Réflexion post-démocratique

Réflexion post-démocratique

le 25 septembre, 2013 dans Démocratie par

Après avoir observé les dernières lueurs de notre « démocratie représentative », certains de nos intellectuels français  préconisent un protectionnisme, qui à défaut d’être national, pourrait être européen. Le plus emblématique de tous reste encore Emmanuel Todd qui, dans son livre Après la démocratie, nous expose avec brio la généalogie de cette crise démocratique.

En archéologue politique, il démontre avant tout que notre socle anthropologique, défini par nos structures familiales, détermine des principes égalitaires plus ou moins favorables à l’émergence du vote « citoyen » et majoritaire. Par exemple : un principe d’altérité au cœur des familles anglaises, fondé sur « une différenciation des enfants étendue en différenciation des hommes », a favorisé le pluralisme et la liberté si caractéristique de l’individualisme social et politique de l’Angleterre moderne.

Les règles traditionnelles d’héritage et de partage dans les familles françaises ont, quant à elles, revendiqué dans leur essence un principe d’égalité très tôt propice à la pratique du suffrage universel. Plus à l’Est les cultures autoritaires de l’Allemagne, la Russie ou la Chine ont avantagé, chacune à leur manière, des aventures politiques libérales et égalitaires plus radicales, qui ont relativisé l’universalisation de la « démocratie représentative »…

Cette matrice donc, conjuguée à une alphabétisation de masse, est la condition requise pour générer un régime construit sur la souveraineté du peuple. Mais débarrassée de ses idéologies traditionnelles et de ses arcanes religieuses, la démocratie involue de nos jours vers une forme politique « où le système représentatif ne parvient plus à représenter ».

Ecloses par la généralisation des savoirs, narcissisées par leurs diplômes supérieurs, nos élites se sont isolées à leur manière, préférant se sauver que sauver le peuple. Misant sur la communication plus que sur l’action, cette caste s’est transformée en parti d’élu, autiste aux préoccupations sociales du monde réel qu’elle est censée diriger : point d’orgue surréaliste où nos instances dirigeantes ignorent tout des besoins concrets du corps électoral, qui lui sait – forcément ! – mais ne peut agir car dépourvu de pouvoir réel. Le pire est que cette dérive – pour ne pas dire dévianceoligarchique est tolérée par les citoyens, qui pensent que s’y soumettre procède d’un privilège démocratique. Autrement dit c’est dans ce statut oligarchique que la république trouve sa raison démocratique !

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8 Commentaries

  • Soumaworo Samaké dit :

    Bel article, bravo!!
    Je pense que la république naît de la faiblesse du peuple = le manque d’amour de soi = le manque de patriotisme … même l’alphabétisation n’y peu rien

  • Deshumanisation dit :

    Le fait est qu’un homme qui veut en gouverner/dominer d’autres, n’est, selon moi, pas un homme « normal ». Ce n’est pas sain de vouloir le pouvoir et de vouloir commander les autres. C’est la preuve qu’un tel homme se croit suffisamment supérieur aux autres pour se permettre de choisir à leur place.

    C’est de ça que sont arrivées les pires moments de l’histoire humaine.
    Aucun homme ne devrait en commander un autre. Et aucun homme ne devrait accepter d’être soumis.

    Sommes nous soumis ? Je le pense.

    Il faut se réveiller…

  • Ghislaine dit :

    Encore des réflexions très juste dans cet article, bravo Cédric !

    <>
    Notre aliénation est résumée dans cette phrase

  • Kuhl dit :

    Merci, cela donne envie de le lire, on retrouve le bonhomme !

  • _signatus dit :

    Moi, je parle de dictature quinquennale, comme quoi. Ce qui est dommage, c’est que tu n’expliques (même si je me doute un peu des « préoccupations » en question) dans cette partie les « préoccupations sociales du monde réel qu’elle est censée diriger : point d’orgue surréaliste où nos instances dirigeantes ignorent tout des besoins concrets du corps électoral, qui lui sait – forcément ! » . Bouffe ? toit ? Europe ? De plus, comment ou par quel mécanisme cette populace pourrait les proposer ces « propositions » ? Voila qui serait intéressant. C’est ça qui est intéressant de connaitre…

  • Prof Crasseux dit :

    avec Todd pour le hollandisme révolutionnaire !

    • Prof, si tu lis le livre « Après la démocratie », tu te rendras compte qu’il y avait un Todd a des années lumières de celui, d’aujourd’hui, revendiquant ce « hollandisme révolutionnaire ». Vraiment. Je ne comprends d’ailleurs toujours pas, de sa part, pourquoi ce revirement d’analyse !!!
      C’est peut-être ça qui définit la retraite de nos intellectuels ?

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