« L’intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres ».

« L’intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres ».

le 07 novembre, 2015 dans illusion artistique et sportive par

Nous voilà plus heureux d’acheter une télévision, un Mac ou une tablette que de dompter la liberté pour ce qu’elle est : le simple refus de la servitude.
Alors on chante et on danse, que l’on soit acteur ou spectateur on s’en divertit.

Réelle diversion donc, pour préserver l’ordre social par le contrôle de nos temps libres. On comprend mieux désormais en quoi notre vie professionnelle est calibrée pour ne garder que l’énergie nécessaire à notre abrutissement.

Merci aux artistes, d’abord, qui ne peuvent s’empêcher de nous imposer leur excès d’ego matérialisé dans une oeuvre que les autorités du moment valident ou non en fonction de sa valeur marchande ou de son potentiel propagandiste. J’admire en particulier ces sensibilités décoratives qui enjolivent l’abstrait et s’opiniâtrent à conforter les névroses bourgeoises ou zénifier les instincts survoltés. Combien d’artistes se démarquent en parant le rien avec du n’importe quoi du moment qu’il trouve un écho glandulaire chez un public. Combien s’autocongratulent de virtualiser du néant éclatant et par là même d’édulcorer le bien-être mondain ?

J’ai vu un rat urbain dégueuler dans l’urinoir de Deschamps ; j’ai partagé l’ivresse d’une barque tâchée de lunules électriques qui échouait aux aubes navrantes dans des morves d’azur ; j’ai assisté à une messe rouge éclipsée par des trémolos de feu et dans laquelle des insectes officiaient en embrassant le soleil ; j’ai entendu le cri contorsionné d’un peintre irlandais qui exorcisait ses névroses sur des divans papaux ; j’ai dansé avec un lézard couronné qui avait, porte ouverte, baisé la petite Adolf ; j’ai craché avec un belge sur les rondes fesses de biches inaccessibles ; j’ai découvert haut perché dans une jungle zimbabwéenne un oiseau noir qui fusionnait dans un barrissement tranquille et fragile avec un sextet sauvage ; j’ai cartographié les contrepoints d’un célèbre Cantor et, à mon tour j’ai fugué ; dans un élan épileptique, j’ai goûté le sperme acryliqué d’un cinéaste irrévérencieux ; j’ai ri d’un nègre diogénique censuré tel un babtou néonazi ; enfin, j’ai mangé de la merde fabriquée par une machine…

Et pendant ce temps-là, nantis et bourgeois ont sculpté, effectivement, le monde à leurs convenances.

        

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3 Commentaries

  • Chris dit :

    Très bon article , à diffuser en masse, comme tous d’ailleurs, du bon boulot. Continuez ainsi!

  • Ma Grande Gueule dit :

    C’est vrai que la laideur de cette époque nous as quand même vendu les films de Gaspar Mové comme le top de la modernité branchouille (personnages caricaturaux, filmé par un drone et interludés d’économiseurs d’écran, censé choquer les bourgeois catholiques quand ce sont des bourgeois libéraux-libertaires au pouvoir – donc une démarche artistique pas vraiment courageuse – )

    • Ced dit :

      Ma Grande Gueule, je t’invite à voir le premier des trois films de Gaspard Noé : SEUL CONTRE TOUS. Ta critique de Noé se base sans doute sur IRREVERSIBLE, peut-être même ENTER THE VOID, mais je pense qu’elle changera radicalement après la vision du très « célinien » SEUL CONTRE TOUS.
      Par ailleurs je pense que Noé n’a que faire du courage ou des bourgeois -quelque soit leur nature-. Ses films ne sont pas là pour nous faire réfléchir puis agir différemment. Bien au contraire ses films sont un divertissement, certes trash, mais uns simple divertissement purement subjectif. Ils s’adressent avant tout à nos tripes. Ils ne sont là que pour bousculer notre sensibilité à la manière de Kubrick par exemple… Histoire d’oublier quelque peu notre quotidien routinier et asservissant! Aucune prétention politique donc…excepté SEUL CONTRE TOUS !

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