Pour un retour à l’Europe des frontières ?

Pour un retour à l’Europe des frontières ?

le 03 février, 2015 dans Dictature de l'économie, Inter-national par

Bon nombre de nos contemporains  s’interrogent sur les réels bénéfices que nous tirons de la consolidation de cette Europe aux frontières effacées.  Pour l’opinion publique, le tournant décisif de « l’Acte unique » et  ses quatre grands principes de circulation (circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux) n’auront  servi en dernière instance que les seuls intérêts des multinationales et du grand capital.

Pour une part sans cesse croissante de citoyens, l’Europe institutionnelle  devient synonyme de génocide social. Seule une  petite élite cosmopolite peut considérer comme source d’agrément le fait d’être mobile et de pouvoir s’installer au gré du vent dans une Europe aux frontières abolies. Pour le commun des mortels, quitter sa patrie est souvent une source de déchirement. Il n’y a que dans  l’esprit de Jacques Attali,  parangon de l’européisme, que « les nations sont à l’image des hôtels ». Son nomadisme viscéral l’empêche de considérer que si un individu fuit son pays c’est avant tout parce qu’il ne peut plus y mener une existence décente…

Un fait s’impose, de référendums détournés en traités ratifiés sans consultations populaires, la construction européenne prend des allures d’édifice funèbre pour les classes populaires. Mais personne ne semble vouloir y consacrer un livre noir…

La frontière : le rempart des faibles contre les forts

Les frontières ont leurs vertus, l’écrivain-philosophe Regis Debray en fait les éloges dans un de ses ouvrages:

Là est d’ailleurs le bouclier des humbles, contre l’ultra-rapide, l’insaisissable et l’omniprésent. Ce sont les dépossédés qui ont intérêt à la démarcation franche et nette.
Leur seul actif est leur territoire, et la frontière, leur principale source de revenus (plus pauvre un pays, plus dépendant est-il de ses taxes douanières). La frontière rend égales des puissances inégales. Les riches vont où ils veulent, à tire d’aile ; les pauvres vont où ils peuvent, en ramant. Ceux qui ont la maîtrise des stocks (des têtes nucléaires, d’or et de devises, de savoirs et de brevets) peuvent jouer avec les flux, en devenant encore plus riches. Ceux qui n’ont rien en stock sont les jouets des flux. Le fort est fluide. Le faible n’a pour lui que son bercail, une religion imprenable, un dédale inoccupable… »

Réduire les frontières à néant pour mieux exploiter les peuples, tel est le parti pris de cette Europe institutionnelle littéralement antisociale. Une position qui se mesure à l’aune d’un dumping vertigineux : Le salaire d’un travailleur français est en moyenne dix fois plus élevé que celui d’un travailleur bulgare, le plus précarisé de la zone euro suivi de près par le travailleur roumain (source : Eurostat). Un écart qui prouve à lui seul que nos élites illégitimes privilégient l’Europe de la compétitivité et de l’esclavagisme à l’Europe de la solidarité… Un déséquilibre qui profite aux capitalistes entrepreneuriaux qui n’hésitent pas, par exemple, à délocaliser des chauffeurs « rentables » en « engageant » des camionneurs de l’ancien bloc de l’Est afin d’assurer les transports intérieurs en Allemagne, en France, en Belgique ou au Pays-bas…

Au lieu de prôner et de légiférer pour  une juste harmonisation des salaires, pour endiguer la traite des êtres humains, la commission européenne préfère s’employer à démolir irrémédiablement toute forme de souveraineté en voulant mettre sous contrôle les budgets nationaux sous la tutelle de Bruxelles…

Pour couper court à toute velléité de nationalisme, Guy Verhofstadt, ex-premier ministre belge et actuel chef du groupe libéral et démocrate au Parlement Européen, comme bien d’autres à sa suite, montent au créneau pour nous faire rentrer cette idée à marche forcée:

Le repli sur soi mène à une impasse. Seul le niveau européen est approprié pour contrôler les marchés et éviter d’autres crises. La solution dans le monde multipolaire de demain, c’est l’Europe et pas des États qui ne sont pas capables d’influencer le cours des choses.»

