Marseille 2013 : capitale de la CULture
le 18 janvier, 2013 dans Economie / Crise, illusion artistique et sportive par Kelly SchmalzOyez, Oyez grands bandits ! Rangez donc vos kalachs et venez voir s’embraser le Vieux Port, crépitant de milles couleurs, pour consacrer Marseille et sa Provence en Capitale Européenne de la culture ! Ou comment recycler l’intemporelle formule de domination en : du pain, des jeux …et de la CULture !
Samedi dernier, Marseille a donc revêtue ses plus beaux artifices, prêtés pour l’occasion de la soirée d’inauguration des jeux culturels. Un 14 juillet en plein hiver couplé d’une prestation (presque) digne d’un Jean-Michel Jarre, voilà de quoi aveugler les foules et calmer toutes réticences dans un factice moment de grâce et de communion.
Il va de soi qu’un peu de paillettes et d’effets lumineux constituent un remède efficace aux désordres sociaux ! En tout cas, ça coûte moins cher qu’un travail de fond et ça fait plus d’effet ! Mais surtout cela permet de consentir dans la joie à sa servitude…
« un Marseille qui lutte, qui change et qui va gagner ! »
Le discours d’inauguration eu lieu quelques heures plus tôt dans l’après-midi. François Hollande, alors trop occupé à mener sa guerre au Mali, envoya donc Jean-Marc Ayrault pour les formalités. Ce dernier avait d’ailleurs clôt son discours en célébrant : « un Marseille qui lutte, qui change et qui va gagner ! ».
Jacques Pfister, Président de la Chambre du Commerce et de l’Industrie, mais aussi Président de l’association Marseille Provence 2013 ( !), la ministre de la culture et le président non élu de la commission européenne Manuel Barroso, reprirent donc en cœur un discours volontariste et désincarné. Mais ces efforts parvinrent mal à masquer une réalité pour le moins bancale.
Notons qu’il est difficile de feindre le succès et la confiance lorsque le baptême même de la cité phocéenne eu lieu dans un Mucem encore en chantier (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), seulement entrouvert pour l’occasion, puisqu’il sera fin prêt…en juin ! C’est que peu de sites ont été terminés à temps pour pouvoir honorer le programme.
Crée en 1985 sur l’initiative du l’ancien ministre Jack Lang, le label de capitale européenne de la culture entend « rapprocher les citoyens de l’Union européenne ». Traduisez : moyen habile de consentir à cette U.E oligarchique et illégitime, et de la soutenir, en lui donnant un visage altruiste et humaniste.
Mais il en va de l’image de Marseille ! C’est ce que répète à tort et à travers tous les partisans de cette joyeuse mascarade. Comme si un banal fastidieux travail de com’ allait guérir ou effacer ses tumultes ! On comprend bien alors que l’entreprise MP 13 a surtout pour objectif de lisser une réputation trop sulfureuse afin d’attirer quelques investisseurs privés et de provoquer un afflux massif de touristes.
Manuel Valls, lors de sa visite en septembre, avait d’ailleurs souligné cet aspect : « Marseille est blessée dans sa chair et abîmée dans son image (…). La situation, insupportable pour les Marseillais et intolérable pour notre pays, appelait une mobilisation générale ». Il fallait bien sûr redorer le blason de la cité phocéenne, avant le grand évènement… La répression et l’autoritarisme s’étant alors substitués à l’explication des faits sociaux qui entrainèrent Marseille de dégradation en dégradation.
Cette visite du ministre de l’intérieur et du garde des sceaux avait eu pour effet de semer la confusion en transformant, aux yeux de l’opinion, des déterminants sociologiques en facteurs psychologiques. Pourtant on ne nait pas chef de gang, on le devient ! J’ai même lu que la violence à Marseille était « endémique » ! Pour rappel, l’endémisme caractérise la présence naturelle d’un groupe biologique exclusivement dans une région géographique délimitée.
MP 13 / Euromed : entre spéculation et expropriation
Désigner comme ennemis exclusifs du peuple et seuls responsables du désordre social les grands bandits mafieux, est une manœuvre tout simplement malhonnête. Précisons aussi qu’un certain laxisme à l’égard de Marseille aura permis aux gouvernants successivement au pouvoir d’acheter la paix sociale durant un temps, mettant ainsi un couvercle sur la marmite ! Et maintenant ? C’est qu’il existe d’autres délinquants à Marseille, d’un autre niveau. Difficilement repérable pour le non initié, il préfère le costume brossé au streetwear clinquant, et à défaut de kalachs il s’arme de spéculation et d’expropriation, semant misère et déracinement.
