Narcissisme démocratique

Narcissisme démocratique

le 10 septembre, 2015 dans Asservissement moderne, Démocratie, Provoquer le débat par

Dans notre monde narcissisé, où c’est le « moi-je » qui prévaut, seul l’intérêt nous conduit à estimer autrui. Nous revêtons alors nos attraits les plus charitables, professant amour, générosité et tolérance. Mais en réalité nous y camouflons notre insatiable amour propre conjugué à notre esprit rapace – voire commerçant pour les pires d’entre nous…
Ainsi l’Autre, je le domine ou m’y soumets. Quand il m’écoute je le respecte. Il me regarde, je l’aime, et s’il me protège je me courbe. Lorsqu’il m’emmerde, au mieux je le renie, au pire je lui déclare la guerre.
C’est donc toujours à notre avantage que nous le considérons. Tout du moins son image. On comprend mieux pourquoi dès lors les apparences nous aliènent au point que seul ce qui s’exhibe en spectacle retienne notre attention.

Ne déambulons-nous pas indifférents parmi ces miséreux qui survivent, l’hygiène et les névroses dans le caniveau ?  Une condition que même nos chiens ne souffrent pas. Une cruauté que l’on supporte parce qu’elle n’est pas la nôtre… Et si nos consciences s’offusquent parfois, elles peuvent toujours se soulager vite et comptant.
Mais dès qu’un professionnel du spectacle sort ses violons, alors là plus besoin de se faire prier : colères et sanglots assurent en choeur l’opéra de nos indignations !
D’ailleurs, certains l’ont bien compris et spéculent à foison depuis que le théâtre de la misère et de la mort est devenu plus tragique, mais surtout plus profitable, que la mort et la misère réelles.
Mais ne nous égarons pas…

Pour nos législateurs, le parfait citoyen est celui qui laisse de coté ses prétentions personnelles. Celles surtout susceptibles de parasiter la cohésion du groupe. Ils parlent alors d’intérêt général ! D’ailleurs, c’est au profit de cette subtile confusion que l’électeur, présumant toujours de son opinion, se croit acteur politique lorsqu’il remplit son sacro-saint « devoir » électoral. Mais il ne se contente que de suivre le troupeau, celui qui toujours aime à s’attacher dans les contrées bien clôturées !

A trop se contempler on en oublie surtout ceux qui nous manoeuvrent : ces voleurs de pouvoir qui font ce qu’ils veulent de nous du moment qu’on persiste à s’égocentrer. Ils peuvent ainsi nous commander sans utiliser la force ou la contrainte, on se laissera gouverner sans broncher !

Mais au fait, pourquoi est-ce toujours les artistes que l’on met en avant pour défendre les valeurs de la démocratie, du progrès ou de la tolérance ? Sont-ils vraiment plus altruistes que nous autres ?
La seule chose, pourtant, qui intéresse foncièrement nos saltimbanques à l’égo débordant c’est d’être reconnu pour ce qu’ils croient être : des philanthropes dotés d’une sensibilité majorée.
La majorité se fantasme même de gauche parce qu’elle souhaiterait partager ses privilèges avec tous… Quelles âmes charitables ! Mais ils n’ont pas compris, que si d’autres ont moins c’est qu’ils ont trop, et que partager avec eux, c’est sacrifier ce pourquoi les pouvoirs en place les exhorte à se battre ! A chanter la révolution, ces idiots deviennent ainsi bien utiles à ces pouvoirs…

C’est pourquoi celui qui prétend à la démocratie doit mettre entre parenthèse son amour-propre au profit d’une cohésion plus collégiale. Car s’accorder avec autrui, c’est avant tout apprendre à se regarder sans s’aveugler et s’écouter en mettant en berne nos volcans narcissiques.
C’est notre noyau dur, celui de notre individualité libérée de tout formatage, qui doit dialoguer avec celui des autres. Ainsi c’est la raison qui s’exprime, s’accorde et cohabite, pour générer le collectif qui répondra le plus justement de l’intérêt commun. Ce collectif ne doit  pas émaner d’une quelconque contagion passionnelle, instinctive, irresponsable, ou inconsciente. Sinon la force du nombre s’aliène systématiquement à ses certitudes au point de refuser la contradiction ou le simple dialogue.

La démocratie n’est donc pas un troupeau de narcisses qui se croient libres parce qu’ils se soumettent comme la majorité. Elle procède de la fédération d’individualités qui d’une voix unanime obtient le consensus de toutes ses différences.

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

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