Parlementarisme, déni démocratique et soumission à l’oligarchie

Parlementarisme, déni démocratique et soumission à l’oligarchie

le 12 mars, 2015 dans Provoquer le débat par

Tous les trois ou quatre ans, la démocratie bourgeoise accorde aux ouvriers le droit de glisser dans l’urne un bulletin de vote, ce qui ne l’empêche pas de les écarter du pouvoir pendant le reste du temps mais l’autorise à proclamer que c’est le peuple entier qui gouverne »

Ce qu’avançaient Nikolaï Boukharine et Evgueni Préobrajensky dans « L’ABC du communisme » conserve encore aujourd’hui toute sa pertinence.
La question de la légitimité des lieux de pouvoir ne peut qu’être plus ardemment posée dans un contexte où la déconnexion de nos élites et sa suprême allégeance aux lobbys deviennent scandaleusement visibles.
Le temps et les événements discréditent chaque jour un peu plus ces institutions parlementaires où le bien-être commun aurait du se diffuser dans la société sous l’action éminemment morale et éthique de nos élus.
Les réformistes, le politicien allemand Eduard Bernstein en tête, voyaient certainement dans le parlementarisme le moyen le plus serein pour transformer la société capitaliste en une société socialiste.
Une option qui fut toujours contestée par les marxistes révolutionnaires. L’échec de cette transformation sans douleur se vérifie dans la politique menée par la social-démocratie actuelle.
Hollande et Di Rupo, bien que socialistes, ne défendent en rien l’État social théorisé par Jean Jaurès. Ils ne font que répondre aux intérêts d’une petite clientèle de banquiers et aux injonctions de réseaux qui convoquent « nos élites politiciennes » lors de réunions informelles : « Bilderberg », « Trilatérale », « dîner du Siècle »…

Le parlementarisme au service des oligarchies

Le capitalisme a placé l’avidité au centre de l’activité économique. Et pour que cette avidité puisse éclore, il fallait se défaire de tout élément régulateur et limiteur.
C’est bien la social-démocratie parlementariste qui a rendu ceci possible par la privatisation des grandes entreprises et des institutions bancaires. Cette même démocratie parlementaire qui s’est exprimée au lendemain de la crise dans des discours convenus sur la nécessité de moraliser la finance, de proscrire la spéculation, de promouvoir un cloisonnement entre banques d’affaires et banques d’épargnes…
Soumis à la logique de la libre entreprise et à la toute puissance des lobbys industriels ou des  réseaux financiers, nos parlementaires ont fait le choix de réduire la voilure de l’État au plus grand mépris des besoins citoyens avec les conséquences désastreuses que nous connaissons.

Du point de vue politique, la démocratie est préservée. Si la facture de gaz, d’eau, d’électricité  augmente, s’il en va de même pour les produits de première nécessité, si le travailleur doit voir ses acquis sociaux se réduire à peu de chose au nom du remboursement de la dette publique, qu’importe ! Le citoyen fait encore ce qu’il veut de son argent (s’il reste un petit quelque chose, il peut faire le choix entre le produit A et le produit B) , il a la possibilité de contracter un crédit et de s’endetter, il peut choisir la banque dans laquelle il placera son capital.
Dans les faits, la démocratie effective n’est plus que démocratie de marché !

Rompre avec le parlementarisme d’apparat

De Lucien Goldmann à Herbert Marcuse, de nombreux penseurs ont démontré en quoi le capitalisme d’organisation a limité la pensée critique autour du cadre de la consommation individuelle. Cette réduction intellectuelle menace la société dans la mesure où elle accepte passivement les « avantages » proposés par le système mais freine aussi son évolution.
En matière de santé, d’enseignement, sur les questions économiques, sur la gestion des villes et des quartiers, les citoyens n’ont plus leurs mots à dire. Ceci ne signifie en rien qu’ils aient perdu toute volonté d’opposition, les citoyens ne sont pas frappés d’une incapacité congénitale de prise directe aux décisions.
Si le système parlementaire doit être maintenu, œuvrons pour qu’il retrouve sa pleine dimension démocratique et populaire. Organisons-nous et mobilisons-nous pour transformer cette arène en véritable tribune citoyenne. Discréditons les politiciens de métier qui ne répondent plus aux besoins de la société. Plaçons au Parlement d’authentiques travailleurs qui assument les principes de réalité et qui ne vivent pas avec 10.000 euros par mois…

