Le zoo humain

Le zoo humain

le 31 mai, 2015 dans Lecture du dimanche par

Les pressions de la vie moderne deviennent accablantes, le citadin harassé qualifie souvent le monde grouillant où il vit de jungle de béton. Expression pittoresque qui veut décrire le mode de vie dans un centre urbain à forte densité de population, mais ce n’en est pas moins une description grossièrement inexacte, comme pourrait le confirmer quiconque a étudié une vraie jungle.

Dans des conditions normales dans leur habitat naturel, les animaux sauvages ne se mutilent pas, ne se masturbent pas, n’attaquent pas leur progéniture, n’ont pas d’ulcère à l’estomac, ne de viennent pas fétichistes, ne souffrent pas d’obésité, ne forment pas de couples homosexuels et ne commettent pas de meurtres. Chez les humains citadins, inutile de dire que tout cela se produit. Cela trahit-il alors une différence fondamentale entre l’espèce humaine et les animaux ? Au premier abord, il le semblerait. Mais c’est là une illusion trompeuse. D’autres animaux ont en effet ce comportement dans certaines circonstances, et plus précisément lorsqu’ils sont victimes des conditions anormale qu’impose la captivité. L’animal de zoo en cage présente toutes ces anomalies que nous connaissons si bien pour les avoir observées sur nos congénères humains. Il est dès lors évident que la ville n’est pas une jungle de béton, mais un zoo humain.

Il ne faut pas comparer le citadin et l’animal sauvage, mais le citadin et l’animal captif. Le moderne animal humain ne vit plus dans des conditions naturelle pour son espèce. Pris au piège, non pas par un chasseur travaillant pour un zoo, mais par sa propre et brillante intelligence, il s’est installé dans une immense ménagerie où, incapable de trouver le repos, il court constamment le danger de craquer sous cette tension impitoyable. Toutefois, malgré les pressions, les avantages sont subtantiels. Le monde du zoo, comme un parent gigantesque, protège ses pensionnaires : on leur assure nourriture, boisson, abri, hygiène et soins médicaux ; les problèmes fondamentaux de la survie se trouvent réduits au minimum. Les pensionnaires ont donc du temps libre. La façon d’utiliser ce temps dans un zoo non humain varie, bien sûr, d’une espèce à l’autre. Certains animaux se détendent tranquillement et sommeillent au soleil ; d’autres trouvent l’inactivité prolongée de plus en plus difficile à supporter. Si vous êtes pensionnaires d’un zoo humain, vous appartenez inévitablement à cette seconde catégorie. Doté d’un cerveau inventif et qui a le goût profond de l’exploration, vous ne parviendrez pas à vous détendre très longtemps. Vous serez poussé inlassablement vers des activités de plus en plus élaborées. Vous chercherez, vous organiserez, vous créerez et au bout du compte, vous serez plongé plus profondément encore dans une captivité plus étroite. Avec chaque raffinement nouveau, vous vous trouverez un peu plus éloigné de votre état naturel tribal, cet état dans lequel vos ancêtres ont vécu pendant un million d’années.

L’histoire de l’homme est l’histoire de sa lutte pour s’accomoder des conséquences de cette difficile progression. C’est une situation prête à confusion, en partie à cause de sa complexité même et en partie parce que nous jouons là un double rôle puisque nous sommes tout à la fois spectateur et participant. […]

Au cours de l’infatiguable évolution de notre société, nous avons triomphalement lâché la bride à nos puissants instincts d’invention et d’exploration : ils sont partie intégrante de notre héritage biologique. Ils n’ont rien d’artificiel ni d’antinaturel. Ils sont à l’origine de notre grande force tout autant que notre grande faiblesse. Le prix qu’il nous faut payer pour satifaire ces instincts est de plus en plus lourd, les mises sont chaque jour plus élevées, le jeu plus risqué, les pertes plus stupéfiantes, le rythme de la partie plus endiablé. Mais malgré les dangers qu’ils présentent, c’est le jeu le plus passionnant que le monde ait jamais vu. Il serait stupide de suggérer qu’on devrait donner un coup de sifflet pour tenter de l’interrompre. Néanmoins, il y a différentes façons d’y jouer, et en comprenant mieux la vraie nature des participants il devrait être possible de rendre le jeu encore plus profitable, sans qu’il devienne pour autant plus dangereux ni même, en fin de compte, désastreux pour l’espèce tout entière. »

Desmond Morris (Le zoo humain)

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2 Commentaries

  • Charley dit :

    J’avoue ne pas beaucoup aimer le début de ce texte. Donc si je comprend bien, la masturbation, le fétichisme, et l’homosexualité sont pour vous des comportements anormaux?
    J’ai du mal à voir l’intérêt de ce genre de commentaire idiot (si c’est bien la ce que vous souhaitez dire). En étant pourtant d’accord avec l’idée générale du texte.

    Amicalement,

  • silmaë dit :

    Bonjour,

    « Dans des conditions normales dans leur habitat naturel, les animaux sauvages ne se mutilent pas, ne se masturbent pas, n’attaquent pas leur progéniture, n’ont pas d’ulcère à l’estomac, ne de viennent pas fétichistes, ne souffrent pas d’obésité, ne forment pas de couples homosexuels et ne commettent pas de meurtres. »

    Au delà du fait que ce passage mélange pêle-mêle éthologie, médecine et sciences sociales, je vous invite à faire un petit détours par les testicules de Darwin et à jeter un œil aux études citées dans cet article:
    http://danslestesticulesdedarwin.blogspot.fr/2015/04/quand-la-biologie-devient-sale.html

    Ce texte est empreint de sociobiologie anglo-saxonne, qui d’une manière générale s’apparente moins à de la science qu’à de l’idéologie.

    Bonne continuation à vous, de la part d’un naturaliste.

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