Prévention ou contravention routière ?

Prévention ou contravention routière ?

le 19 décembre, 2014 dans Provoquer le débat par

La sécurité routière. Parlons-en. La nouvelle mode chez nos indignes représentants du peuple servile consiste à changer régulièrement la législation et les panneaux, pour sans cesse ralentir les automobilistes, à coup de dos d’ânes, de radars ou de limitations de vitesses abracadabrantesques. La logique derrière ce discours sécuritaire et infantilisant est implacable. Il y a trop de morts sur les routes. Derrière ce raisonnement résonnant de manière fort raisonnable se cache une autre vérité. Un mort, ce sera toujours un mort de trop. Et c’est pourquoi ce raisonnement n’en est pas un.

La mort est un drame individuel, et, je vais me répéter encore une fois pour bien saisir dans toute son essence la nullité de ce raisonnement : un mort, c’est toujours un mort de trop.
Que ne ferait-on pas pour sauver une vie ? Qu’est-ce qui a plus de valeur qu’une vie ? Souvenez-vous du fameux slogan : la vie ou la vitesse ?

Le problème, c’est que personne n’ayant légiféré sur le seuil de morts à dépasser ou à ne pas dépasser, ce raisonnement psychologisant tirant sur la corde sensible de manière frénétique est imparable. Conduire, c’est dangereux. E = mc². Je ne vais pas vous faire un dessin, mais, sauf à rendre la masse des véhicules et de leurs occupants nulle, le seul moyen de faire tendre le nombre d’accidents de voiture vers zéro, c’est d’immobiliser les véhicules.

Mais nos castrateurs parlementeurs sont malins. Ils ont conscience de leurs sophismes. Aussi se camouflent-ils derrière une sémantique soigneusement choisie, de lutte contre l’alcool, contre la pollution, pour la « prévention », ou contre la « délinquance routière », alimentant par là-même notre inextinguible soif sécuritaire.
Derrière les radars se cachent de mystérieux « comités » dans lesquels de soi-disant usagers de la route siègent, afin de déterminer les endroits « stratégiques » où positionner les radars.
Très étrangement, alors qu’il apparaît clairement à tout un chacun que rouler à 130 en ville peut être excessivement dangereux, on trouvera rarement des radars en centre ville. Par contre on en trouvera pléthore sur les périphs, où des trois voies se retrouvent limitées à 90 km/h. Certains mauvais esprits feraient état de la faible rentabilité d’appareils installés à des endroits où la vitesse au volant, pour dangereuse qu’elle soit, n’est pas assez courante pour être profitable à l’État. Laissons là ces tristes sires, l’État dans son implacable bienveillance ne songe bien entendu qu’à protéger ses con-tribuables.

Vivant dans un village assiégé de colonies de dos d’âne poussant comme des champignons, mon postérieur et mes lombaires sont parfaitement au fait de ce problème, et soigneusement sensibilisés à chaque trajet automobile à la sécurité routière.
Credo quia absurdum. Comme j’en ai marre d’être toujours du mauvais côté de la barrière, que je n’ai pas l’âme d’une victime, je déclare donc officiellement soutenir désormais toutes les mesures visant à réduire la limitation de vitesse de manière drastique. Oui à plus de dos d’ânes. Plus de radars. Bridons les moteurs. Ou mieux, interdisons les voitures, ce moyen terriblement ringard de se déplacer, à l’heure du transport en commun où le bétail prolétaire peut s’entasser dans les joies de la promiscuité, ou du vélo, symbole écolo-gisant de notre incapacité à gérer le trafic automobile. Tout ça à cause de tous ces pauvres qui ont une voiture…

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3 Commentaries

  • Arilyn Rhapsody dit :

    Pourtant, tout le monde sait que la voiture est un moyen de transport irrationnel…

    Prenez une machine d’une tonne. Équipez-là d’un moteur à explosion dépassé. Nourrissez-là d’énergie fossile au taux de retour énergétique très faible. Faites-lui rouler plusieurs dizaines de kilomètres par jour. Attribuez-lui la tâche impérieuse d’acheminer 70kg de viande, afin qu’un pauvre pèlerin rejoigne son lieu de travail qu’il déteste, dans lequel il exerce bien souvent une activité inutile voire néfaste pour la collectivité. Et vous obtenez, finalement, la pire création humaine.

