Migration : à qui profite les naufrages ?

Migration : à qui profite les naufrages ?

le 27 janvier, 2016 dans Provoquer le débat par

La tête dans le sable, et l’écume de l’eau qui vient se déposer sur ce petit corps sans vie, tandis qu’un secouriste vient mettre fin à la prise de vue, bien opportune, la photo fait des ravages dans les cœurs.
L’image du petit syrien aura fait le tour du monde, à grand renfort de chialeries journalistiques et d’invectives politiques quant à “l’obligation à l’action”.
Autrement dit : “Il faut accueillir les migrants ! C’est comme ça, c’est une obligation, alors ferme ta gueule ! Bisou. ” Bref, le choix est donné camarade !
D’ailleurs la novlangue médiatique du spectacle de la marchandise en mouvement (c’est le cas de le dire) aura déployé tous ses moyens pour bien nous mettre dans le crâne que la migration est naturelle. Ce qui est faux. Ce sont les oiseaux qui migrent, pas les hommes.

Au-delà de la dégueulasserie que représente toute cette opération de grande envergure, et bien que ce ne soit pas la première fois que l’on utilise la photo du cadavre d’un enfant, le pauvre petit malheureux aura eu le mérite de faire « changer l’avis des français sur la question », reconnaissaient à l ‘époque les journalistes de BFM WC, fiers de leur petit effet de sidération sur la populace. La belle affaire ! Les 500 000 petits irakiens morts de faim lors de la première guerre du Golf du fait de l’embargo américain, n’ont pas eu droit à leurs photos. Mais à l’époque, il était nécessaire d’apporter notre soutien à cette coalition démocratique. Pas de nous informer.

Aujourd’hui, la propagande incite à penser « humainement ». Comment refuser dès lors de ne pas venir en aide à ces nécessiteux ? Comment ne pas faire preuve d’humanisme élémentaire, devant ce spectacle (le mot est important) de ces gens qui souffrent ?

Branle-bas de combat ! Mobilisations, appels aux dons, chanson de couillon, tout y passe !
« Tu es pour ou contre l’accueil des migrants, ou tu veux les laisser mourir ? » Question intelligente et légitime ! « Tu es pour ou contre le massacre sanglant des bébés phoques sur la banquise ? » Mais puisque je vous répète que vous avez le choix de votre réponse !
Les histrions à deux sous poussent à l’indécence en interpellant nos gouvernants : 1000 euros pour chaque réfugiés ! Bah oui, Raoul lui, qui pourrit tranquillement à moitié à poil depuis 5 ans au bas de ton immeuble en rotant son Ricard, ça fait pas suffisamment exotique, moins engagé…
« Il est inadmissible que les migrants dorment dehors », surenchérit la « gauleiter » de la mairie de Paris. Mais oui ma biche, l’humanisme, homo ou migrant, ça finit par payer le jour des urnes.
« Fais preuve d’humanisme, merde quand même ! »

« Qui dit humanité veut tromper », nous rappelle ce bon vieux Pierre-Joseph Proudhon. Manque de bol, les gauchistes préfèrent Cohn-Bendit au cours du soir.
Parmi ces déclarations « chocs », il faut aussi rappeler d’autres événements, un brin plus intéressants. Au même moment (novembre/décembre 2015), à Bruxelles, capitale européenne du tout marchand, jumelée avec Washington et Jérusalem (où là les migrants trouvent, étonnement, portes closes), les « gauchistes » du capital se sont fait un devoir d’accueillir à bras ouverts nos moussaillons de radeaux, tandis que les « droitistes » du même capital installaient une tente du grand patronat belge, invitant les nouveaux venus à découvrir les merveilleux décors des chantiers flamands, et la riche gastronomie autochtone, en grattant les fonds de casseroles.

