Les chiens de garde

Les chiens de garde

le 20 juin, 2015 dans Asservissement moderne, Provoquer le débat par

 

La philosophie nous enseigne la servitude. Elle la justifie et la légitime au profit des bourgeois qui, depuis la Révolution Française, se sont agrégés sans difficulté à nos dirigeants. C’est là principalement le contenu du livre polémique rédigé en 1932 par Paul Nizan : Les chiens de garde.

Ainsi nos philosophes sont  les productions de la démocratie bourgeoise édifiant avec reconnaissance tous les mythes qu’elle demande. Ils défendent l’ordre des pouvoirs en place et accréditent de manière plus ou moins consensuelle ceux qui sont toujours du coté du manche.

Il appartient aux politiques d’abattre la révolution et aux penseurs de produire des remèdes, de fabriquer des recettes, qui inspireront confiance à la bourgeoisie et persuaderont aux forces mêmes de la révolution de rester liées aux destins bourgeois ».

Nos intellectuels ne produisent que des déclarations verbales, mais travaillent réellement contre les grandes fins qu’ils prétendent poursuivre. Ils doivent garder le silence tout en affirmant qu’ils ne le gardent pas. Ils n’avertissent pas. Ils ne dénoncent rien. De fait, cette fausse sagesse ne séduit et ne justifie qu’elle. Elle n’est d’aucun secours à celui dont la vie ne comporte pas le loisir des pensées vides.

Un Etat ne requiert point uniquement l’exercice des forces brutales de ses juges, de ses militaires, de ses fonctionnaires et de ses policiers. Il requiert encore des moyens plus subtils de domination. Il n’est pas toujours nécessaire de combattre et d’abattre par la force des adversaires déclarés : on peut les persuader d’abord. C’est pourquoi le pouvoir répressif est doublé par le pouvoir préventif ».

Nizan distingue avant tout les oppresseurs et les opprimés, en stigmatisant essentiellement ceux qui profitent sournoisement de l’oppression.
Ainsi, nos intellectuels et leurs médiateurs favorisent notre soumission en faux-monnayant toute colère et désir de révolte. Ils nous apprennent la fatalité. Obnubilé alors par une liberté idéale, l’homme trébuche dans la servitude réelle. Telle une religion sous caution pseudo-scientifique, la sociologie, la philosophie, la psychanalyse et bien d’autres disciplines dites de sciences humaines nous invitent à accepter notre sort, que l’on soit gagnant… mais surtout perdant ! Ainsi, à l’instar du prêtre qui convertit le malheur de la pauvreté en mérite au regard de Dieu, la guerre ne fut plus pour le philosophe un entassement de morts répugnantes, mais la lutte du droit contre la force du mal. 
De la même manière la misère disparaît devant les Idées de la misère…

La bourgeoisie devine que son pouvoir matériel exige le soutien d’un pouvoir d’opinion. Ne subsistant en effet que par le consentement général, elle doit inlassablement donner à ceux qu’elle domine des raisons valides d’accepter son établissement, son règne et sa durée. Elle doit faire la preuve que son confort et sa domination et ses maisons et ses dividendes sont le juste salaire que la société humaine lui consent en échange des services qu’elle rend. Le bourgeois mérite d’être tout ce qu’il est, de faire tout ce qu’il fait, parce qu’il entraîne l’humanité vers son plus haut, son plus noble destin ».

Certaines injustices sociales semblent parfois gêner nos clercs et nos bourgeois influents. Ils soulagent alors à peu de frais leur conscience par des pétitions qui mendient la clémence des pouvoirs.
Peut-être y-aurait-il moyen pour certains d’entre eux d’aller au bout de leurs pensées, et de parachever leurs esquisses d’indignation et de révolte ? Mais, comment pourraient-ils délaisser ce qui fonde leur confort, leur sûreté, leur ordre… cela sur quoi repose leur vie même ?
Les classes dominantes ont toujours eu l’avantage de posséder les nombreux moyens qu’il manque aux révolutionnaires pour bouleverser la donne. C’est ici que nos érudits bien lotis, tout du moins ceux pourvus d’un minimum d’équité intellectuelle, peuvent intervenir pour enrayer cette dictature sournoise : en cessant d’être les sténographes de l’ordre, et en expliquant à contrario la nécessité de le dépasser, voire de le subvertir.

