Mali ramolli

Mali ramolli

le 13 novembre, 2012 dans Conflit malien, International / Alternational par

Un festival de méthode Coué à la mode ouest-africaine : le sommet de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), tenu dimanche dernier à Abuja, au Nigeria, n’a pas démérité ! Les participants se sont accordés sur le principe d’envoyer un peu plus de 3000 soldats pour épauler l’armée malienne dans la reconquête du nord du Mali.

Vue de cette façon, la situation renifle la générosité et la solidarité continentales. Alors que c’est plutôt le baobab qui cache l’Empire ! La Micéma (Mission de la Cédéao au Mali) n’a d’existence viable que si l’Europe, les Etats-Unis et in fine le Conseil de sécurité de l’ONU à New York y apposent leur imprimatur. Autant dire que le terme de «mission», aux forts relents colonialistes,  est particulièrement approprié. Même s’il eut été plus juste de dire «Micémape», soit la Mission de la Cédéao au Mali pour l’Empire.

Mais qui a peur des armées ouest-africaines au Sahel ? Certainement pas le Mujao (Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest) et son argent du Qatar, certainement pas Aqmi et ses filiales régionales, qui ne tremblent que pour les drones et autres missiles intercontinentaux qui ont déjà fait la preuve de leur «efficacité» en Libye… Des moyens que le Mali, le Ghana, la Côte d’Ivoire ou le Burkina ne possèdent tout simplement pas.

La preuve de l’esbroufe façon Cédéao ? A Abuja, on s’est bien gaussé de son soi-disant potentiel militaire, mais on a juste oublié l’essentiel : l’argent. Rien n’a été décidé quand au financement de cette Micéma. Les chefs d’état-major africains ont chiffré leurs besoins pour 6 mois à 500 millions de dollars, sans tenir compte du coût de l’armée malienne. Avec un montant pareil, on sait déjà qui va régler la note. Et celui qui paie l’orchestre choisit la musique, évidemment.

De plus, ce que personne n’a osé dire à Abuja, c’est qu’il faudrait encore au moins 7 à 8 mois pour mettre en place le dispositif de la Micéma, avant même que la première cartouche de gros sel ne soit tirée. Car les troupes qui seraient impliquées doivent d’abord être formées par… des instructeurs européens ! Tandis que les réelles capacités de l’armée malienne restent un grand mystère, qu’un audit mené actuellement doit éclaircir… d’ici à plusieurs mois, bien entendu !

D’autres pays, qui ne sont pas membres de la Cédéao, comme l’Afrique du Sud ou le Tchad, étaient invités à la petite sauterie d’Abuja où ils ont accepté l’idée d’une participation, mais sans donner d’engagement ferme… Dans ces conditions, on le voit, l’efficacité n’est pas le maître mot.

Quand – entre deux cauchemars où il voit Thomas Sankara revenir d’entre les morts pour venger son assassinat- Blaise Compaoré s’improvise négociateur avec Ansar Dine, c’est pour le compte de l’Empire, une fois encore, une fois de plus. L’agitation à la petite semaine, telle qu’on a pu la mesurer dimanche à Abuja, n’est qu’un épouvantail dont les enturbannés n’ont que faire.

Derrière le paravent de la négo, il y a l’objectif d’éclaircir le terrain, ce qui revient à réduire le nombre de cibles potentielles à frapper. D’où la nécessité d’imposer une réconciliation aux frères ennemis touaregs que sont le MNLA (Mouvement de libération nationale de l’Azawad) et Ansar Dine. Et ensuite ? Ensuite, pour se débarrasser d’Aqmi et du Mujao, il faudra, à un moment ou un autre, se débarrasser de l’Algérie, sur le mode «les terroristes sont une menace pour la sécurité mondiale». Et ensuite ? Ensuite, Open Bar pour l’Empire, d’Abidjan à Damas !

 

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