Qui sont les ennemis du peuple ?

Qui sont les ennemis du peuple ?

le 30 juillet, 2015 dans Lecture de vacances par

Le peuple aime la liberté, le peuple aime la démocratie. Par conséquent, le peuple s’attaquera à tous les ennemis de la liberté et de la démocratie.

Mais qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple sont à l’intérieur comme à l’extérieur. Ils tremblent actuellement, mais il faut que vous les démasquiez. Il faut que vous les combattiez jusque dans leurs trous. Les ennemis du peuple à l’intérieur, ce sont tous ceux qui se sont enrichis de manière illicite, profitant de leur situation sociale, profitant de leur situation bureaucratique. Ainsi donc, par des manoeuvres, par la magouille, par des faux documents, ils se retrouvent actionnaires dans les sociétés, ils se retrouvent en train de financer n’importe quelle entreprise.

Qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple, c’est encore cette fraction de la bourgeoisie qui s’enrichit malhonnêtement par la fraude, par la corruption, par le pourrissement des agents de l’Etat, pour arriver à introduire dans notre pays toutes sortes de produits dont les prix sont multipliés par dix.

Qui sont les ennemis du peuple ? Les ennemis du peuple, ce sont encore les hommes politiques qui ne parcourent la campagne que lorsqu’il y a des élections. Ce sont encore ces hommes politiques qui sont convaincus qu’eux seuls, peuvent faire marcher notre pays. Or nous sommes convaincus que la population dans sa totalité représente l’ensemble des pouvoirs politiques capables de conduire ce pays.

Les ennemis du peuple sont également hors de nos frontières. C’est le néo-colonialisme, c’est l‘impérialisme.

Dans leur essence , la société néocoloniale et la société coloniale diffèrent en rien. Ainsi à l’administration coloniale on a vu se subtituer une administration néo-coloniale identique sous tous les rapports à la première. A l’armée coloniale se substitue une armée néocoloniale avec les mêmes attributs, avec les mêmes fonctions et le même rôle de gardien des intérêts de l’impérialisme et de ceux de ses alliés nationaux. A l’école coloniale se substitue une école néo-coloniale qui poursuit les mêmes buts d’aliénation des enfants de notre pays et de reproduction d’une société essentiellement au service des intérêts impérialistes, accessoirement au service des valets et alliés locaux de l’impérialisme.

Des gens de chez nous entreprirent, avec l’appui et la bénédiction de l’impérialisme, d’organiser le pillage systématique de notre pays. Des miettes de ce pillage qui leur retombent, ils se transforment petit à petit en une bourgeoisie véritablement parasitaire, ne sachant plus retenir leurs appétits voraces. Mus par leurs seuls intérêts égoistes, ils ne reculeront désormais plus devant les moyens les plus malhonnêtes, développant à grande échelle la corruption, le détournement des deniers et de la chose publics, les trafics d’influence et la spéculation immobilière, pratiquant le favoritisme et le népotisme.

Ainsi s’expliquent toutes les richesses matérielles et financières qu’ils ont pu accumuler sur le dos du peuple travailleur. Et non contents de vivre sur les rentes fabuleuses qu’ils tirent de l’exploitation éhontée de leurs biens mal acquis, ils jouent des pieds et des mains pour s’accaparer des responsabilités politiques qui leur permettront d’utiliser l’appareil étatique au profit de leur exploitation et de leur gabegie.

Tout cela se déroule sous les yeux du peuple laborieux, courageux et honnête, mais qui croupit dans la misère la plus crasse.

La majorité des salariés, malgré le fait qu’ils sont assurés d’un revenu régulier subissent contraintes et pièges de la société de consommation du capitalisme. Tout leur salaire se voit consommé avant même qu’il n’ait été touché. Et le cercle vicieux se poursuit sans fin, sans aucune pespective de rupture…

L’impérialisme est partout. Et à travers sa culture qu’il répand, à travers ses fausses informations, il nous amène à penser comme lui, il nous amène à nous soumettre à lui, à le suivre dans toutes ses manoeuvres. De grâce, il faut que nous barrions la route à cet impérialisme. »

Thomas Sankara (Extraits des discours du 26 mars et du 2 octobre 1983)

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4 Commentaries

  • leonidas dit :

    je n’ai pas le talent de tourner un aussi bon texte mais en tant que français moyen je me reconnais trés bien dans ces proses si bien construites et tellement vraies.

  • Matakiterani dit :

    Merci pour toutes vos publications sur Thomas Sankara, il manque cruellement à notre monde actuel, il en faudrait des dizaines comme lui pour remplacer tous nos présidents véreux…

  • enebre dit :

    Un très beau texte et admirablement bien écrit, ceci dit… C’est quand qu’on bouge pour aller étripailler toute cette vermine d’ennemis du peuple?

  • Kari K dit :

    Discours de 1983 qui, hélas, est plus que jamais d’actualité…!

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