Il s’agit désormais de renverser l’irréversible et non faire croire que le monde n’est pas tout ce qu’il paraît.

On ne fera plus jamais croire à personne qu’il suffise en tout temps, pour s’adapter au monde de le regarder et de l’interpréter comme il faut. »

 

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15 Commentaries

  • Marie dit :

    Excelente! Ca fait du bien!! Tres bon boulot!la france a besoin de gens comme vous! Merci!!

  • Alex dit :

    Heureusement il reste quelques penseurs honnêtes : Michel Onfray, Alain Soral, Jean Soler et… Cédric Bernelas!

  • Sylvano dit :

    Comme tu m’as toi même orienté vers ce texte d’anthologie, cher Cédric, je te pose 3 questions:
    1 que fais tu toi même en écrivant ces textes, sinon de la (mauvaise) philosophie? Tu poses des bombes?
    2 sur ta méthode: tu exhumes un texte ( Nizan, Sala-molins etc) et c’est la vérité révélée, sans aucune analyse ni distance critique? Quand penses-tu par toi même, O rebelle?
    3 Sur la photo qui illustre ton texte énervé, il n’y a que des journalistes ou des « intellectuels », à part Badiou,Sysek et à la rigueur le faible Serre (dans ceux que je reconnais). Tu crois vraiment qu’il est sérieux de les mettre sur le même plan que Attali, Apathie, Barbier, Lévy, Ferry, Joffrin et BHL? Tu as lu « L’être et l’événement »? Tu peux m’expliquer en quoi il soutient la bourgeoisie, le marxiste Badiou? Il suffit d’être intelligent pour t’agresser? Tu confonds pas un peu avec L’excellent Halimi, et ses « Nouveaux chiens de garde » ?

    • Ouf…je rentre à l’instant, je viens encore de déposer une marmite pleine de clous sur les Champs…Ca va péter, enfin, tous ces bourgeois vont crever ! putain, y a pas d’innocents !…L’éternel retour de l’Emile, c’est moi ! Ha, ha !

      Bon trêve de plaisanterie, si tu ne renchéries pas sur Dieudo et Montesquieu c’est sans doute que tu as trouvé des réponses remettant en question certains de tes préjugés… Hé oui « l’Afrique de papa » c’est terminé, c’est plus Montesquieu qu’ils lisent à l’Université de Dakar, pardi !

      Sinon comme toujours tu t’acharnes à ne pas critiquer mes analyses sur le fond, et à cracher gratuitement sur les auteurs auxquels je me réfère. Ha, peut-être n’as-tu pas lu Sala-Mollins ni Nizan. Un peu comme Onfray. Y a beaucoup de pages, c’est vrai et ça demande du temps. Et il faudrait arrêter de regarder le foot et secret story, et ça c’est pas possible ! Servitude volontaire quand tu nous tiens…

      Diktacratie est un blog, alors quand j’exhume un texte c’est pour en débattre ensuite – tu as dû le voir avec Victor Hugo par exemple… Loin de moi l’idée de révéler une vérité !
      Mais là, belle opportunité de blablater pour toi : une photo !! Inutile de parler du livre de Nizan alors… C’est ça ton astuce pour éviter le débat de fond ?
      Ha oui, alors parlons de la brochette des pseudo intellos journaleux que tu reconnais sur cette image ! Pas très gentil là le Cédric de mettre le Badiou et le Zizek à la même tablée que les autes imposteurs ! Surtout Badiou le coco, non mais !…
      Soyons sérieux au moins une ligne. « Badiou », on dirait pas un nom de nourriture pour chien justement ?

      Et puis t’as dû voir le film sur « les nouveaux chiens de garde », à moins que t’aies lu le bouquin d’Halimi (ça va : 145 pages !) donc tu peux émettre une critique alerte sur la photo…mais malheureusement pas sur le texte.

  • Sylvano dit :

    Bon alors mets une photo des Teletubbies! Ça indiquera tout de suite le niveau du débat! Oho!