    Du caoutchouc pneumatique extrait par ces Libériens esclaves de Firestone, au garagiste contraint de te trouver une panne imaginaire afin de faire tourner sa PME… Imaginez la force de travail que requiert l’automobile. Mais, réjouissons-nous, de grands concessionnaires fructifient leurs petits profits. Finalement, ça en valait peut-être la peine…

    On est d’accord, cela vaudrait effectivement le coup d’entrevoir un autre modèle. Malheureusement, modifier les chaînes de production des automobiles risquerait d’entacher le sacrosaint profit, du moins à court terme. Mais cela, le dieu-capital ne peut se le permettre.

    Souvenez-vous de cette dérive d’accumulation capitaliste annoncée par Marx ? Eh bien messieurs-dames, aujourd’hui, j’ai l’honneur de vous déclarer que nous y sommes jusqu’au cou.

    Pourtant, la durée moyenne nécessaire pour se rendre sur son lieu de travail s’élève à une heure. Cette estimation n’a pas changé depuis l’antiquité.

    Loin de moi l’idée de propager des thèses anti-techniques ou passéistes. Le statut hégémonique de l’automobile est l’oeuvre de notre société marchande, dans le but d’alimenter ses besoins économiques dévorants. Ce délire productiviste n’est pas la création d’un esprit rationnel, susceptible d’améliorer la condition humaine, il représente plutôt un lourd fardeau que l’on traîne à travers chemins et plaines.

    En effet, le prolétaire commence par acheter une voiture pour aller travailler. Puis, il travaille dans l’espoir de rembourser son essence et ses frais se réparation. D’un autre côté, ne pas être motorisé, c’est créer une frontière entre soi et sa vie sociale et professionnelle. Lourd dilemme.

    Nous l’avons vu, conduire une cage en métal est un luxe, une extravagance. Un caprice dont le tribu coûte la vie et endeuille la famille. Oui, la voiture fait trop de mort. En tout cas, beaucoup plus que la marche à pied, le vélo ou le cheval.

    Je n’ai jamais compris pourquoi les gens se plaignaient de la répression routière alors que la voiture, en tant qu’objet absurde et incontournable, est elle-même un objet répressif.

    Dans les années 1980, on comptait 13 000 morts sur la route. Aujourd’hui, on doit en être à 4000. Grâce, notamment, à cette fameuse « répression » routière.

    Certes, notre gouvernement, garant de la sécurité routière, ne porte pas un choix judicieux quand au placement de ses radars. Nous pouvons, à juste titre, questionner sa légitimité. Nous pouvons également remettre en cause notre société basé sur le profit (certainement, la cause des causes). En fait, nous pouvons tenir tout un tas de discours. Mais la petite plaidoirie qui tend à justifier la transgression par le comportement discutable de nos poseurs de radars, émane fatalement d’un logiciel d’adolescent.

    Un homme responsable auprès de ses proches et de sa famille n’est pas un homme qui met stupidement sa vie en danger ou celle d’autrui pour grappiller quelques secondes supplémentaires. Un Homme digne de ce nom mesure ses actes face au danger. Il s’agit donc d’un homme qui respecte le code de la route. Code qui n’est rien d’autre qu’une convention sociale dont la fonction est le partage de la route.

    Heureux l’innocent, car ce comportement responsable nous dispense des flashs et de leurs coûteuses amandes.

    Il y aurait tant de luttes à mener, tant de règles à enfreindre… S’agiter contre la sécurité routière n’est pas un combat d’arrière garde, ni même une lutte de seconde zone, c’est simplement la révolte du mouton apolitique soumis à ses pulsions de vitesse.

