Généalogie d’une crise (partie 2: Prêter plus pour gagner plus.)

Généalogie d’une crise (partie 2: Prêter plus pour gagner plus.)

le 05 avril, 2013 dans Dictature de l'économie par

C’est au milieu des années 90, que Blythe Masters standardisa le théorème du « prêter plus pour gagner plus ». Elle combina d’abord les CDS et les CDO (ou Collateralised debt obligation soit en français littéral « obligations adossées à des actifs ») : désormais il suffisait de rassembler différents prêts, qu’ils soient gros crédits de multinationales ou simples crédits immobiliers, voitures ou « à la consommation », dans un même chapeau. Tout simplement pour mutualiser le risque de non remboursement de certains avec d’autres qui continueraient assurément à payer, sans même savoir qu’ils étaient imbriqués avec des payeurs moins fiables. Vous connaissiez les poupées russes, voilà maintenant les poupées américaines ! Les risques d’impayé des clients sont ainsi dilués dans un pot commun pour mieux être assurer à un tiers.

Le vendeur de crédit n’a plus à puiser dans ses fonds – qu’il n’a pas d’ailleurs – pour pallier aux défauts de paiement. Son remboursement est assuré ! L’assureur est quant à lui sûr de toucher sa commission issue du taux d’intérêt des prêts interconnectés. Tout le monde sort gagnant de l’affaire !
Tout le monde ? En tout cas c’est ce qu’ont cru les autres banquiers et institutions financières, qui copieront la recette à l’échelle industrielle.

Qui résisterait à l’arnaque du siècle ?

Mais plus cupides que matheux, ils achèteront surtout, par millions, des CDO constitués en trop grande majorité de prêts immobiliers (les fameux subprimes) de pauvres clients, parfois même sans justificatif de revenus, donc ne pouvant s’acheter de maison. Enfin du moment que le crédit était signé, l’assurance du remboursement était garantie. Et puis de par sa nature dérivée, d’autres allaient payer pour eux !

Ces autres, pourtant, devinrent vite insignifiants tellement les crédits étaient distribués à tout va, sans précaution. Et quand la majorité faillit, ça pèse lourd, trop lourd. Et ça dégringole…

Dès 1999 AIG (pour rappel : American International Group, leader mondial de l’assurance et des services financiers) émit des assurances sur des paquets de CDO pour la J.P. Morgan. (D’autres garants comme Lehman Brothers, Bear Sterns, l’Union des Banques Suisses ou la Société générale ont aussi abusé de ces crédits dérivés. Mais le cas d’AIG reste le plus intéressant, car ce dernier alla jusqu’à assurer la moitié du système financier occidental !)

Un an avant, Blythe Masters convainquit Joseph Cassano – dit « le cupide »-, alors directeur d’AIG, de se porter caution pour quelques crédits. L’affaire débuta en fanfare et… finira dix ans plus tard avec la nationalisation soudaine du grand assureur américain par l’administration Bush. AIG avait sombré dans une faillite de 182 milliards de dollars. Rien de tel qu’un bon CDO pour noyer le poisson et pour que l’assureur n’y voit que du feu ! Du Canada à l’Angleterre, en passant par l’Allemagne, la Hollande ou la France (avec la BNP, Calyon, Dexia et la Société Générale), l’établissement de Cassano avait donc assuré pour plusieurs milliards des CDO de banque du monde entier. De par ces imbrications internationales, on comprend mieux la gravité de ce cataclysme financier.

Que certains continuent d’appeler « crise », sans doute pour relativiser le crime…

Revenons un instant sur cette nationalisation d’AIG : le gouvernement américain a assumé les milliards de perte d’une entreprise privée. Donc réellement qui paie ? Les contribuables. Et pas seulement les américains. Le transfert de risque s’est fait au final sur nous. Inutile d’être doué aux dominos pour comprendre le cheminement de la kyrielle… Quand je vous disais que c’était le casse du siècle.

C’est plus qu’un scandale, c’est du vol de haut calibre : de fait, le risque n’a pas été transféré sur une banque ou une grosse institution financière mais en toute légalité, sur le dos de l’ensemble des populations, qui sera dépouillé de toutes ses économies. Economies qui reposaient bien au chaud dans les coffres vides des banques !!!

Ou comment dominer le monde en privant de liberté les hommes unis dans la misère et condamnés à payer ce pourquoi ils n’ont pas les moyens. Une forme de démocratie… à crédit ! La dictature d’une poignée de financiers, construite sur la sécurisation de la dette. Qu’elle soit simple crédit ou dette nationale, elle est de toute façon dans un même bateau, celui qui coule…

                                                                       A suivre… Demain partie III : Probabilités et statistiques

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