Le pouvoir du peuple et les assemblées parlementaires

Le pouvoir du peuple et les assemblées parlementaires

le 26 octobre, 2015 dans Lecture de vacances par

De nos jours, l’ensemble des régimes politiques est le résultat de la lutte que se livrent les appareils ou les individus pour parvenir au pouvoir ; que cette lutte soit pacifique ou armée, comme par exemple la lutte des partis ou des classes, elle se solde toujours par le succès d’un homme ou d’un groupe et par la défaite du peuple, donc par la défaite de la démocratie véritable.

La lutte politique qui aboutit à la victoire d’un candidat, avec par exemple 51% de l’ensemble des voix des électeurs, conduit à un système dictatorial, mais sous un déguisement démocratique. En effet, 49% des électeurs sont gouvernés par un système qu’ils n’ont pas choisi, et qui, au contraire, leur a été imposé. Et cela est la dictature. Cette lutte politique peut aussi aboutir à la victoire d’un appareil ne représentant que la minorité, notamment lorsque les voix des électeurs se répartissent sur un ensemble de candidats dont l’un obtient plus de voix que chacun des autres considérés à part. Mais si l’on additionnait les voix obtenues par les « battus », cela donnerait une large majorité. Malgré cela, c’est celui qui a le moins de voix qui est proclamé vainqueur, et son succès est considéré comme légal et démocratique ! Mais en réalité il s’instaure une dictature sous des apparences démocratiques.

Voilà la vérité sur les régimes politiques qui dominent le monde actuel. Leur falsification de la vraie démocratie apparaît clairement: ce sont des régimes dictatoriaux.

***

Les assemblées parlementaires sont l’épine dorsale de la démocratie telle qu’elle existe actuellement.

L’assemblée parlementaire est une représentation trompeuse du peuple, et les régimes parlementaires constituent une solution tronquée au problème de la démocratie; l’assemblée parlementaire se présente fondamentalement comme représentante du peuple, mais ce fondement est, en soi, non démocratique, parce que la démocratie signifie le pouvoir du peuple et non le pouvoir d’un substitut

Le fait même de l’existence d’une assemblée parlementaire signifie l’absence du peuple.

Or la démocratie véritable ne peut s’établir que par la participation du peuple lui-même et non au travers de l’activité de ses substituts. Les assemblées parlementaires, en excluant les masses de l’exercice du pouvoir et en usurpant la souveraineté populaire à leur profit, sont devenues un écran légal entre le peuple et le pouvoir. Il ne reste au peuple que cette apparence de démocratie qu’illustrent les longues files d’électeurs venant déposer dans l’urne, leur bulletin de vote.

Afin de mettre à nu la réalité de l’assemblée parlementaire, il nous faut rechercher d’où elle vient: elle est soit élue dans des circonscriptions électorales, soit constituée, dans un parti, une coalition de partis, par désignation. Mais aucun de ces moyens n’est démocratique, car la répartition des habitants en circonscriptions électorales signifie qu’un seul député représente, selon l’importance de la population, des milliers, des centaines de milliers, ou des millions de citoyens. Cela signifie aussi que le député n’est pas attaché par un lien organique populaire avec les électeurs, puisqu’il est considéré, selon la thèse de la démocratie classique, comme le représentant de tout le peuple au même titre que les autres députés. Dès lors, les masses se séparent définitivement du député, et le député se sépare définitivement des masses. Car dès qu’il est élu, il usurpe leur souveraineté et agit à leur place…

La démocratie classique, actuellement dominante dans le monde, revêt les membres des assemblées parlementaires d’une respectabilité et d’une immunité qu’elle dénie au simple citoyen. Cela signifie que les assemblées parlementaires sont devenues un moyen d’usurper et de monopoliser le pouvoir du peuple; c’est pourquoi il est aujourd’hui du droit des peuples de lutter à travers la révolution populaire, en vue d’éliminer ces instruments de la monopolisation de la démocratie et de la souveraineté, que sont les assemblées parlementaires, qui usurpent la volonté des masses. Il est du droit des peuples de proclamer un nouveau principe:

« Pas de substitut au pouvoir du peuple. »