    • Philippe Devos dit :

      Vous semblez faire totalement abstraction dans votre réflexion du caractère pharmacologique de toute technologie.
      Je ne considère pas pour ma part qu’un moyen de locomotion mécanique soit dans son essence un moyen d’asservissement.
      La voiture n’est pas une fin en soi, et l’automobile, après un bon siècle d’évolution, semble déjà devoir se transformer de manière radicale à court ou moyen terme.
      L’histoire des techniques accompagne l’évolution de l’humanité, et si en la matière il peut être question de réorientation, on ne fait jamais machine arrière.
      De plus si je souscris à vos propos sur le rôle dévolu à l’automobile dans la société marchande, je ne souscris pas à certaines généralités que vous faites ici.
      Si la mortalité sur les routes a diminué, ce n’est pas parce qu’on a baissé de dix ou vingt kilomètres/heure la vitesse sur le périph, mais grâce à l’évolution des automobiles elles-mêmes (airbags, distances de freinage, tenue de route), à la ceinture de sécurité, et à la lutte contre l’alcoolémie au volant.
      Aujourd’hui encore, ce n’est pas la vitesse le principal problème, mais la conduite en état d’ivresse ou après avoir consommé des substances illicites, ainsi qu’un nouveau problème : le portable au volant.
      Bref je ne vais pas m’étendre d’avantage là-dessus, ce billet d’humeur n’était, vous l’aurez compris, qu’un pamphlet sans prétention en réaction à une politique répressive et d’infantilisation qui, même si dans l’absolu elle peut porter à la marge ses fruits (je conçois qu’en roulant en 30 km/h on soit moins dangereux qu’à 80), n’est pour moi qu’un aveu d’échec, et est surtout symptomatique d’une gouvernance qui ne voit plus dans se sujets que des contribuables dociles et autres réservoirs à taxes.
      Car quand bien même la voiture disparaîtrait, ce qui la remplacerait ne serait pas la marche à pieds ou le vélo, ou du moins pas indéfiniment. D’autres problèmes se poseront à nous, qui ne pourront pas forcément être résolus de manière aussi simple. Il est certain qu’en stigmatisant tout automobiliste comme un assassin en puissance, un excité de la pédale d’accélération, on en fait d’autant plus facilement un mouton prêt à être tondu : de quoi se plaindrait-il, c’est déjà bien beau si on ne lui prélève qu’un peu d’argent, il mériterait bien la taule après tout.
      Et pour ce qui est du cheval, moyen de locomotion que je connais relativement bien, sachez qu’il est bien plus dangereux que la voiture et qu’il est loin d’être donné à tout le monde d’être cavalier. La charrette ou le vélo font moins de mort pour la raison que j’évoquais dans mon article : une masse et une vitesse moindre. Quel besoin de devoir aller vite me direz-vous ? On revient là au début de ma réponse à votre commentaire et à l’inéluctabilité du développement technologique qui semble consubstantiel à l’histoire, et au devenir de l’humanité (je n’affirme pas ce faisant qu’il soit forcément souhaitable).

  • mister W dit :

    Ha la voiture !! Une chaine plus longue mais une chaine quand même.

    On est d’accord sur le fond. la sécurité n’est que la façade du l’escroquerie du PV. Tu veux faire monter l’adrénaline ? ton président est heureux de te faire payer une liberté supplémentaire non inscrite dans les droits de l’homme et du citoyen.

    Le nombre d’accident n’a pas baissé, c’est juste qu’ils sont moins mortels. Bizarrement, on ne présente pas le nombre d’handicapé suite à un accident dans les statistiques…

    La voiture c’est l’objet par excellence de la société de consommation, elle coute tout le temps, quel roule ou pas. Il faut l’entretenir, tu t’endette sur 30 pour te l’offrir et 6 mois après sa sortie elle est dépassé.

    Les bouchons c’est la promiscuité de la classe moyenne. Où elle s’entasse inlassablement tous les matins et tous les soir. ainsi que le samedi au super U pour aller prier la sainte croissance.

    Plutôt que de râler sur les limitations de vitesse, cherche une alternative pour réduire son utilisation serai bien plus libérateur.

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