Le Mali a son avenir devant lui, sauf s’il se retourne

Le Mali a son avenir devant lui, sauf s’il se retourne

le 04 octobre, 2013 dans Conflit malien par

« Le pari est gagné, le Mali est debout », déclarait sans rire le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, le 22 septembre dernier, à l’occasion du 53e anniversaire de l’indépendance du pays.  Un pari tellement réussi que le lendemain de ce discours, la France annonçait qu’elle maintiendrait « dans la durée » au moins un millier d’hommes au Mali.

Un contingent tricolore qui sera peut-être appelé à protéger le gouvernement malien, actuellement en proie à la résurgence de cette terrible pathologie malienne qu’est la pu-putschite aiguë. Récemment, des militaires proches de l’ex-junte malienne ont lancé une fronde contre leur ancien patron, l’ex-capitaine Sanogo, désormais général de corps d’armée. Instigateur du pu-putsch de mars 2012, ce dernier a été récompensé à coup de galons, ce qui n’a pas été le cas de ses amis.

Pendant huit jours, des bérets verts ont donc pris le contrôle d’une partie du camp militaire de Kati, menaçant au passage de lancer un assaut contre la résidence de Sanogo, également située dans ce camp. Les mutins réclamaient une promotion et un meilleur salaire qu’ils n’obtiendront pas, puisque leur piquet de grève a été cassé par les forces spéciales maliennes, dépêchées sur place pour mettre un terme à la fanfaronnade.

Dans un discours prononcé au moment-même où l’armée reprenait le contrôle du camp, IBK a évoqué « une gifle à la nation », témoignant au passage d’une légère inflexion de son discours triomphaliste prononcé une semaine plus tôt lors de la fête de l’indépendance. L’attentat perpétré il y a quelques jours à l’entrée d’une base militaire, à Tombouctou, et qui a tué deux civils et blessé deux soldats, a probablement convaincu le président malien que le « pari » était décidément loin d’être gagné.

Et si la contestation à Bamako a été -pour le moment- matée, la situation dans le nord du pays est en pleine déliquescence. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) viennent de suspendre leur participation au Comité de suivi des accords de Ouagadougou, accusant le gouvernement de ne pas respecter ses engagements. Signés en juin dernier au Burkina Faso, ces accords étaient supposés fournir un cadre à la paix dans le septentrion malien.

Autant d’épines dans le pied de l’hippopotame qu’IBK n’aura pas manqué d’évoquer avec son ami Flamby lors de sa récente visite à Paris. Mais pressé par les multiples foyers de tension au Mali – mutinerie, attentat, crise dans le Nord- le président s’est trouvé contraint d’écourter son séjour en France pour filer dare-dare à la maison et piquer une grosse colère dans une allocution télévisée. « On ne me trimbalera pas ! », a-t-il notamment vociféré, sans que l’on réussisse franchement à savoir si lui-même croyait à ses propres paroles…

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