Les ménagères du capitalisme

Les ménagères du capitalisme

le 07 juin, 2015 dans Lecture du dimanche par

On dira : un pays où près de la moitié de la richesse nationale, chaque année, est socialisée par l’impôt, avant d’être redistribuée aux uns et aux autres, est, économiquement parlant, socialiste. Combien de fois ai-je entendu : « Oh, la France, c’est un pays de l’Est qui marche ! » Non. Même si la France n’est plus un pays de capitalisme sauvage, la classe « capitaliste » le dirige – on l’a vu avec l’attitude des banquiers pendant la crise. L’accumulation, l’enrichissement, les inégalités ne sont remises en cause par aucun dirigeant. Les sociaux-démocrates sont là pour tempérer des appétits, modérer les inégalités, surveiller un peu le partage du gâteau, et rendre la plus grosse part au capital quand il faut, comme en Allemagne avec Schröder. Surtout l’idéal capitaliste de Max Weber n’a absolument pas changé : travailler, accumuler. La redistribution de la richesse n’a rien modifié à l’éthique du capitalisme, on a envie de dire au contraire. Les deux pieds et les deux mains dans la cuisine fiscale et budgétaire et la gestion d’une crise mondiale, les socialistes n’en sont pas à imaginer l’au-delà du capitalisme. Ils en sont les gérants, sous la forme de la courageuse, la raisonnable, la réaliste social-démocratie. Ils sont les ménagères du capitalisme, comme Sully était le bon « mesnager » de la France, le bon gérant (Economie : étymologiquement « affaire de ménagères »). Ah ! le courage de Schröder qui sut lutter contre les privilèges des salariés en Allemagne pour que les patrons puissent vendre des grosses voitures en Chine ! Les libéraux sont devenus socialisants, et les socialistes libéraux. Les uns et les autres se livrent une concurrence de bonnet blanc contre blanc bonnet pour la gestion du système.

La dernière étape dans cette concurrence à l’efficacité économique est le « socialisme de l’excellence ». Le modèle est la Nouvelle-Zélande, et son dirigeant travailliste David Lange, qui, en 1984, transforme une économie administrée en économie libérale. En trois ans, il supprime les subventions agricoles, privatise les télécoms, les banques, le chemin de fer, le secteur forestier, supprime le statut de la fonction publique, libère les prix, autonomise la banque centrale, abolit les droits de douane, baisse l’impôt sur le revenu… Que manque-t-il ? La flexibilité du marché du travail. Il flexibilise donc le marché du travail et retarde l’âge du départ de la retraite. Pas de salaire minimum. Rien que de très libéral là-dedans. En échange, il dépénalise l’homosexualité, fait repentance vis-à-vis des indigènes maoris et promeut une politique extérieure moralement agressive vis-à-vis de la France et de ses essais nucléaires. Les Néo-Zélandais sont contents. A propos de l’affaire du Rainbow Warrior, il déclara à Mitterrand, réputé socialiste comme lui : « Pendant qu’ils défilent contre vous, ils ne défilent pas contre moi. » Le libéralisme (pardon, le socialisme) sait être cynique. Quelle différence entre ce socialisme et le libéralisme de Thiers, Guizot ou Dunoyer ? Les droits de l’homme peut-être (le mariage homo) ; la volonté d’assister les plus pauvres ; l’idée d’un minimum vital, type RMI ou RSA, qui permette de les secourir. Ce n’est pas rien. Encore que les bourgeois d’aujourd’hui en donneraient autant. Edouard Balladur, Roselyne Bachelot et d’autres se prononcent non seulement pour un RSA mais un revenu minimum d’existence. Tout ce social au nom de l’économie. L’Alpha et l’oméga de la vie est le bien être économique et le niveau de revenu.

Le rapport Attali (socialiste) remis en 2008 au président Sarkozy est purement libéral, d’un libéralisme de base, simpliste, ravi, nigaud, de début XIXème siècle ou de première année de fac de sciences éco : favoriser partout la concurrence ; supprimer les numerus clausus ; ouvrir au vent du large, bref, liquéfier la société autant que possible, diluer tout ce qu’elle a de solide, historique, durable ; instantanéiser les choses. L’économie de papa libéral redécouverte par pépé socialo.

Vous oubliez la Sécurité sociale… J’oublie pas. J’oublie tellement peu que je pense que le socialisme français connut son acmé en 1944, avec le programme du CNR voulu par les résistants socialistes (et communistes, et gaullistes), puis ne trouva jamais un nouveau souffle, et moins encore cette gaieté qu’il connut si brièvement en 1936.

Depuis 1945, jamais la société n’a changé, jamais le capitalisme n’a vraiment été inquiété. Au contraire, c’est une tendance inverse qui a prévalu, une phénoménale accumulation, une explosion financière et, chez les hommes, une tendance à l’individualisation, au narcissisme, à l’isolement et aux rapports dominants d’égalité monétaire par l’échange marchand. Résister au délitement de l’Etat-providence reste un programme socialiste. Ré-sis-ter. D’aucuns argueront que c’est un programme réactionnaire, refusant le changement de société, et ils n’auront qu’à demi tort ; car pour être vraiment socialiste aujourd’hui, il faudrait d’abord s’avouer réactionnaire. »

Bernard Maris ( Plaidoyer[impossible] pour les socialistes)

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1 Commentaire

  • Plouzelmalek dit :

    Pourquoi mettre en gras certains mots ?
    Pour rendre la lecture pénible et donner au lecteur le sentiment d’être infantilisé ?

    Vous jouez à être qui ?

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