    • En relisant ce texte sur Les chiens de garde de Paul Nizan, j’ai compris beaucoup de choses quant à certains de tes ressentiments… Ce n’est pas pour rien qu’Onfray a démissionné de cette orthodoxie sponsorisée par les pouvoirs en place…et pas toi !
      Je ne voulais pas clore ce débat quelque peu musclé sur une référence absurde aux « teletubbies », même mes gosses ne regardent plus ça, alors…
      Bonne continuation, en espérant malgré tout relire de temps à autre vos colères « schopenhauriennes » !

  • Alexandre dit :

    Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi Hessel figure sur ce montage et non pas Pujadas?
    De plus il me semble que Joffrin a été le premier journaliste « connu » a dénoncé l’organisation  » Le Siècle » dont il fut membre en la qualifiant de « Nouvelle Oligarchie ».
    Lire un livre c’est bien, en lire plusieurs et faire la part des choses c’est mieux.

    A visionner: « Les Nouveaux chiens de garde » de Gilles Balbastre, Yannick Kergoat.

    Merci.

    • Alexandre, tu peux comprendre que « l’indignation qui invite à voter pour Aubry ou Hollande » ne fasse pas partie de nos moteurs révolutionnaires…L’indignation suffit-elle pour changer les choses ? Le croire nous soulage les consciences mais nous émancipe en rien.
      Quant à Joffrin, c’est un imposteur de première catégorie : en effet il condamne Chavez sur des informations littéralement erronées, par exemple… Pour un journaliste, ça la fout mal quand même !

      Enfin Alexandre, je t’invite à suivre ton propre conseil pour éviter de te fourvoyer dans tes préjugés et contradictions : lire un livre c’est bien, en tout cas c’est mieux que de visionner un docu – par ailleurs excellent ! En effet Halimi a rédigé une magnifique préface au livre de Nizan, ce qui l’a inspiré ensuite à enquêter et écrire ses « nouveaux chiens de garde ». Deux livres en lieu et place d’un visionnage, ça n’a pas de prix !
      Alors bonne lecture !

  • Alexandre dit :

    Je ne me rappelle pas avoir lu dans  » Indignez Vous » une incitation quelle soit explicite ou implicite à voter Aubry/Hollande. ( Néanmoins il était un homme de gauche convaincu, personne ne peut le nier).
    Placer Hessel à côté de tels personnages. Lui qui se voulait « juste » en toutes circonstances même s’il, dans de nombreux cas, a dû trahir ses « amis » ( cf prise de position sur le conflit israélo-palestinien notamment) est une insulte à sa mémoire, au grand homme qu’il fut( résistant, co-rédacteur de la déclaration des droits de l’homme, défenseur des sans papiers etc). Qui en aurait fait autant ? Qui aurait à 93ans écrit un livre qui appellerait à la Révolte ? Un livre, qui, je pense fut écrit avec sincérité. Son auteur était proche de la mort, et il le savait…

    Je ne viens pas glorifier Hessel, j’ai juste été déçu, je le rappelle de voir cet homme figurait à côté de ces vieux nantis égoïstes.

    Je pense effectivement que l’Indignation (cf le discours de Kennedy du 27 Avril 61) et la Rage du Peuple ( qui vient de l’Amour ), et non pas de la haine de l’autre tant prônait par Soral sont deux éléments clés d’une Révolution citoyenne pacifique.

    Les chiens de Garde de Nizan lu, comment éviter un philosophe aussi talentueux natif de ma ville Tours ?

    Pour terminer, lire un livre de BHL n’est pas mieux que regarder un documentaire de Balbastre et Kergoat!
    Si tu as des livres à me conseiller n’hésite pas, bien que j’ai une vision différente d’Hessel, je suis d’accord avec ton article dans l’ensemble.

    • Alexandre, relis attentivement ce livre (qui n’est finalement qu’une très synthétique brochure) « indignez-vous ».
      D’abord, je reconnais que c’est un écrit de bonne foi et sincère…
      Mais dans ses dernières pages il invite à voter Aubry !!!! D’où le fait de voter pour des faux socialistes est une invite à la révolution ?