Ce type de discours remâché sans cesse par les Eurocrates est-il encore susceptible de convaincre ?
Pour les  eurocritiques , l’idée de soumettre les budgets des pays membres à l’appréciation d’une instance supranationale, c’est l’étape de trop…
Le retour aux frontières c’est une solution mais il ne faut pas espérer que le pouvoir en place en fasse la promotion. Les capitalistes apatrides, les multinationales, les exilés fiscaux ou encore les trafiquants de main d’œuvre ne sont pas prêts à faire les éloges de barrières qui s’opposeraient à leur commerce…

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12 Commentaries

  • Baumgarten dit :

    Demandez aux Espagnols, aux Portugais, aux Grecs, qui pourtant souffrent de la crise actuelle de l’endettement ce qu’ils en pensent. S’ils veulent sortir de l’Europe? S’ils n’en ont pas largement profité durant 20 ans pour sortir de l’état quasi médiéval dans lequel ils étaient encore il y a 40 ans.
    Et puis de bonnes frontières, c’est bien. On pourra envoyer, comme ce fut le cas pendant des centaines d’années, no soldats les défendre. Lorsqu’on a des problèmes c’est la meilleure solution pour détourner l’esprit des peuples. Et après il y a toujours de belles périodes de reconstruction, bien prospères.
    Oui, revenons à ce merveilleux début de XXème siècle!

    • Baser un commentaire sur de si grosses sophisteries, à quoi bon ? Faire le perroquet d’une propagande gauchiste finalement favorable à la propagation de l’empire ? J’espère me tromper… Car prétendre que l’Espagne, le Portugal et la Grèce étaient « il y a 40 ans dans un état quasi médiéval », c’est vraiment n’importe quoi, soyons sérieux une minute ! Après avoir avancer ce genre de foutaise, alors oui toute critique est possible, mais encore une fois, à quoi bon spéculer dans un idéal littéralement fourvoyé ?

      Maintenant, Baumgarten, si t’es disposé au débat je t’invite à lire ce texte complémentaire :
      http://diktacratie.com/democratie-frontieres/
      Après on pourra discuter sans sombrer dans l’épistémé d’une gauche qui peine à retrouver ses lettres de noblesse…

      Cordialement.

  • Faits&Documents dit :

    La Gôache ou la Droite c’est comme changer de cabine sur le Titanic.
    La Gôache ou la Droite c’est comme les deux poches d’un même veston.
    Les politiques (hormis De Gaulle) sont tous issus de la Haute finance apatride ou ses obligés.

    Henri Coston, cette « bible » de l’information (50 ans de recherches!)nous avait bien mis en garde, en son heure, de la dangerosité de la Haute finance qui mène le monde. Ses disciples (Yann Moncomble, Emmanuel Ratier) avaient eux aussi bien du mérite à nous alerter,documents à l’appui,sur les buts, les méthodes et les moyens des tireurs de ficelles mondiaux qui,n’ont eu de cesse de mettre tout en œuvre,quelques soient les moyens,pour parachever leur « Nouvel Ordre Mondial » (Alliance des banquiers mondiaux et d’une élite intellectuelle autoproclamée).

    La conjuration est bien trop avancée et les conjurés trop puissants serions-nous tentés de conclure.Mais,il ne faut pas confondre l’actualité et l’histoire. Car,il y aura toujours, jusqu’à la fin des temps,des hommes remarquables pour ne pas tolérer et combattre ce Renversement révolutionnaire satanique qui veut détrôner Dieu et mettre l’homme à sa place.

  • Baumgarten dit :

    Cédric,

    Puisque tu m’invites au débat, allons-y volontiers. Mais laissons de côté les critiques a priori et les jugements de valeur sans fondement. Je n’ai jamais été gauchiste… et même si je peux me tromper, je « n’avance pas des foutaises ».
    Je commence donc par ces foutaises. Dans mon commentaire j’évoque « l’état quasi médiéval » du Portugal, de l’Espagne et de la Grèce il y a 40 ans. Quasi médiéval ne veut pas dire médiéval. Mais voici trois pays qui pour des raisons propres à leur histoire sont passés à côté de la révolution industrielle et de plus ont connu des dictatures longues et récentes. Au moment de leur retour à la démocratie et leur intégration en Europe ils étaient économiquement et socialement très attardés. Leur niveau de développement les situait à un niveau intermédiaire entre le reste de l’Europe et l’Amérique du sud, pour prendre un exemple. En 20 ans, grâce aux programmes européens et de fait aux financements de l’Europe du nord, ils ont rattrapé la plus grande partie de leur retard. On peut bien sûr arguer du fait que ce sont les principales victimes de la crise actuelle. Mais la cause n’en est pas l’Europe et son absence de frontières sinon la mise en place de l’Euro, ce qui est une toute autre histoire.

