Maître de sa vie

Maître de sa vie

le 15 août, 2015 dans Inter-national par

Voyez comme ils transpirent la médiocrité. Hommes-chiens dont le pouvoir n’est que le fruit de leur servitude. Notre ami le plus lumineux a quitté ce monde pour un autre, laissant celui des ténèbres ici-bas, où nous demeurons, où les hommes libres et libérateurs sont forcément à la fois des nazis, des terroristes, des dictateurs.

Aboyeurs médiatiques et autres professionnels de la profession, de Jacques Vergès mort, ils n’ont dit, en fin de compte, que ce qu’ils pouvaient supporter. Avec, pour enterrer le diable, convocation séance tenante de Klaus Barbie, de Carlos, de Khieu Samphan, de Slobodan Milosevic et de Saddam Hussein… Les épouvantails, c’est à cela que ça sert. Mais Jacques Vergès, lui, savait que l’oiseau ne vole jamais trop haut, qui vole de ses propres ailes.

Un jardinier marocain victime d’une des plus grandes erreurs judiciaires du XXe siècle, ça n’effraie  personne, donc on en parle bien moins. Jacques Vergès avait comparé l’affaire Omar Raddad à l’affaire Dreyfus : « Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d’être juif. Aujourd’hui, on condamne un jardinier car il a le tort d’être maghrébin ».

L’engagement de Jacques Vergès, à 17 ans, dans les Forces françaises libres, est curieusement resté très en retrait dans les nécrologies officielles. Comme la foule des anonymes sans le sou, immigrés africains, asiatiques et d’ailleurs, qui franchissaient la porte du 20 rue de Vintimille, dans le IX e arrondissement parisien, siège de son cabinet d’avocat.

Ce que le système reproche à Vergès ? La justice et rien d’autre. Parce qu’il avait l’outrecuidance de défendre de soi-disant indéfendables, envers lesquels une exécution sommaire arrange généralement tellement de gens et de choses… En 2011, il avait cosigné avec Roland Dumas un authentique pamphlet judicieusement intitulé «Sarkozy sous BHL», contre les bombardements en Libye et qui commençait par ces lignes éloquentes : « Président de la République pour un an encore, ce sont deux Résistants qui vous écrivent pour vous dire que vous trahissez la France ».

Combattant anticolonial, Jacques Vergès, a également assuré la défense devant les tribunaux de certains dictateurs africains hérauts de la Françafrique, tels Omar Bongo, Gnassingbé Eyadéma ou Moussa Traoré. Voir en la matière une incohérence ou une contradiction, revient à ignorer que le sceau de la liberté conquise, c’est de ne plus avoir honte de soi-même.

Il expliquait que « Plus l’accusation est lourde, plus le devoir de défendre est grand, comme un médecin doit soigner tout le monde ». Jacques Vergès n’était que d’un seul camp, celui de la résistance. Lui qui n’a jamais imité personne, lui qui se riait de tous les maîtres qui ne se moquent pas d’eux-mêmes, et haïssait les âmes étroites car elles n’ont rien de bon et presque rien de mauvais !

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