Philosophie magazine ou la propagande des faux sages

Philosophie magazine ou la propagande des faux sages

le 11 avril, 2012 dans Asservissement moderne, Philosophie politique, Provoquer le débat par

Selon le mensuel des sages, il y aurait une distinction métaphysique entre la politique prônée par Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande. Le premier serait un furieux libéral avide de compétition et de sécurité tout droit sorti de la bouche du Léviathan de Hobbes et le second serait un placide démocrate convaincu de l’absence de mal radical à la manière du dernier Rousseau – celui des rêveries

Deux guignols – Martin Legros et Michel Eltchaninoff – se sont chargés de l’investigation… Autant le dire tout de suite, leurs articles barbotent dans la plus cocasse bouillabaisse partisane jusqu’alors jamais rencontrée dans toutes mes lectures philosophiques.

Déjà j’estimais la majorité des philosophes comme des rabatteurs conceptuels, ennemis sournois de toute réelle démocratie . Pardi ! ces aristocrates de la pensée appartiennent tous à une élite dans laquelle leur savoir est un pouvoir… Ainsi malgré ma familiarité avec l’endoctrinement philosophique je reste stupéfait face à ces 16 pages d’inepties et de contresens aussi caricaturaux qu’indigestes.

D’un point de vue plus substantiel, qu’ecrivent expressément nos deux camelots ?

D’abord ils amalgament, radicalement à tort, notre France cynique et compétitive – celle de Sarko,donc -, avec l’état de nature exposé par le philosophe anglais. Un état dans lequel ce dernier définit l’Homme par ce qu’il peut et non ce qu’il est. Autrement dit le pouvoir – ou puissance – de l’Homme s’affirme par sa capacité à supporter et à faire. Et on ne peut rien comprendre à Hobbes si l’on croit que le pouvoir c’est ce que l’on veut et non ce que l’on a. Faire du pouvoir l’objet de la volonté est un contresens rhédibitoire. Comme le disait si justement Deleuze : « Est dans mon droit naturel tout ce que je peux ».

Ainsi pour devenir sociaux les hommes sont amenés à limiter leurs droits. Ils consentent alors à des devoirs. C’est le principe du contrat social.

Hobbes a constaté que les hommes étaient mus avant tout par leur égoïsme et leurs craintes. Il les dépeint tels des concurrents avides de richesses et d’honneur, prêts à tout pour satisfaire leurs désirs vains : lutte, corruption, crime… Un état de guerre permanent qui pourrait alors cesser sous l’effet d’une politique adéquate caractérisée par un pouvoir indivisible mais contracté.

L’état de nature définit par l’auteur du Léviathan n’est en rien une finalité – à la différence du sarkozysme. Bien au contraire, il est une base ontologique sur laquelle nous devons réfléchir pour élaborer la meilleure politique relative. Celle de Hobbes est monarchique, celle revendiquée par Diktacratie.com radicalement démocratique – un pouvoir partagé par tous, sans représentants ! Là est la vraie nature du débat.

Cette base ontologique fut travestie par les Lumières du XVIIIème siècle, qui pour asseoir leur idéal démocratique ont théorisé une nature humaine vertueuse et fantasmée, où l’honnêteté des plus sages, éclairée par la grande Raison, guiderait le peuple égaré, mais fondamentalement bon, comme de pauvres agneaux. Et ce n’est pas Rousseau qui est en particulier incriminé ici, c’est plutôt un esprit général -celui des Lumières donc-, car le Rousseau du Contrat social n’est pas celui des Confessions et des Rêveries, où son embourgeoisement philosophique avait fini par l’aveugler « d’un doux sentiment de l’existence ».

Le livre politique du philosophe français n’a apparemment pas été lu et encore moins réfléchi par nos journalistes, pourtant payés pour… Mais peut-être ne sont-ils là que pour nous faire avaler la pilule Hollande ? Ils vont même jusqu’à écrire : « Les citoyens sont motivés ultimement (sic!!) par la recherche du Bien commun et le bonheur pris à le faire exister ». D’ailleurs pourquoi persistons-nous à voir les choses négativement ? « La bonté naturelle de l’Homme et son aspiration à la paix » ne sont-elles pas les garanties de la gentille volonté générale qui érigera sur le trône de notre république le doux et philanthrope candidat socialiste ? Celui-là même qui nous protégera de notre mauvaise volonté comme des caprices de la fielleuse Finance…

On croit rêver ! Y a t’il d’ailleurs un seul lecteur qui a apporté du crédit à la chienlit de ce magazine ?

Pour rappel, Rousseau, dans son Contrat social, c’est plutôt : « A l’instant que le gouvernement usurpe la souveraineté, le pacte social est rompu »… Tiens, tiens, ça me rappelle des choses et des pas très belles, genre ratification du traité de Lisbonne – pour ne citer que la plus flagrante… Où était-il d’ailleurs, alors, notre bon samaritain, notre ancien premier secrétaire du parti ? Dans la caverne de Socrate ou sur un siège du Parlement ?

Et n’est-ce pas toujours le même Rousseau qui écrivait : « A l’instant qu’un peuple se donne des représentants, il n’est plus libre, il n’est plus »?… Rideau.

                            Cédric Bernelas

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