Pourquoi nous ne sommes pas libres

Pourquoi nous ne sommes pas libres

le 04 juin, 2015 dans Asservissement moderne, Démocratie par

Le pire ennemi de la démocratie aujourd’hui ? Notre propension à servir.
Le souci d’indépendance et d’autonomie ne semble, en effet, plus tourmenter la majorité de nos concitoyens, plus fiers de choisir les mandataires qui décideront à leur place du comment vivre ensemble, que de s’investir eux-mêmes directement. Les électeurs s’imaginent ainsi que servir c’est gouverner. Se contentant de sélectionner une poignée de représentants, ils se figurent que l’essence de leur « démocratie » se niche dans l’acte électoral. Dans leurs âmes charitables, déléguer un pouvoir reviendrait à le partager.
L’endoctrinement de nos consciences n’a certes pas encore atteint le niveau de conditionnement hypnopédique du Meilleur des mondes, mais on peut néanmoins constater que ce que nous exprimons procède d’une propagande désormais infaillible. Un formatage en masse et en règle produisant des esprits se croyant libres dans un monde qui ne l’est pas…

Bienvenue en diktacratie !

Ici, on peut toujours montrer son désaccord, créer sa dissidence ou imposer son parti, tant que ça n’ébranle pas le système en place. De la sorte, il s’agit de liberté formelle, car un gouvernement diktacratique ne peut tolérer ce qui le mettrait véritablement en péril. Il n’y a de liberté réelle que dans la mesure où nous pouvons abolir le régime à qui l’on reproche son injustice, sa corruption, sa ruse,…sa dictature ! Ainsi nos diktacraties mettent tout en œuvre pour que nous n’ayons aucunes préoccupations révolutionnaires. Elles engraissent alors les rouages de nos servitudes jusqu’à ce que nous en jouissions conformément.
Aussi, nous érigeons des substituts promettant toujours plus de promotions et de conforts dans un monde où le désir de consommer à supplanter celui de s’émanciper. A l’image de notre Occident repu, où malgré diverses crises, la misère et l’exploitation des salariés se sont quelque peu émoussées. Ne pouvons-nous pas en grande majorité accéder aujourd’hui à cette généreuse société de consommation ?
Loisirs et médias de masse ont uniformisé nos instincts au point que nous nous sentons libres parce que nous aspirons tous à un bonheur pour lequel nous avons été conditionnés. Un hédonisme libertaro-liberal satisfaisant d’autant plus nos libidos consuméristes qu’il endort notre raison citoyenne.

Une liberté asservissante

En diktacratie, le vocabulaire participe activement à la propagande : certains mots peuvent opportunément signifier leur contraire. Ainsi nos servitudes deviennent libertés. Liberté formelle, désincarnée édulcorant nos livres d’histoire ; liberté opiacées, à paillette, que l’on enchante inlassablement en vitrine, enivrant de la sorte un public toujours plus disposé à servir.
On a décliné le mot « liberté » jusqu’à le travestir au point de le dénaturer littéralement. Que l’on soit libertin, libertaire ou libéral – que les mœurs, le pouvoir ou le marché s’émancipent -, il n’en demeure pas moins que ces affranchissements s’effectuent toujours, et de prime abord, à titre individuel.
En définitive le gène de la servitude couve dans cette liberté défroquée où domine la jouissance de chacun, au point que, plus nous luttons pour cette liberté, moins nous nous libérons.

De par notre nature nous nous efforçons à rendre notre existence agréable. C’est pourquoi nous écartons ce qui est nuisible au profit de ce qui est bénéfique. Mais en grande majorité nous ne consultons l’expérience, ni n’exerçons notre raison pour nous épanouir. Obnubilés par nos passions, nos affaires, nos névroses, nos orgueils ou nos paresses nous trouvons toujours plus commode de nous laisser entraîner par l’autorité, les médias et les idées reçues. C’est le prix de notre confort fictif, revers de notre ignorance, et donc de notre servitude.
Nous accordons ainsi une confiance, au mieux indignée, au pire aveugle, à ceux qui s’arrogent le droit de penser et d’agir à notre place.
Loin des colères révolutionnaires, ne reste alors pour la majorité d’entre nous qu’une obsession : posséder plus pour être plus. L’esclave consent de cette façon au piège assurant l’être et la durée de son esclavage. Qui pour ne pas vouloir aujourd’hui consommer ce qui pourrait contribuer à sa réussite ?
Mais ce confort est illusoire, car son désir est insatiable. C’est d’ailleurs dans ce manque endémique que se cache le génome de notre servitude. Pendant qu’on s’obstine inexorablement à combler cette avidité, on en oublie l’essentiel. En effet, à quoi bon désormais s’enquérir de liberté puisqu’elle ne nous manque plus, puisque nous croyons déjà la posséder, et puisque tant d’autres choses superflues semblent désormais absolument nécessaires… La liberté, pour quoi faire ?
On comprend mieux désormais comment la lutte des classes s’est déclinée en compétition consumériste uniformisant notre bonheur. Un bonheur semblant donc promis à celui qui possédera le plus. Mais un bonheur d’esclave puisque la liberté ne se possède ni se consomme.
Elle se partage et se cultive.

