L’éternel retour d’une explosion de colère

L’éternel retour d’une explosion de colère

le 11 octobre, 2015 dans Lecture du dimanche par

J’avais suivi avec attention les évènements de Carmaux. Les premières nouvelles de la grève m’avaient comblé de joie : les mineurs paraissaient disposés à renoncer aux grèves pacifiques et inutiles, où le travailleur confiant attend patiemment que ses quelques francs triomphent des millions des compagnies. Ils semblaient entrés dans une voie de violence qui s’affirma résolument le 15 août 1892. Les bureaux et les bâtiments de la mine furent envahis par une foule lasse de souffrir sans se venger : justice allait être faite de l’ingénieur si haï de ses ouvriers, lorsque des timorés s’interposèrent. Quels étaient ces hommes ?
Les mêmes qui font avorter tout les mouvements révolutionnaires, parce qu’ils craignent qu’une fois lancé le peuple n’obéisse plus à leurs voix, ceux qui poussent des milliers d’hommes à endurer des privations pendant des mois entiers, afin de battre la grosse caisse sur leurs souffrances et se créer une popularité qui leur permettra de décrocher un mandat – je veux dire les chefs socialistes– ces hommes, en effet, prirent la tête du mouvement gréviste. On vit tout à coup s’abattre sur le pays une nuée de messieurs beaux parleurs, qui se mirent à la disposition entière de la grève, organisèrent des souscriptions, firent des conférences, adressèrent des appels de fonds de tous les côtés. Les mineurs déposèrent toute initiative entre leurs mains. Ce qui arriva, on le sait. La grève s’éternisa, les mineurs firent une plus intime connaissance avec la faim, leur compagne habituelle ; ils mangèrent le petit fonds de réserve de leur syndicat et celui des autres corporations qui leur vinrent en aide, puis au bout de deux mois, l’oreille basse, ils retournèrent à leur fosse, plus misérables qu’auparavant. Il eût été si simple, dès le début, d’attaquer la compagnie dans son seul endroit sensible, l’argent ; de brûler le stock de charbon, de briser les machines d’extraction, de démolir les pompes d’épuisement. Certes, la compagnie eût capitulé bien vite. Mais les grands pontifes du socialisme n’admettent pas ces procédés là, qui sont des procédés anarchistes. A ce jeu il y a de la prison à risquer, et, qui sait, peut-être une de ces balles qui firent merveille à Fourmies. On n’y gagne aucun siège municipal ou législatif. Bref, l’ordre un instant troublé régna de nouveau à Carmaux. La compagnie, plus puissante que jamais, continua son exploitation et messieurs les actionnaires se félicitèrent de l’heureuse issue de la grève. Allons, les dividendes seraient encore bons à toucher. »

Emile Henry (Extrait de sa déclaration au cours de son procès)

3 Commentaries

  • lkj dit :

    un passage d’emile zola ! je le reconnais bien là , son style !
    meme pas ! juste les ingredients pour mener une revolution à bien , quelque soit les epoques les tirans restent ; s’il n’eut ces syndicalistes socialistes pour refreiner les hardeurs et volé leur destein , à un peuple , il y’a longtemps que notre revolution aurait pris encré dans l’histoire ,dans nos genes

  • enebre dit :

    Voilà l’histoire qui se doit d’être enseignée, c’est le mode d’emploi de la vie sociale. Pour que les profiteurs exploiteurs se fassent mater de temps à autres et que les grèves restent entre les mains et la volonté des grévistes.
    Vive la révolution sanglante pour une société plus propre. Arrêtons ces syndicats qui travaillent pour le pouvoir aux frais des travailleurs, ce serait bien là la première action à envisager, se désabonner de leur cotisation, massivement et en action nationale sinon ils utiliseront des moyens de rétorsions contre ceux qui ne leur paye pas leur écot. Et si ces pourris résistent lancer une action de grève générale avec saccage des bureaux et des dossiers syndicaux. Car une fois la première entrave enlevée le reste sera plus facile. De toute façon on doit bien chauffer le métal au rouge avant de le battre pour le remodeler et si on ne souffle pas sur les braises la bonne température ne sera pas atteinte pour accomplir le travaille du forgeron.

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