôme, ni formation…

Il est évident que l’École ne peut pas à elle seule palier les larges inégalités sociales et l’hétérogénéités sociologiques qui fragmentent notre population. Néanmoins une analyse réaliste et un projet conséquent pourraient lui permettre de mieux assumer ses ambitions égalitaires. « Déjà, nous confiait un maître d’école, si chaque ministre de l’Éducation nationale ne se sentait pas obligé d’imposer sa réformette, nous pourrions travailler dans la stabilité nécessaire à notre mission ! »

Mais voilà, évidemment, de la Commission chargée d’élaborer la réforme Peillon à sa mise en place effective, l’expertise des professionnels de l’enseignement a tout bonnement été méprisée… Leurs plus élémentaires revendications n’ont donc jamais étaient étudiées : il n’y aura pas de nouveaux postes créés pour soulager des classes souvent chargées ; ni plus de temps alloué à la préparation des enseignements ; ni de revalorisation du point d’indice des fonctionnaires bloqué depuis quatre ans ; et toujours pas de rallonge pécuniaire pour inciter les meilleurs professeurs à travailler dans les zones d’éducation prioritaires… Quant au programme scolaire, en dehors de la territorialisation de certains apprentissages, notamment de l’Histoire, tout est fait pour ne pas l’évoquer…

Une réforme contre l’école

Ainsi donc, depuis deux mois, un écolier sur cinq, de maternelle à l’élémentaire, vit au rythme de nouvelles injonctions, qui devront s’appliquer à toute les écoles de France à la rentrée 2014. Le dessein revendiqué de cette réforme des rythmes scolaires – et son corollaire le projet éducatif territorial – est de mieux répartir les temps d’apprentissage, pour alléger les journées, en ajoutant une matinée de classe le mercredi matin. Le tout, en « luttant » contre les « inégalités éducatives », en offrant au plus grand nombre « une ouverture sur le monde et à la culture » !
Pour cela, une ribambelle d’animateurs de type centre de loisirs et d’associations subventionnées sont chargés, deux fois par semaine pendant une heure et demie, de faire découvrir leur domaine de compétence à des groupes de dix-huit enfants. Mais rappelons que ces animateurs ne sont formés – quand ils le sont – qu’à encadrer des groupes de douze enfants… Pire, en maternelles, les agents territoriaux (Atsem) délégués à l’entretien des locaux et à l’hygiène des écoliers, sont sommées, lors de ces temps, d’animer elles aussi des ateliers !

Ainsi, immanquablement, la mise en place de cette réforme s’est faite dans le chaos ! Le manque de préparation et de moyens ont laissé place à une improvisation désaccordée. Personne ne s’y est retrouvé. Des enfants ne sachant plus à quelle autorité se fier, aux enseignants désabusés mis à la porte de leur classe pour les laisser à des animateurs souvent débordés… Reste les parents, qui courent de-ci de-là après des enfants aux horaires devenus variables.

Même si au bout de quelque temps tout le monde finira par s’habituer, il n’en demeure pas moins – à l’opposé des promesses revendiquées – que nos enfants vivent à présent un rythme scolaire dérégulé… Dorénavant plus aucun jour d’école n’est identique au précédent, dégradant les repères les plus élémentaires à la saine construction de l’enfant.
D’ailleurs, cette variabilité des horaires et des intervenants n’est pas sans rappeler celle qui a cours dans un monde du travail toujours à la recherche de plus de flexibilité… Enrôler dès la maternelle nos « futurs citoyens » dans une mécanique de type « libéral », est-ce cela qui donne de si grands espoirs en l’avenir de la France à notre ministre de l’Éducation nationale ?

Ainsi la violence analogue de cette attaque contre l’école pousse en ce jour nos enseignants à manifester massivement pour demander le retrait pur et simple de la réforme. Mais seront-ils capables d’affronter un gouvernement qui a déjà démontré toute sa rigidité face à des revendications de masse ? Quand plus d’un million de français avaient défié un « mariage pour tous » durant des mois, réclamant au moins un référendum, François Hollande avait alors invoqué le caractère « démocratique » de son projet de loi en s’appuyant sur sa majorité parlementaire, et la légitimité de son élection…

De là à ce que vous soyez traités de pourfendeur de la « démocratie », si ce n’est pire… Faites attention ! Il n’y a qu’un pas. Celui qu’il faut franchir !

Partager

2 Commentaries

  • pierre dit :

    C’est bien pire que ce que mentionne cet article.
    La gouvernement devrait se limiter à l’instruction et non pas prétendre à éduquer nos enfants. Le gouvernement souhaite se substituer à la famille. Le rôle fondateur et stabilisant de la famille est détricoté par la société d’aujourd’hui et les parents ne font des enfants et ne s’en occupe comme on s’occupe d’un hobby.

    Mais il y a des choses que l’on peut faire. Nous avons enlevé notre enfant de l’école. Ma femme les enseigne à la maison, à leur rythme et avec des méthodes qui ont fait leurs preuves comme la méthode Montessori. Faire des enfants et les éduquer est une énorme responsabilité qu’on ne peut déléguer à l’éducation nationale,à des nounous inconnus ou à la télévision.

    Si on veut un monde différent demain, enseignez vos enfants à la maison aujourd’hui! Sortez les du système!

  • Kelly dit :

    Ta remarque est très juste Pierre, encore faut-il pouvoir se permettre d’avoir un parent à la maison, sachant qu’aujourd’hui un seul salaire ne suffit plus. Je pense que malgré tout ses torts, l’école conserve un élément fondamental et fondateur, l’apprentissage de la vie en communauté. Il faudrait sans doute une refonte du système scolaire tout entier (à l’image des Montessori ou des écoles Waldorf peut-être) mais le cadre du collectif et du vivre ensemble doit être selon moi, préservé.

Réagissez à cet article :