Pas de liberté sans égalité

A voir comment nous nous laissons diriger sans broncher par des rhéteurs cupides et corrompus, ou comment notre pouvoir d’achat détermine nos désirs, on peut douter de l’imminence d’une révolution démocratique. Et pourtant la masse n’est pas condamnée à se soumettre indéfiniment. Il y a, en effet, un moyen de rallumer la flamme qui animerait le peuple vers un monde moins injuste et apathique : un pouvoir plus égalitaire incitant les hommes à moins de corruption par l’abolition relative des privilèges – ceux dont abusent nos oligarques et que miroitent nos parvenus, formatés par la propagande ambiante.
Les fondements de ce pouvoir partagé se logent donc dans l’équité. La liberté – celle qui conjugue autonomie, indépendance et souveraineté – ne peut s’élaborer ainsi qu’à partir de l’égalité sociale.
Une égalité qui fait actuellement cruellement défaut quand on se heurte à cette misère sous cartons dans nos mégalopoles, quand on croise ces ministres avec chauffeur, fiers comme des monarques, ou quand on entend ces artistes bourgeois prêcher la tolérance…

Nous revendiquons une égalité qui serait en définitive la seule condition de possibilité de notre liberté. Une égalité à la fois rouage et garantie d’une union horizontale et d’un pouvoir populaire seuls capables de répondre dûment aux intérêts communs d’une société. La démocratie directe demeure ainsi le seul régime certifiant la liberté des hommes en collectivité. Autrement dit : la liberté pour chacun de pouvoir agir concrètement pour changer les choses en fonction des besoins de tous – sans recourir à un représentant ou un substitut, toujours plus enclin à préserver son pouvoir qu’à le partager. A la manière, par exemple, d’un Trotski qui ordonna le massacre de Kronstadt – dernière cité où la liberté fut le fruit d’émancipations individuelles s’exprimant égalitairement jusqu’à incarner l’essence collective d’une démocratie radicale.

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

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8 Commentaries

  • Article intéressant. Je partage totalement votre constat selon lequel nos compatriotes préfèrent déléguer le pouvoir à quelqu’un, au lieu de se l’approprier. A fortiori vous parliez du vote, mais au fil des années on voit que la participation baisse d’élection en élection. Si notre démocratie n’est pas parfaite c’est très largement à cause des institutions qui sont instauré pour faciliter le bipartisme et limiter l’initiative citoyenne. De plus on peut rajouter le rôle des médias, qui ne favorise pas l’émergence de nouvelles idées, la libre expression, et dont on peut douter de leur objectivité, du fait de leur proximité avec la caste politique actuelle. J’ai d’ailleurs développé ce sujet sur mon propre blog
    http://enfantdelapatrie.blog4ever.com/media-lirresponsabilite-democratique-1

  • enebre dit :

