Les confessions d’un assassin financier

Les confessions d’un assassin financier

le 08 octobre, 2015 dans Dictature de l'économie, Inter-national par

Les assassins financiers sont des professionnels grassement payés qui escroquent des milliards de dollars à divers pays du globe. Ils dirigent l’argent de la Banque mondiale, de l’Agence américaine du développement international (U.S. Agency for International Development – USAID) et d’autres organisations « humanitaires », vers les coffres de grandes compagnies et vers les poches de quelques familles richissimes qui contrôlent les ressources naturelles de la planète. Leurs armes principales : les rapports financiers frauduleux, les élections truquées, les pot-de-vin, l’extorsion, le sexe et le meurtre. Ils jouent un jeux vieux comme le monde, mais qui atteint des proportions terrifiantes en cette époque de mondialisation.
Je sais très bien de quoi je parle… car j’ai été moi-même un assassin financier. »John Perkins

Après plus de vingt années d’hésitation, entre menaces et dessous-de-tables influençant son silence, John Perkins s’est enfin repenti en 2004, dans son livre Les confession d’un assassin financier, pour son implication dans la manipulation des économies du monde pour le compte des États-Unis.

Naissance d’un assassin financier

À tout juste vingt-trois ans, et une modeste licence d’administration commerciale en poche, John Perkins fut profilé par la NSA (National Security Agency), grâce à l’influent « oncle Frank ». Il passa une batterie de test et d’interrogatoires destinés à déterminer sa personnalité profonde. Facile à séduire, bon communiquant, et capable de mentir avec aplomb, Perkins réussit brillamment les examens d’entrée de l’agence de renseignements la plus importante du pays.

Une formation d’espion lui fut alors proposée, mais Perkins préféra s’engager au sein des Peace Corps : une agence fédérale américaine envoyant en mission des volontaires aux quatre coins du monde afin de « fraterniser » avec les populations indigènes. Son oncle l’encouragea dans sa démarche, lui confiant prophétiquement qu’il pourrait ainsi « finir par travailler pour une compagnie privée plutôt que pour le gouvernement. »

Pendant plus de deux ans, il vécut avec les tribus Shuars, et travailla dans les Andes avec les descendants des Incas. Puis un jour, sur la piste de leur communauté, atterrit un homme d’affaire : Einar Greve, le vice président de Chas. T. Main Inc (MAIN). Une firme de consultation internationale effectuant discrètement des études pour déterminer si la Banque mondiale pouvait prêter des milliards de dollars à l’Équateur, et ses pays voisins, afin d’y construire des barrages hydroélectriques et d’autres infrastructures.

Perkins n’hésita pas à s’engager auprès d’Einar, et ce, même après avoir lutté quotidiennement avec les indigènes contre les pratiques destructrices des compagnies pétrolières et des agences gouvernementales. Sa connaissance familière du terrain lui permit alors insidieusement de fournir d’opportuns rapports sur l’économie et la politique de la région.

Sans vraiment le savoir, John Perkins balbutiait sa future carrière d’assassin financier. Aussi, dès son retour d’Amérique du Sud, en janvier 1971, il se vit offrir un poste d’économiste à MAIN.

La corporatocratie

À la fin des années soixante, en pleine Guerre Froide et pendant que le conflit vietnamien s’enlisait sous des nuées de napalm, les États-Unis imaginèrent de nouvelles stratégies, plus implicites mais tout aussi offensives, afin de réaliser leur rêve impérial. Pour cela, ils soumirent divers pays clés, en encourageant leurs dirigeants à s’intégrer à leur vaste réseau « libéral ». Ce fut la seule façon de devancer le rival communiste sans impliquer Washington directement. Condition sine qua none pour ne pas déclencher un holocauste nucléaire…

C’est ainsi qu’émergea la corporatocratie, offrant des perspectives jusque là inégalées.

Ce terme, cher à John Perkins, synthétise la relation symbiotique que développèrent gouvernements, banques et autres multinationales. Une association favorisant la promotion d’entrepreneurs influents à des postes gouvernementaux. À l’image d’un Robert McNamara, dont la carrière le mena du siège de président de la Ford Motor Company, à celui de secrétaire à la Défense sous les présidences de Kennedy et de Johnson. Il finira même par occuper le trône de la plus puissante institution financière de la planète : la Banque mondiale.

Mode d’emploi :

Tout d’abord, les agences de renseignements américaines dénichaient de potentiels assassins financiers, qu’engageraient par la suite des compagnies internationales. Ces hommes n’étant pas payés par le gouvernement, ils n’encourraient donc aucune responsabilité si leur sale boulot était dévoilé au grand jour. La cupidité entrepreneuriale endosserait le délit.
Ces « économistes » spéculaient ensuite sur les effets qu’aurait l’investissement de milliards de dollars dans des pays au fort potentiel énergétique et géopolitique, – comme la Colombie, l’Indonésie, le Panama, ou l’Équateur. Bref, d’opportunes spéculations pour démontrer que la construction d’un complexe hydroélectrique, d’un réseau ferroviaire nationale, ou d’un aéroport, aurait pour conséquence une croissance économique bénéfique lors des décennies à venir. L’objectif caché étant d’inciter, par l’appât du gain et la promesse d’un soutien politique, les dirigeants des pays ciblés à accepter les prêts extravagants qu’avaient soigneusement préparé la Banque mondiale et le FMI.
Et, un vice en dissimulant souvent un autre, des closes exigeaient que seules les compagnies d’ingénieries et de construction américaines, comme MAIN, Halliburton ou Bechtel, devaient réaliser ces projets. L‘argent alors prêté retournait quasi immédiatement nourrir l’économie américaine Ne restait plus aux pays récipiendaires qu’à rembourser la note. Capital et intérêts !

Si un assassin financier avait bien fait son travail, le débiteur faillait immanquablement à ses engagements. Menés à la banqueroute, les États surendettés étaient maintenant redevables à jamais de leurs créanciers, assurant ainsi l’obtention de faveurs comme : l’implantation de bases militaires, des votes complaisants aux Nations-unies, ou un accès privilégié au pétrole et autres ressources naturelles…
Dans le cas contraire, si l’alléchante « aide » internationale suggérée ne suffisait pas à corrompre certains gouvernants, d’autres agents surnommés « les chacals », entraient alors en scène. Ainsi, quand ils sortaient de leur tanière, un chef d’Etat pouvait être renversé, voire mourir dans un accident violent ! Ce fut le cas des insoumis présidents socialistes du Panama et de l’Équateur, Omar Torrijos et Jaime Roldos, qui en 1981, disparaîtront à deux mois d’intervalle dans de mystérieux crashs d’avion et d’hélicoptère…
Si, enfin, les chacals échouaient à leur tour, comme en Afghanistan ou en Irak, les vieux réflexes hégémoniques resurgissaient : de jeunes Américains étaient envoyés au combat, pour tuer et envahir.

Rachat ?

John Perkins exerça ses talents d’assassin financier pendant dix ans. Suite à son éclatante participation dans une sale affaire de « blanchiment d’argent Saoudien », il fut promut directeur de la planification économique régionale. Après quoi, il dirigea d’importants projets en Afrique, Asie, Amérique Latine, Amérique du Nord et au Moyen-Orient.

À la grâce d’une rencontre avec une Colombienne, il prit conscience de son immense responsabilité dans l’exploitation des déshérités et du pillage de la planète. En proie à une vive culpabilité et à une profonde dépression, il finit par démissionner en 1980…

Texte extrait du livre CHRONIQUES EN DIKTACRATIE

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