Généalogie d’une crise (partie 3: Probabilités ou statistiques?)

Généalogie d’une crise (partie 3: Probabilités ou statistiques?)

le 06 avril, 2013 dans Dictature de l'économie par

Le pire n’est pas que ces ploutocrates soient tous des voleurs. Ce sont surtout des criminels, car nous pouvons parler ici d’un véritable crime contre l’humanité. Certains savaient ! Ils ont même agi dans ce but précis : ruiner le monde, quitte à le crever, pour plus s’enrichir.

Ils ont investi sur la misère humaine pour engendrer la misère mondiale.

Tout a été donc planifié. Savez-vous par exemple que de grands mathématiciens ont calculé à quel pourcentage précis un emprunt risque de ne plus être remboursé : en distinguant le client qui pourra tout restituer de celui qui ne pourra plus, en fonction de ses aléas sociaux, familiaux ou professionnels : divorce, chômage…

Une équation qui transformait la probabilité en statistique.

Méthode amorcée dès 1994 par le mentor de Blythe Masters : Charles Sandford, directeur dans les années 90 de la Bankers Trust, avant qu’elle soit développée, dès l’année suivante au sein même de la J.P.Morgan, par un jeune matheux grec Dimitri Kalafatis puis dans les années 2000 par un chinois, David Xiang Li, déniché par notre banquière anglaise. Ce dernier modélisera si bien la misère humaine que l’agence de notation Moody’s (agence qui valide par une note la fiabilité des emprunteurs qui composent les CDS et CDO ; note qui établit donc la valeur d’une dette en fonction de son potentiel de remboursement) utilisera à son tour, à partir de 2004, cette formule pour valider de son triple A, B ou C les plus grosses institutions économiques et financières de la planète.

Tout cela est incroyable quand on sait qu’en 1998 la Bankers Trust s’effondra à cause des premiers crédits dérivés instaurés par Sandford, et que cette même année – donc dix ans avant notre crise – une femme témoin de la chute de cette banque et présidente de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission, une agence fédérale indépendante américaine chargée de la régulation des bourses de commerce), Brooksley Born, tenta de sauver l’économie de son pays en proposant aux sénateurs un appareil législatif de régulation-répression pour stopper la contagion des CDS.

Nous rassurons tout le monde : Alan Greenspan (pour rappel : ex gouverneur de la Fed) émit son véto, Born fut destituée l’année suivante pendant que la couverture du Time (15 février 1999) fêta le boss de la Fed comme sauveur du monde. En décembre 2000 une loi fut même votée pour que les crédits dérivés ne soient pas réglementés. Blythe Masters eut alors le champ libre pour relancer ses crédits empoisonnés…

Aujourd’hui c’est 55.000 milliards de dollars en crédits dérivés vendus et non payés dans un monde contaminé. Innocents, nous sommes pourtant asservis par une dette, qui n’est pas la notre, définissant de plus en plus notre rapport à la vie…

Comme si nous devions rembourser le fait d’exister.

Quant à la J.P.Morgan, elle se porte très bien et, comme Jovanovic l’écrit dans son livre Blythe Masters : « elle s’est même renforcée grâce à la crise (se débarrassant avant les autres de ses crédits toxiques), plus grande et plus puissante que jamais, ce qui a permis à Jamie Damon, le PDG, de devenir le conseiller du président américain pour les affaires bancaires ». Blythe Masters, qui pourrait le remplacer sur le trône de la banque, s’applique actuellement « à mettre la main sur toutes les matières premières indispensables à l’humanité » : pétrole, cuivre, sucre, café, charbon… pour pouvoir les revendre demain à vil prix et parfaire sa suprématie.

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1 Commentaire

  • Maitre dit :

    Bonsoir. Félicitations pour vos trois articles sur Le Blythe Masters. C’est une excellente synthèse. En ce qui me concerne, comme à la fin de la lecture du bouquin, j’ai du mal à conceptualiser les 55000 Mds€. Je crois comprendre que certaines banques et institutions financières ont acheté des CDO, que des assureurs type AIG les ont assurés (CDS), que les CDO n’ont plus été remboursés par les détenteurs de prêts (l’américain qui s’est retrouvé au chômage ou qui après l’envolée des taux n’a plus pu rembourser), et que les assureurs n’ont pas pu couvrir cette défaillance. Les états ont apporté des garanties ou nationalisé. Ces 55000 Mds€ sont ils la somme des dettes des états ? Que représentent ils physiquement/concrètement aujourd’hui ?
    Bien cordialement
    Jérome Maitre

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