    J’en viens au problème de fond, celui des états-nation et des frontières. Je développerai plusieurs arguments, peut-être en partie contradictoires car le thème est complexe.

    • Je lève vite une ambigüité qui selon toi me cataloguerait immédiatement parmi les individus sans logique : je suis depuis toujours favorable à la création d’un état Palestinien (je précise que je suis juif, ancien communiste et très critique de l’évolution de la politique israélienne depuis disons 20 ans). Je suis aussi favorable à l’existence de l’état d’Israël.
    • L’article de Laurent Bodenghien cite Régis Debray selon qui les pauvres vont où ils peuvent et se sentent donc protégés dans leurs frontières. Lorsque cela est nécessaire à leur survie, ils émigrent. Ce fut le cas de nos ancêtres qui ont quitté l’Afrique, ce furent le cas de millions d’Européens au 19ème et au début du 20ème siècle qui ont fui la pauvreté pour s’installer en Australie, au Canada ou plus massivement encore en Amérique du nord et du sud. Aujourd’hui, c’est au tour des européens de l’est, des habitants des pays les plus pauvres d’Afrique, des victimes de guerres civiles ou dans le futur, des victimes des désastres écologiques, d’émigrer… et de venir là où on peut encore survivre correctement. Frontières ou pas, nous devrons bien les accueillir, s’il nous reste un peu d’humanité.
    • D’une façon générale je suis favorable aux frontières. Dans le cas de l’Europe, je suis désormais favorable à la construction d’une Europe fédérale. Je ne retiens pas l’argument qui consiste à dire que cette construction profite aux riches et dessert les pauvres. Ce n’est pas à mon sens la caractéristique de la construction européenne, sinon celle du capitalisme mondial et de la domination (nouvelle) qu’exerce sur lui le monde de la finance (auparavant, le capitalisme était dominé par les producteurs). Que je sache, les pays européens qui ne font pas partie de la construction européenne ne sont pas mieux lotis que nous en termes de domination des riches et de maintien de la pauvreté (Suisse, Russie, Ukraine…). Je vis depuis 12 ans en Argentine et connais bien la réalité de l’Amérique Latine. Les frontières y sont fortes bien qu’on n’y parle qu’espagnol ou portugais, le capitalisme y est hyper dominant et les inégalités sociales plus fortes que nulle part ailleurs dans le monde.
    • L’Europe présente à mes yeux une singularité forte. Celle d’avoir été le berceau des deux guerres mondiales. La construction européenne a été un frein puissant au développement de nouveaux antagonismes revanchards. Dans un article de mon blog je rappelais qu’il n’y a jamais eu dans l’histoire de guerres entre démocraties. http://cyrilbaumgarten.wordpress.com/2013/10/06/a-propos-des-guerres/. Je crois que le risque existe avec le développement de la crise économique de retour à des régimes autoritaires en Europe. Il me semble que le meilleur frein soit l’accélération d’une Europe fédérale qui empêcherait de fait toute velléité belliqueuse. J’y vois là le grand avantage… sans en voir l’inconvénient que tu développes (économique) tant est forte en moi l’idée que les crises sont aujourd’hui mondiales et non nationales.

    • Jérôme dit :

      Baumgarten
      Pour faire court, tu es favorable aux frontière quand on parle des palestiniens, des israéliens et sûrement d’autre pays. Mais pas des Français. Cela s’appelle du racisme…
      En outre, accepte une bonne fois pour toutes, le concept qu’on puisse être pour l’Europe avec des partenariats fort entre pays européens et CONTRE l’UE et ses traités de libre-échange et sa monnaie unique. Je vais finir par croire que tu le fais exprès !
      En toute amitié
      Jérôme

      • Baumgarten dit :

        C’est comme si tu n’avais pas lu mon argumentation. Il n’est pire sourd….
        Manifestement tu n’aimes pas la contradiction et tu en reviens à des provocations (« raciste » cette fois, que tu utlises à l’évidence t bien sûr sciemment à contresens.