« Un Yankee pour trois Chinois »

C’est par cette formule lapidaire mais particulièrement éclairante que notre bon vieux Karl Marx dans Le Capital, nous rappelle l’un des principes structurels de ce même capital. Principe qui implique que le prolo de là-bas, ne pourra être qu’un meilleur prolo ici.
Le maçon libyen, le cuisinier syrien, l’ingénieur irakien, qu’importe, ils demeurent avant tout une main d’œuvre bon marché, particulièrement intéressante pour nos généraux de la marchandise, contraints à une rentabilité pantagruélique, exigée par la maison mère bancaire. Les « migrants », c’est une aubaine pour le capital mondialisé, particulièrement en crise. Il ne reste plus qu’à emballer cette déportation organisée (des guides du Routards du « migrant » ont même été édités !) avec un nœud d’humanisme sirupeux.

Le concept d’humanité est un instrument idéologique particulièrement utile aux expansions impérialistes, et sous sa forme éthique et humanitaire, il est un véhicule spécifique de l’impérialisme économique. […] Étant donné qu’un nom aussi sublime entraîne certaines conséquences pour celui qui le porte, le fait de s’attribuer ce nom d’humanité, de l’invoquer et de le monopoliser, ne saurait que manifester une prétention effrayante à faire refuser à l’ennemi sa qualité d’être humain, à le faire déclarer hors la loi, et hors l’humanité, et partant à pousser la guerre jusqu’aux limites extrêmes de l’inhumain. » – Carl Schmitt, La Notion du Politique

Eh oui, si la guerre s’exporte, elle peut aussi s’importer. Après la destruction des États-nations qu’étaient l’Irak, la Libye, et la Syrie (en cours de finition), le jeu de piste de nos dirigeants et de nos philosophes de la démocratie en barquette, exécutent une belle boucle piquée en imposant aux pauvres d’ici, des pauvres de là-bas. « Le spectacle mondialisé de la marchandise » comme l’appelait Guy Debord, tous les jours sur vos écrans et tablettes, et vous pouvez nous remercier ! Non content de nier ce qu’est un homme : un être d’enracinement, fait de traditions, de coutumes, de références culturelles, de saveurs culinaires ; l’homme exportable se mesure désormais au niveau de résistance de l’embarcation qui le fait flotter. Par mer, par terre, par air, ton destin sera de tourner autour du globe, allant là où le maître marchand aura besoin de ta force de travail. Tout comme les utérus qui se louent et se vendent… « c’est le progrès ça ma bonne dame ! »
Un progrès qui, au nom de la « démocratie », apporte tensions et chaos dans de nombreux pays nous fournissant alors une main d’oeuvre propice.
Terrorisme télévisé d’État, malencontreux doigts dans la chatte les soirs de nouvel an à Cologne, musulmans désignés comme potentiels terroristes patentés, ou confrontations de pauvres contre pauvres organisées par des organisations du capital type « No Border »… Il y a le choix.
Une fois les pays du Sud vidés de leur force de résistance, et une fois l’idée de lutte de classe et de destruction du salariat entièrement balayée au Nord, bien aisée sera la tâche des grands industriels et autres agents du capital à les coloniser et les vassaliser. Indistinction généralisée, en menu XL !

Dans Le Lion et la Licorne : socialisme et génie anglais, George Orwell écrit :

Oui, il y a dans la civilisation anglaise, quelque chose qui n’appartient qu’à elle seule. C’est une culture formée de copieux petit déjeuners et de mornes dimanches, de ville enfumées et de petite routes sinueuses, de vertes prairies et de boites aux lettre rouges. Il en émane un parfum particulier. C’est en outre quelque chose de continu, qui s’étend dans le futur et dans le passé tout en conservant une personnalité propre, à la manière d’une créature vivante. Qu’est ce que l’Angleterre de 1940 peut bien avoir en commun avec celle de 1840 ? Mais aussi, qu’avez vous en commun avec l’enfant de cinq ans dont votre mère garde précieusement une photographie ? Rien, si ce n’est que vous êtres la même personne. »

Quel fasciste cet Orwell !

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