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3 Commentaries

  • Jerome Pages dit :

    Joli texte.
    Une bonne dose de proportionnelle pour plus de représentativité; un mandat unique pour renouveler le cheptel et éviter les pantouflages ; une déclaration préalable des différentes appartenances de chaque député potentiel (Franc-mac, Think tanks, groupes de pressions, multinationales, associations…) pour plus de transparence et moins de conflits d’intérêt, un abaissement du salaire et des autres droits en nature pour éviter les appâtés du gain, et ce parlementarisme deviendrait presque acceptable…à la condition sine qua none que les députés aient un véritable pouvoir décisionnaire autre que celui sur les horaires à l’école primaire.
    Nos pauvres députés n’ont même pas accès aux discussions bilatérales entre les Américains et les autoproclamés de la Commission européenne à propos du futur traité transatlantique… On en ai même plus à ignorer leur avis, on parlemente(mot mal choisit) sans même les tenir au courant des pourparlers !
    La première étape d’un parlementarisme efficient est le retour à la souveraineté pleine et entière.

    • queteur dit :

      Jerome …
      Je pense que le vrai problème n’est pas le retour de la souveraineté au peuple mais la conception même qu’on se fait de cette souveraineté …
      Si le pouvoir revient au peuple, celui-ci va, pour ses affaires courantes désigner des représentants puisqu’il ne pourra pas en même temps s’occuper des affaires qui le concerne en tant que peuple et assurer sa subsistance et celle de ceux envers lesquels il est respionsable (sa famille proche .. enfants, femme, père, mère ..etc).
      Il va donc « déléguer » de son pouvoir à des personnes qu’il aura « préalablement » choisi … d’où le concept de « vote » .. etc .. l’histoire se répète …

      Je pense que le fond du problème est dans la conception de l’état et de la nation, un leg de la philosophie des lumières .. le « citoyen » cherchant à s’émanciper de la main-mise de l’église sur ses affaires courantes « crée » un système dans lequel celle-ci (l’église) n’a aucun rôle .. fini donc « l’assujetissement » subi par cette entité (l’église) … mais, en cherchant à s’émanciper, il s’est fabriqué une autre entité (état, nation) qui, peu à peu, va remplacer l’église dans son rôle … mais voilà, la nature humaine est là et veille !
      En fin de compte, nous avons troqué une « croyance » pour une autre … l’allégeance faite à l’église … à Dieu donc .. a été remplacé par l’allégenace faite au Parti .. donc au Leader …
      Ensuite vient toute les tribulations philosophiques et intellectuelles qui essayent de donner du crédit à tel ou tel conception … mais le plus important dans tout ça, c’est que cette nouvelle « orientation » de l’individu s’est faite sans son « accord » direct !! eh oui, elle a été accepté comme une émanation de sa volonté alors que le peuple n’a en fait rien décidé ni donné son accord à aucune de ces théories, conceptions, idées ou appelez cela comme il vous plaira …

      Tout cet imbroglio provient de cette notion qu’on nous a inculqué dès notre plus jeune âge et qui est la notion de « liberté » … c’est elle qu’il va falloir, à mon avis, redéfinir …

      Nous revenons à notre point de départ … pour que cela change, il va falloir TOUT CHANGER !! pas uniquement nos dirigeants ou nos pseudo-représentants …

  • Ouas Ziani dit :

    C’est donc plus affreux que le soviet suprême.

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