    • Je ne sais pas où tu as vu que « le Portugal, l’Espagne et la Grèce étaient passés à coté de la révolution industrielle » ?!? Tu rajoutes qu’ils étaient « socialement attardés » ! C’est vraiment méconnaître l’histoire de ces trois pays. Enfin tu parles de démocraties, là où justement il n’y a que des…diktacraties. Tout ça est très approximatif, non ?

      Ensuite tu dis en venir « au problème de fond » et tu nous parles de ta religion, de ta sensibilité politique et de la Palestine.
      Je t’invite à lire un de nos articles phares sur le sujet et tu ne le fais pas, sinon tu aurais compris le pourquoi de notre politique d’accueil et fédérative malgré la mise en place de frontières. Eléments que tu sembles relativement partager pourtant…
      Tu écris par ailleurs que « Les frontières en Amérique Latine sont fortes, que le capitalisme y est hyper dominant et les inégalités sociales plus fortes que nulle part ailleurs dans le monde. » C’est quand même nier les effets du véritable socialisme mis en place par un Chavez ou un Evo Morales. Aussi je t’invite à dialoguer avec Vincent Lapierre sur le sujet, c’est un économiste spécialiste de la question.

      Pour finir, la vision paternaliste et littéralement angélique de ton article (http://cyrilbaumgarten.wordpress.com/2013/10/06/a-propos-des-guerres/) apporte de l’eau à mon moulin. Mais je ne suis pas là pour décliner ma vision des choses, surtout que l’article du jour n’est pas le mien mais celui de Laurent Bodenghien, qui, j’espère, viendra prochainement répondre à tes critiques. Il sera plus légitime et sans doute plus convainquant que moi…

      • Baumgarten dit :

        Ta méconnaissance TOTALE de ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela en dit suffisamment sur ta manière de procéder. J’abdique devant tant de mauvaise foi.

        • Je vois que tu coules avec le navire. Je prends le temps de répondre sur l’ensemble de tes arguments, et tu reviens avec d’insultants préjugés sur ma connaissance du Vénézuela. Si tu fais l’effort de te balader sur notre site, tu verras que ce n’est jamais moi qui parle directemnt du Venezuela, mais des amis à moi…vénézuéliens. sans parler du travail de Vincent Lapierre que tu nies intégralement. Près d’une vingtaine d’articles qui relatent l’essentiel -ce qui te semble sensiblement inaccessible malheureusement. Mais je n’en demandais pas tant, juste un peu de probité intellectuelle dans un débat pourtant intéressant aurait suffit

          Henri Laborit explique qu’il ne reste que la fuite ou l’inhibition quand la lutte est perdue, je comprends dès lors ton abdication…

        • Laurent bodenghien dit :

          Bonsoir Monsieur

          J’ai beau être foncièrement marxien  -par mes références littéraires mais aussi par ma grille d’analyse de la société- je n’en suis pas moins arrivé à la conclusion que seul le capital avait les facultés d’être international.
          Étant un enraciné, je ne me prononcerai pas sur les réalités sociologiques des pays d’Amériques latines. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y vivre…

          « Pas de démocratie sans frontières », je partage les idées véhiculées par le texte de Cédric.
          Ces démarcations sont non seulement garantes de la multitude et des spécificités culturelles (contre une idéologie mondialiste qui cherche à transformer les individus en consommateurs normés) mais aussi une prémunition indiscutable contre toute forme de volonté hégémonique et ploutocratique. Or que devient cette Europe sinon le terrain de jeu d’une centaine de Multinationales ? Que font ces multinationales (cooptées par le politique) sinon obtenir grâce à l’abolition des frontières les conditions optimales d’exploitation humaine ?
          Résolument monsieur, de bout en bout cette Europe institutionnelle est une Europe contre les citoyens…

        • Fostermax dit :

          Bonsoir à tous,

          je pense que Cyril B. vivant à Buenos Aires, n’a pas forcement la justesse d’analyse de ce que ce passe actuellement en €urope et plus particulièrement en France.

          Je ne crois pas qu’une personne ayant travaillé pendant de longues années pour l’Etat Républicain ait un intérêt de remettre en cause le système.

          La démocratie, c’est le pouvoir du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple.
          Quand cette base n’est pas acquise, je ne vois pas comment sensibiliser quelqu’un aux conséquences de cet état de fait.

          Bien à vous, et ne lâcher rien ;^)

          Max

          GO VEGAN !!!

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