    « pas de liberté sans égalité »
    Oui mais, l’égalité totale n’est pas une réponse à la liberté.
    Non mais, Jacques Brel nous l’a dit ; car le pouvoir populaire horizontal n’est que la démocratie autrement dit, « 11 crétins d’un côté et 10 philosophes de l’autre, etc »
    La liberté c’est aussi ressentir et éprouver le besoin de pouvoir nommer un délégué pour gérer les affaires d’état. Car les uns sont unicellulaire et les autres sont pluricellulaires, dont la liberté et la démocratie devrait pouvoir contenter chacun selon ses aspirations.
    La liberté totale serait donc un totalitarisme déguisé au même sens que l’est la démocratie actuelle, il faut donc faire tourner sa langue 7 fois au moins avant d’y aller, ainsi je crois que les assemblées et autres réunions en temps réel sont l’opposé de ce que nous recherchons vraiment, puisqu’il est quasi impossible de donner des réflexions profondément analysées permettant une satisfaction collective.
    La discussion en direct porterait trop de résonances personnelles et souvent guidées par l’impulsions, je crois que personne ne peut y échapper, l’émotionnel reprend le pouvoir tôt ou tard.
    Refaire le monde demande une reprise du départ et pour revenir au départ il nous faut se réapproprier la connaissance de la création selon la forme qui nous satisfasse tous.
    Sans ce retour à la source (divine) pas de nouveau monde possible, nous ne ferons que porter une prothèse de plus sur un corps toujours malade, renaître est notre seule espérance. Quand le ver est dans le fruit… quand le virus est dans le système informatique le mieux est un formatage car un répliquant sera toujours caché quelque part. Rendre la lumière à tous sinon rien ne sera vraiment réussi. C’est pas si compliqué qu’il n’y parait, ça c’est une certitude personnelle.
    Voir aussi mon commentaire Appréhender l’essence divine – Diktacratie http://diktacratie.com/apprehender-lessence-divine/

  • Patator dit :

    Mieux que la liberté, son illusion, alimentée par l’industrie de la propagande de la la consommation et du divertissement, les outils du système totalitaire marchand.
    Être libre c’est consommer.
    C’est en exacerbant nos désirs et en alimentant l’impression que consommer c’est être libre que ce système réussi sa manipulation d’imposture societale.
    La complexité à saisir ce concept, l’incrédulité à vouloir croire à cette conspiration, et la facilité du confort justifie l’acceptation convenue de préférer être repu et conquis que celui de chercher une forme de liberté qui exige des efforts, une réflexion, de prendre des risques etc…
    C’est en corrompant les âmes, les esprits et les corps que ce système trouve son inconsciente légitimité comme étant la voie unique, mais c’est en fait un monde inique, qui obéit aux principes de satan, prince du commerce, du pouvoir et de l’argent.
    Nous vivons dans une société schyzophrene qui se rapproche chaque jour de ce que Georges Orwel, visionnaire et initiél avait décrit dans son œuvre 1984
    La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force.
    Et même si il est évident que nous ne pourrons assurer notre salut sans une intervention divine, cela ne doit pas nous exempter de le recherche de la vérité car seule la vérité nous affranchira, seule la vérité nous rendra libre…
    La justice sociale requise des hommes émane de la justice divine.

  • John Rétif dit :

    C’est mon côté subversif qui me rend malheureux car même si j’essaye de le faire comprendre à mon entourage, j’ai cette impression que je n’ai pas la possibilité de faire avancer les choses positivement. L’homme moderne se croit libre, mais comme cela est expliquer dans l’article nous sommes tous aliénés à un système capitaliste et ses dirigeants qui veulent nous rendre à la fois docile et utile pour cette société de consommation que les rétifs ne peuvent continuer à supporter. C’est une multitude de procédés et de mécanismes invisibles, qu’ignorent l’individu lambda et soumis, qui font croire que nous vivons dans une démocratie. Endoctrinement de la conscience dès le plus jeune âge afin de nous imposer des dogmes notamment à travers le système scolaire, industrialisation de la culture et de l’alimentation, assujettissement à un système financier corrompu et avide, apologie de la consommation et du divertissement qui nous rendent soit-disant heureux mais qui en réalité nous font régresser intellectuellement, manipulation et abrutissement médiatique, asservissement à une classe politique égoïste et incompétente qui nous impose ses coercitions et qui est soumis elle-même aux puissances économiques, etc. Et pourtant ce ne sont des exemples parmi tant d’autres qui montre à quel point l’homme est influençable et ne sais pas s’auto-gérer malgré le « progrès ». On fais tout pour nous rendre dépendants de ce système machiavélique !

  • dpda dit :

    « la liberté pour chacun de pouvoir agir concrètement pour changer les choses en fonction des besoins de tous »

    De quelle liberté parle-t-on, si elle ne peut s’exercer QUE dans le cadre « du besoin de tous » ?

    Qui définit l’intérêt commun ?

    Et une fois qu’il est défini, quelle liberté reste-t-il de ne pas se « conformer a l’intérêt commun » ?

    Loin de moi l’idée que la société actuelle est idéale, mais si les perspectives présentées sur ce site sont manifestement le fruit d’un effort de communication significatif, il manque par contre d’exemples concrets de mise en application de ces préceptes.