Débuté il y a une quinzaine d’années, l’entreprise de réaménagement Euromed abrite des prédateurs de ce genre. Monstre froid au pragmatisme dévastateur, cette affaire entrave les déplacements quotidiens des marseillais et donne l’impression d’un chantier perpétuel. La manœuvre consiste à optimiser l’espace urbain de manière globale car Marseille, il est vrai, mériterait un petit coup de jeune. Noble dessein me direz-vous, sauf qu’on ne précise pas en dernière instance à qui profite cette œuvre aux apparences salutaires…
Le phénomène de gentrification (embourgeoisement) s’intensifie : les loyers augmentent et les investisseurs privés affluent, délocalisant les petites gens qui s’en iront gonfler un peu plus les clapiers des quartiers périphériques. L’entreprise se réserve même le droit d’exproprier pour acquérir, c’est écrit noir sur blanc dans le contrat. Et pour masquer de telles logiques prédatrices et antisociales, (preuve une fois de plus que la politique se laisse dicter par l’économie), faîtes entrer le parfait alibi : la CULture ! Ainsi 80 % des structures de Marseille-Provence 2013 se trouvent sur les chantiers d’Euromed, apportant ainsi un volet humaniste à l’entreprise mortifère. Il s’agit là d’un moyen efficace afin de valoriser et de légitimer d’immenses projets immobiliers aux effets sociaux néfastes.
Les découpages arbitraires menés par Euromed sont à peine masqués. Prenez la Belle de mai dans le 3ème arrondissement : ce nom qui fleure bon la rose est en fait l’un des quartiers les plus pauvres de France ! Ici le chômage bat des records, la majorité s’acquitte dela CMU et des gamins souffrent encore de saturnisme à cause d’archaïques peintures au plomb. Les lambeaux de murs qui s’effritent, depuis des décennies, deviennent des jouets sucrés pour les mômes de la Belle de mai. A défaut de prendre le quartier tout entier, les rénovations se concentreront sur «La Friche », nom du pôle artistico-culturel branchouille à la marseillaise. Structure d’ailleurs terminée à temps, elle, contrairement à d’autres lieux institutionnels encore en chantier. Impérieuse nécessité que la culture !
La culture au service des populations ou des spéculateurs fonciers ?
Malgré l’éphémère euphorie de l’ouverture, je doute que le projet MP 13 agisse dans l’intérêt des marseillais ici et maintenant, la folie des grandeurs de quelques-uns l’emportant sur l’imminence des besoins du plus grand nombre. Ils n’ont d’ailleurs pas véritablement été consultés les marseillais, puisque seuls les projets artistiques calibrés sur les directives de la commission européenne furent retenus. Vous avez dit propagande ?
D’autant que la plupart des autochtones n’avaient même pas connaissance du projet jusqu’au simulacre de la soirée d’inauguration ! Preuve qu’ils ne sont pas vraiment conviés à la fête ! Seulement, quelques-uns des arguments avancés dans le choix de Marseille, furent justement l’urgence sociale et la participation citoyenne ! « S’il y a, grâce à Marseille-Provence 2013, un peu plus de “ bobos ” à Marseille, on s’en portera pas plus mal », assume par ailleurs sans complexe Bertrand Collette, chargé des grands chantiers de la capitale européenne…
L’objectif de faire de Marseille une mégalopole européenne en puissance et une vitrine à touristes, propre et accueillante, reste pour l’instant à l’état de projet, malgré des festivités largement entamées. La salubrité et les premières nécessités attendront. Un peu comme si l’on prêtait à une sauvageonne des habits du dimanche pour la présenter à quelques invités importants.
Ici, pour palier à la langue de bois, les murs parlent, ils crient même. A défaut de pouvoir s’exprimer autrement, quelques « enragés » l’habillent de contestations légitimes. Le boulevard que j’arpentais quotidiennement porte le nom du berceau de la démocratie. Il arborait souvent des affichettes, aux tons anarchistes parfois, démocratiques toujours. Une des affiches met clairement en garde contre le projet Euromed: « L’urbanisme est une opération de police jointe à une opération financière ». Effectivement, les caméras ultra modernes se fondent dans le paysage, et se multiplient comme par magie, histoire d’endiguer un peu plus les libertés sous prétexte de sécurité.
Je finirais donc là-dessus : l’altruisme n’existant pas en politique, il est grand temps de mettre fin à l’angélique niaiserie qui tient la culture pour salvatrice et de prendre le projet MP13 pour ce qu’il est vraiment : « une vaste entreprise à se foutre du monde » comme aurait pu dire Céline !


Caustique et rafraîchissant. Et vrai.
Bonjour, un rafraîchissement d’ »équilibre » suivant deux lieux marseillais ?
Le Parking Breteuil http://www.youtube.com/watch?v=ZfmSn0XKkiY
et,
un Amphithéâtre Université Centre St-Charles.
http://www.youtube.com/watch?NR=1&v=P_tovseeMS0&feature=endscreen
Juste pour vous dire mes encouragements.