Pouvoir égalitaire
le 15 mai, 2013 dans Démocratie par Cedric - YohanAujourd’hui, la hiérarchisation verticale des rôles et des statuts est telle que nous renonçons sciemment à tout notre bon sens sitôt que le chef en décide autrement. Aussi, Il nous semble plus aisé de nous soumettre à cette autorité totalitaire, que d’y opposer velléités et arguments, – privilèges des décideurs et non des exécutants…
Et même si lors de réunions d’équipe l’on vous donne la parole, c’est trop souvent l’illusion démocratique qui s’y rejoue. Car en définitive, après quelques bavardages et une fausse délibération, la décision finale sera toujours celle de la plus haute autorité hiérarchique.
Alors comment donner à tous ceux qui en ont la compétence, une chance de partager le pouvoir ?
Une hiérarchisation horizontale, résultant par exemple du tirage au sort, serait la clé de cette égalité. Car le hasard subordonnant les potentiels bas instincts despotiques de chacun est de par son essence incorruptible. Il permet de créer un cercle vertueux absolument nécessaire à l’épanouissement des hommes entre gouvernés et gouvernants.
Posons un cas pratique. Une école élémentaire, 10 classes, 10 instituteurs, un directeur. Pour rappel, un directeur est un ancien « instit » qui a bénéficié d’une formation administrative complémentaire relative à la cohésion des membres de la communauté éducative.
Supposons un instant que tous les enseignants profitent de cette même formation lors de leur apprentissage. Ce ne sont donc plus 10 enseignants sous l’autorité d’un homme, mais 11 instituteurs tous susceptibles de pouvoir revêtir la casquette de directeur.
Qui coordonne alors l’action éducative ?
Dans l’optique d’une hiérarchisation horizontale le corps enseignant n’est dirigé par personne ou bien dirigés et dirigeants tour à tour. Les enseignants volontaires pourraient, dans un ordre de passage tiré au sort, être désignés alternativement au poste de directeur. Cette mécanique aurait pour effet de dissuader tout pouvoir déraisonnable. Car comme le dit si justement Bernard Manin : « dans la mesure où ceux qui commandent un jour ont obéi auparavant, ils ont la possibilité de prendre en compte, dans leurs décisions, le point de vue de ceux à qui ces décisions s’imposent »…
Mais alors comment se résoudrait un conflit d’intérêt, sans autorité supérieure ?
Les avis sont particulièrement partagés, chacun campant sur ses positions. Après de stériles réunions, les partis semblent irréconciliables…
Ici, dans nos structures hiérarchiques actuelles c’est le directeur qui tranchera, avec plus ou moins de justesse, plus ou moins d’impartialité, privilégiant son intérêt personnel ou bien l’intérêt général suivant le profit qu’il peut en tirer. La décision prise ne sera donc pas le fruit d’une concertation collective mais d’un abus de pouvoir, l’autorité réelle ne s’incarnant que dans ses excès. Nul besoin de préciser que la sentence sera potentiellement vecteur de frustrations, de rancoeurs ou sinon d’injustices…
Maintenant, dans notre établissement hybride, où tous les enseignants auront bénéficié de la formation complémentaire au rôle de directeur, et où chacun, alternativement, après tirage au sort, exercera ce pouvoir, ce même conflit devrait se régler tout autrement.
Car comme nous l’explicite Bernard Manin :
« Les gouvernants ont une incitation à tenir compte du point de vue des gouvernés : celui qui commande un jour est dissuadé de tyranniser ses subordonnés, parce qu’il sait qu’il devra, un autre jour, leur obéir. »
D’ailleurs, la rotation des charges favorise l’esprit d’équipe. De par une contribution individuelle plus égalitaire, et donc un investissement plus sincère, le dialogue servira une meilleure cohésion du groupe. Autrement dit les délibérations seraient à la mesure de l’intérêt commun et non plus à la solde d’un chef – qui lui ne répond qu’à son intérêt personnel légitimé jusqu’à présent par nos structures hiérarchiques. En effet celles-ci ont toujours défini et délimité le pouvoir. Elles entravent ainsi toute autorité, pourtant plus légitime, dégagée du consensus majoritaire.
Désormais la faculté d’entraîner ses pairs reposerait plus sur la capacité à les convaincre par la discussion du bien-fondé de nos propositions, que sur l’obligation de se soumettre à une directive parce qu’elle provient de l’autorité instituée.
Par ce respect des structures hiérarchiques c’est l’essence même de la démocratie qui est abolit.
Maintenant, notre force collective ne devrait plus s’annuler au profit de pouvoirs hiérarchisés, qui jusqu’alors ont justifié toutes nos oligarchies.
Le pouvoir d’un seul doit disparaitre au profit du pouvoir de tous.
Récapitulons : une hiérarchie horizontale, garantie par une rotation des charges tirée au sort, assurerait une répartition plus égalitaire du pouvoir, en éviterait ses abus et sa monopolisation par une élite.
Ainsi une participation paritaire permettrait à chacun de s’exprimer motivé par l’intérêt commun…le seul à même de résoudre équitablement nos conflits.


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