    Par exemple, la démocratie participative directe se heurte forcement a l’obstacle de la masse critique: comment gérer une démocratie directe de 60,000,000 de citoyens?
    Quand bien même elle serait le fruit de la fédération de communautés participatives plus petites, de quelles dimensions parlons-nous ? Federer 600 communautés de 100,000 personnes chacune ? Ou alors 60,000 communautés de 1,000 personnes ? Comment définit-on le consensus, qui tranche les décisions conflictuelles ?

    Certes, la société de consommation actuelle n’a rien de reluisant, et si l’on en connait les inconvénients et, malgré tout, les avantages, en ce qui concerne les avantages et inconvénients de vos propositions, c’est tout sauf clair.

    Le seul fil rouge des textes de ce site est de nourrir une certaine flamme révolutionnaire, celle de ceux qui, par frustration ou morosité, craignent de la voir s’éteindre… Mais la « flamme révolutionnaire » est présentée comme un objectif en soi, plutôt que comme un moyen… La révolution a quelle fin?

    Et si, et si, et si… Et si le résultat d’une démocratie participative directe aboutissait a l’exacte situation dans laquelle nous sommes (ou pire), parce que – supposition – la majorité, tout compte fait, toute autre possibilité consultée, se satisfaisait très bien de la situation actuelle… L’accepteriez-vous?

  • enebre dit :

    Après réflexion le sujet est toujours à résoudre.
    La motivation, le déterminisme, la volonté d’être, sont les choses qui manquent à l’individu perdu dans la masse humaine de nos pays occidentaux et je crois que cette maladie est contagieuse par le simple voisinage.

    Les gens deviennent apathiques, vautrés, bouffeurs de chips, scotchés à leurs réseaux sociaux, dès que la vie n’est plus motivante, et nos dirigeants qui ne pensent qu’à se gaver d’argent offre le modèle au peuple… gavez vous, à défaut de fric il reste les chips.

    Quelques uns tentent encore de sortir la tête de cette fange suante de graisse abdominale avec le déterminisme de l’escargot, mollement et sans conviction.
    A croire que leur santé ne compte plus, car pourvu qu’ils se sentent vivre par réseaux interposé tout va bien surtout depuis que le film Avatar en a prouvé l’accès au bonheur.

    En générale la moindre douleur lombaire les clouent dans le fauteuil et les replongent dans le réseau, croyant toujours que le repos sera leur salut (via leur avatar), alors que leur problème de santé est leur trop grande consommation de l’inaction et leur manque de résistance à la douleur pour en sortir.

    Les cartilages articulaires doivent subir les écrasements des actions courantes pour qu’il puisse se régénérer et maintenir les fonctions motrices en bon état, le cartilage n’est pas vascularisé et seul l’écrasement par le travail lui apporte oxygène et nutriment.

    Donc il me semble logique que soigner les individus, leur redonner la connaissance d’un corps sain et surtout comment faire pour retrouver toutes ses fonctionnalités, alors peut être qu’ils voudront aussi soigner le système dans lequel ils vivent.

    En attendant bon chips et vautrez vous bien.
    Moi je vais m’activer, si vous voulez rdv dehors. ;)

  • Plouzelmalek dit :

    Je ne vois pas en quoi la démocratie serait un meilleur système qu’un autre, donner le droit de vote aux imbéciles ne nous sauvera de rien.
    Le peuple est nigaud et l’individu égoïste, c’est avec ça qu’on va faire une démocratie ?

    Soyons réalistes et pragmatiques, on est trop nombreux, trop divisés, le jour où la population se réduira drastiquement et tragiquement, on pourra reconstruire, pour l’instant l’époque est au profit et à la destruction, il faut aller au bout de cette dynamique et je ne suis pas contre une accélération de l’histoire, une méthode expéditive pour dépeupler la terre, assainir l’environnement: vive l’écologie radicale!

  • enebre dit :

    Plouzelmalek, je vais essayer de traduire son commentaire. Il se porte volontaire pour aider à assainir le monde, il est réaliste et pragmatique, voyant bien que nous sommes trop nombreux sur terre et que nous sommes que des égoistes ignares et sans valeur .
    Il se propose donc pour faire partie des gens à éliminer en premier.
    Il est d’accord pour que nous utilisions une méthode expéditive à son encontre…Criant, vive l’écologie radicale!
    C’est chouette non ?

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