Les belles affaires africaines d’Israël

Les belles affaires africaines d’Israël

le 07 juillet, 2014 dans Inter-national par

Agronomie, irrigation, ingénierie, et surtout des armes, plein d’armes : c’est dingue le nombre de trucs qu’Israël peut avoir à vendre aux Africains. Régulièrement, l’Etat hébreu signe de très juteux contrat, comme récemment avec la Côte d’Ivoire pour la construction d’une centrale thermique, que le groupe israélien Telemania a facturé 500 millions d’euros.

Si l’Afrique du Sud, le Togo, le Nigeria, l’Egypte et le Kenya comptent parmi les principaux partenaires commerciaux d’Israël en Afrique, c’est bien le vieux pote sud-africain qui fait les meilleures affaires avec Jérusalem. Ce n’est plus le temps béni de l’apartheid où les Israéliens avaient cette drôle de sensation de se sentir comme à la maison en Afrique du Sud… Mais en 2013, Pretoria a vendu pour plus de 700 millions de dollars de minerais et métaux précieux aux diamantaires de Tel-Aviv, dont 283 millions de dollars rien que pour les diamants. Les Sud-Africains s’en tirent plutôt bien : avoisinant les 425 millions de dollars, le montant de leurs importations en provenance d’Israël reste légèrement inférieur à ce qu’ils vendent aux Israéliens.

Parce que dans les autres pays africains, la relation commerciale est pour le moins déséquilibrée. Le Nigeria a importé pour 155 millions de biens israéliens en 2013 tandis que ses ventes à Israël n’ont pas dépassé 10 millions de dollars. L’Egypte a acheté pour 120 millions de biens à Israël en 2013 mais ne lui en a vendu que pour 108 millions de dollars. Quand au Kenya, il a acheté pour 91 millions de dollars à Israël et n’a vendu à cet Etat que pour 27 millions de dollars de marchandises. Chaque année, selon les contrats signés, ces chiffres peuvent subir des variations mais la tendance reste la même. Israël fait du business à sens unique. Les Africains n’ont-ils vraiment rien à commercer ? Quand ils viennent jusqu’en Israël pour y vendre leurs bras et fuir la misère, ils sont traités comme des sous-Palestiniens. C’est dire le peu de cas que font d’eux les autorités israéliennes…

En Afrique, les régimes passent mais les Israéliens restent bien présents. Longtemps, la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo a bénéficié du soutien d’experts militaires israéliens. Une fois Gbagbo jeté en prison, son successeur Alassane Ouattara est arrivé avec ses amis dans ses valises. La sécurité du port d’Abidjan et de l’aéroport international de la capitale ivoirienne est assurée aujourd’hui par une société israélo-canadienne, Visual Defence. Et Stanley Fisher, gouverneur de la Banque centrale d’Israël, est un vieil ami d’Alassane. C’est au FMI que les deux compères ont usé leurs fonds de culotte, l’époque où ils s’amusaient comme des petits fous à apprendre aux pays de l’hémisphère sud à ne pas marcher droit.

Les amis israéliens du président Kabila, en RDC, font de très belles affaires dans ce pays, dans le diamant, le cuivre, le pétrole, et même les infrastructures, parce que bon s’il y a un petit billet à faire… Ou même de très gros !

En somme, si l’Afrique vient à Israël elle termine dans un camp de rétention, mais Israël aime bien venir à l’Afrique, comme en témoigne la récente tournée africaine du clown vulgaire et raciste Avigdor Lieberman, accessoirement ministre des Affaires étrangères israélien. Papa Avigdor était en voyage d’affaires pour expliquer à ces gentils Africains qu’ils feraient bien de s’équiper en matos israélien pour se défendre qui contre les méchants shebabs, qui contre les affreux salafistes, etc.

L’Afrique est bienvenue en Israël quand elle est invitée à venir s’y faire rouler dans la farine. En juin 2012, une poignée de gouverneurs de banques centrales africaines dont celles du Ghana, du Kenya, et de l’Ouganda s’est rendue en Israël, aux frais de l’association America’s Voices in Israël (Avi). Un puissant outil de lobbying qui d’habitude fait venir tous frais payés en Israël des Américains influents pour changer leur perception de l’Etat hébreu. Ce qui au retour donne généralement lieu à de beaux témoignages pro-israéliens, un peu comme ce que racontaient les humanistes occidentaux qui revenaient d’URSS dans les années trente. Mais nos banquiers africains, eux, on ne les a pas entendus gloser sur ce beau pays. En même temps, personne ne l’attendait de leur part. Ils sont venus faire acte d’allégeance commerciale et sont repartis. Ces trucs-là ne se hurlent pas sur les toits, quelques signatures, des poignées de main, allez hop, rentrez chez vous, on vous a assez vu comme ça !

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2 Commentaries

  • Poulpy dit :

    Encore un article sur l’Afrique qui nous explique que tous ses maux viennent d’un d’une entité étrangère. Il me semble que lorsqu’un contrat est signé, les deux signataires donnent leur accord. Si les pays africains se sentent floués, ils peuvent parfaitement refuser le partenariat israélien. Les rapports de force ne sont peut-être pas symétriques mais le jeu de la concurrence peut les rapprocher. Je trouve donc cet article assez déséquilibré. Il faudrait aussi parler de la corruption des élites africaines. Pourquoi ils nouent un partenariat économique avec Israël s’ils n’en tirent aucun avantage (à vous lire) ?

  • Cessou Sabine dit :

    Merci d’avoir pompé mon papier sur RFI sans citer votre source. Pour info, je sors une enquête sur le commerce Israël Afrique dans Afrique Méditerranée Business (AMB) en mars. Vous pourrez vous servir !

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