Les appâts de la servitude

Les appâts de la servitude

le 03 juillet, 2015 dans Asservissement moderne par

A l’heure où le salariat englobe une majorité de la population, il n’est plus question de concevoir une autorité par la force mais plutôt d’élaborer les outils les plus efficaces pour obtenir le meilleur consentement possible d’un peuple qui, s’il était uni et éclairé, pourrait renverser n’importe quel pouvoir. Il s’agit de forger les consciences de façon mécanique et inconsciente pour qu’elles s’en remettent aux puissants qui organiseront ainsi les désirs et la vie de chacun.

Déjà La Boétie notait le subterfuge en nous rappelant comment Cyrus abêtissait les Lydiens après s’être emparé de leur capitale. Ou comment il transforma la révolte des assiégés en obéissance. Le procédé fut simple : « des bordels, des tavernes et des jeux publics ». Le succès fut tel que les latins désignèrent le divertissement par ludi, avatar direct de Lydi. La Boétie développe son propos : «  le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie ».

Aujourd’hui nous dirions les outils de l’aliénation, ceux là même qui exhortent nos désirs à s’exprimer avec la force du besoin. Ceux-là même qui adulent le désir d’avoir, réprouvent le désir d’être et bafouent notre existence en fonction de consommateur, ivre d’un confort inutile à nos désirs de liberté.

Pire, nous croyons choisir ce que nous entreprenons, dans un éventail de fausses alternatives qui se résorbent dans des stéréotypes imposés. Les divertissements les modélisent pour nous atteler à un idéal de bonheur où chacun, segmenté par son confort, se satisfait d’une paix d’apparat en jouissant individuellement de ce que tous possèdent. Le but ? Abolir le « faire et vivre ensemble », pourtant véritable socle et ciment de toute lutte aux revendications sociales et réellement démocratiques.

A la fois réunis et cloisonnés dans une paix consensuelle et désincarnée, nous nous croyons libres. Mais notre quête de liberté se résume désormais à un hédonisme consumériste. Distraire le peuple des réalités du pouvoir en l’anesthésiant devant un écran ou une vitrine, rien de tel pour l’intégrer dans les rouages de la soumission sans le forcer. Il se divertit d’autant plus qu’il en oublie sa réelle incapacité à changer le monde autrement qu’en étant roi ou riche.

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11 Commentaries

  • Adel dit :

    Effectivement ; Les firmes ont su imposer des monopoles, exacerber et multiplier les besoins, créer de nouvelles raretés. Et nous voici, pris à nouveau, dans presque tous les moments de notre vie, dans la dépendance de nouveaux matériels, de nouveaux besoins d’informations, de nouvelles attentes, de nouveaux espoirs, qui nous enserrent dans des rets innombrables, nouvelles dépendances, nouvelles aliénations…

  • Ghislaine69 dit :

    Dans ce monde fou, ou l’humain est en perpétuelle évolution soit-disant, est -il possible de ne pas se soumettre au pouvoir, quel que soit sa forme ?
    Aspirons nous réellement à la vraie liberté ou préférons nous, nous laissez guider, manipuler par cette consommation massive afin d’accéder à un semblant de liberté ?!!

  • Alex GX dit :

    Comment s’étonner du vide constant que la plupart d’entre nous vont subir à un moment où un autre de leur vie? La plupart vont y répondre, certains positivement grâce à une mission pour le bien commun, le changement, l’humanisme, d’autres négativement grâce au consumérisme sans équivoque, la luxure, le paraître. Certains n’y trouveront jamais de réponse à ce vide, un nombre trop grand en fait, incapable de saisir le sens de cette société froide, ils s’emportent dans la mort ou dans les calmants, pilules à ne plus finir de vivre. Si vous voyez quelqu’un qui semble avoir besoin d’aide… aidez-le. Si nous le faisons tous, nous aurons notre monde meilleur!

  • Anonyme dit :

    « A la fois réunis et cloisonnés dans une paix consensuelle et désincarnée, nous nous croyons libres. Mais notre quête de liberté se résume désormais à un hédonisme consumériste. Distraire le peuple des réalités du pouvoir en l’anesthésiant devant un écran ou une vitrine, rien de tel pour l’intégrer dans les rouages de la soumission sans le forcer. Il se divertit d’autant plus qu’il en oublie sa réelle incapacité à changer le monde autrement qu’en étant roi ou riche. »

    Bonjour bonjour je ne sais si cet article est récent mais j’aimerai savoir si cette partie est de toi ou d’un auteur car si c’est la deuxième solution, ce livre doit être un chef d’œuvre !

    • « Anonyme », cette partie de l’article est intégralement de moi, et je suis donc flatté de ton jugement. Pour tout te dire elle provient d’un petit essai de philosophie que j’avais rédigé il y a trois ans. Un traité intitulé « Thanatosophie », un texte très laborieux, quelque peu expérimental, et dont les meilleurs passages, retravaillés, ont pu, en définitive, être présentés ici, sur Diktacratie !

  • Comprendre la raclure dit :

    Soral et sa clique sont le divertissment en vogue que le système mis en place pour vous faire croire que vous pensez tous seul

    • comprendre l'aigreur dit :

      Là, on est très loin du style de Cédric Bernelas. Serait-ce trop vous demander d’argumenter, ou au minimum de relire afin d’éviter les fautes ?

  • alain-marie dit :

    Rien de nouveau dans ce texte ,au demeurant mal écrit, la thématique a été quasiment épuisée par les situationnistes. Bonne analyse récente de Francis Cousin dans « L’être et l’avoir » mais difficile à lire comme « La société du spectacle » de Debord ,d’ailleurs.

  • queteur dit :

    Ajouter quoi que ce soit à cet article ne dénaturerait !! tout est dit !!

  • queteur dit :

    pardon de la faute de frappe ! « … le dénaturerait » …

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