      Ensuite l’indignation et la rage du peuple sont pour moi antinomiques. L’une soulage la conscience des petits bourgeois, l’autre engendre la révolution, celle qui change réellement les choses… Je spécule d’ailleurs sur ce propos dans ce texte :http://diktacratie.com/reves-droits-et-devoirs/

      Enfin c’est mal connaître Soral que de le stigmatiser tel un intellectuel haineux. D’ailleurs je t’invite à lire soit son original « dictionnaire de la bêtise ambiante », soit son « misère du désir », soit son « Chute ! » (Eloge de la disgrâce). Sans pour autant adhérer à sa singulière philosophie, tu relativiseras, je pense, ton jugement à son égard.

  • Jérémy dit :

    Je rajouterai que haïr un homme comme Hessel alors qu’il a fait énormément pour l’éveil collectif à son échelle est comparable à la doctrine médiatique anti-Chavez cherchant à discréditer n’importe quelle figure possiblement contestatrice en lui collant une étiquette sur la gueule. Dommage qu’un site se posant comme une alternative honnête aux médias pratiquent un catalogage comme celui-ci… Votre objectivité disparait-elle derrière ces œillères ?

    Ne vous trompez pas d’ennemi s’il vous plait.

  • Jérémy dit :

    Je suis assez d’accord avec l’article que tu as cité, je comprends donc ta vision.
    Si je résume, tu considères qu’Hessel a été « récupéré » par la doctrine consumériste, à travers les produits, les films, les médias nationaux. Et donc que son discours n’a au final pas d’impact réel, et sert (dans une moindre mesure) le système.

    Mais je ne pense pas que l’on puisse considérer qu’un engagement modéré est inutile et spectaculaire, comme tu l’as écrit. Effectivement dans le cas d’Hessel son engagement n’est pas révolutionnaire au sens « violent » du terme (j’espère être compris).
    Mais ne doit-on pas être reconnaissant à cette homme, diplomate (une catégorie sociale plutôt sujette à la corruption, et assujettie à l’argent), d’avoir éveillé pas mal de jeunes consciences à ce qui se joue actuellement ? D’avoir osé parler aux masses honnêtement et sans se soumettre à des thinktanks ?

    Finalement, comment vouloir un vrai changement si les seules sources médiatiques massives sont corrompues ? Il faut bien des petites « fissures » au milieu de ce mur de merdes agglomérées pour laisser passer les rayons d’une nouvelle conscience, et donc révéler aux futurs acteurs de cette révolution la réalité de ce qu’ils cautionnent.

    Enfin bon, on est surement d’accord, j’espère que tu comprends comme moi la colère d’Alex de voir un homme comme celui ci aux cotés de Fourest, Pulvar, BHL…

  • Alexandre dit :

    Je pense avoir également compris ton message, on est jamais à l’abris d’un quiproquo surtout quand il s’agit d’un débat ancré sur un tel sujet.

    Je prends note, tu as surement plus d’expérience ceci dû en partie à la différence d’âge, j’écoute donc mon aîné ( par extension ).

    Je prendrai soin de lire ces deux livres avec intérêt.
    Néanmoins pour avoir lu « Comprendre l’Empire » et visionné bon nombre de ces conférences-vidéos.
    Il est clair et net que Soral possède une réelle sagacité et une analyse pertinente sur beaucoup de sujets sine qua non à un réel changement. Cependant cette dernière (sagacité) devient falote quand ce il parle de sujet qu’il ne maîtrise pas entièrement tel que, pour faire simple et tout en légèreté : La Musique Urbaine et Le Rap !
    Cet ouvrage ressemble plus à une litanie qu’à un essai sans réel ouverture d’esprit (tourné vers une idéologie d’extrême droite puritaine), et amène à la division plutôt qu’au rassemblement ( ceci est mon ressenti sur quelques points, pas d’amalgame, il peut cependant évoluer ). J’ai juste peur qu’il pousse l’âme à la sentine plutôt qu’à l’élévation pour les mêmes raisons citées dans ma dernière phrase…

  • samsao dit :

    Bonjour à tous.
    Peut-être suis je hors sujet. Qui connait le combat de Louis Lecoin(1888-1971).
    Voilà un homme libre.
    Cordialement merci pour ce bloc

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