Lorsque l’assemblée parlementaire est formée à la suite du succès d’un parti aux élections, elle est l’assemblée du parti, et non l’assemblée du peuple, elle représente un parti et non le peuple; et le pouvoir exécutif détenu par l’assemblée parlementaire est le pouvoir du parti vainqueur, et non le pouvoir du peuple. Il en est de même de l’assemblée parlementaire au sein de laquelle chaque parti dispose d’un certain nombre de sièges; les titulaires de ces sièges sont les représentants de leur parti et non ceux du peuple, et le pouvoir émanant d’une telle coalition est celui des partis coalisés et non le pouvoir du peuple. Dans de tels régimes le peuple est la proie pour laquelle on se bat. Il est alors abusé et exploité par ces appareils politiques qui se combattent pour parvenir au pouvoir, pour arracher des voix au peuple tandis que celui-ci s’aligne en files silencieuses, qui se déroulent comme un chapelet, afin de déposer des bulletins dans les urnes de même qu’il jetterait des papiers dans une poubelle

C’est cela la démocratie classique qui domine le monde entier, qu’il s’agisse de régimes à parti unique, de régimes bipartites ou multipartites, ou même sans parti; ainsi il apparaît clairement que : 

« la représentation est une imposture ».

Quant aux assemblées qui se forment par la désignation ou la succession, elles n’ont aucun aspect démocratique. Etant donné que le système des élections des assemblées parlementaires repose sur la propagande pour attirer les voix, c’est donc un système démagogique au vrai sens du mot. Il est possible d’acheter et de manipuler les voix alors que les plus pauvres ne peuvent être au coeur des luttes électorales:

ce sont toujours et seulement les riches qui gagnent les élections !

Ce sont les philosophes, les penseurs et les écrivains qui se sont fait les avocats de la théorie de la représentation parlementaire, au temps où les peuples étaient ignorants et menés comme des troupeaux par les rois, les sultans et les conquérants… L’aspiration ultime des peuples était alors d’avoir un mandant pour les représenter auprès des gouvernants. Mais cette aspiration même était rejetée. C’est pour réaliser cette ambition que les peuples ont péniblement et longuement combattu. Il n’est donc pas raisonnable que maintenant, après la victoire de l’ère des républiques et le commencement de l’ère des masses, la démocratie soit seulement l’apanage d’un petit groupe de députés devant agir au nom des masses. C’est une théorie surannée et une méthode dépassée.

Le pouvoir doit être entièrement celui du peuple.

Les plus tyranniques dictatures que le peuple ait connues se sont établies à l’ombre des assemblées parlementaires. »

                            Moammar El Kadhafi ( Le Livre Vert )

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6 Commentaries

  • Nikita dit :

    Prendre conscience de ce dictat est un bonne chose et je pense qu’il faut en parler.
    Cependant, quel système politique serait réellement viable ? Quel système politique pourrait remplacer celui-ci, sans tomber dans les mêmes pièges ?

    Ce ne sont que deux questions lancées comme ça auxquelles je n’ai moi-même pas de réponse satisfaisante, mais bon !

    Merci pour cet article

  • Jo dit :

    Voir Alain Badiou: élections, piège à cons?

    Et le plan C:
    « Pas de démocratie digne de ce nom sans tirage au sort
    pour que nos représentants restent nos serviteurs »
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/tirage_au_sort.php

    • fred89 dit :

      Un tirage au sort des parlementaires? Pourquoi pas, mais alors par catégorie sociale.
      Tant de % d’ouvriers , d’employés = tant de députés,
      Tant de pourcentage de cadres, de dirigeants = tant de députés,
      idem pour les professions libérales, les agriculteurs, les fonctionnaires etc…
      La grande majorité du peuple est apolitique, combien d’adhérents aux partis politiques par rapport à la masse d’électeurs? Une misère!
      Alors l’Assemblée Nationale doit représenter les couches sociales de la société, pas les partis politiques.

  • enebre dit :

    En ces temps nuageux, il est obsolète de placer une personne/groupe dans une position dominante, les assemblées pourraient rejoindre « le nuage » de l’internet et toucher l’ensemble des citoyens.

    Les situations demandant interventions et ou révisions de lois seraient ainsi directement soumises à l’ensemble de la population.

    La population se sentira plus concernée et aura vite fait de s’adapter à la situation qui demande une plus large perception du monde afin de pouvoir faire des propositions visant l’amélioration de l’ensemble et plus être seulement nombriliste comme le sont les élus qui ne travaillent que pour leur siège et profit, pour l’instant la politique ressemble plus à un jeu de chaises musicales, celui qui tire le plus sur la couette gagne la place et se voit l’égal de dieu, titre qu’il défendra pendant tout son mandat au détriment du réel but de sa fonction, car pour rester au sommet il devra pourvoir aux caprices de ses maîtres, une autre sorte d’individus abjects qui se prennent pour Dieu (avec la majuscule) .

    L’analyse des commentaires citoyens serait le premier challenge, mais après quelques balbutiements nous arriverions à cette fameuse démocratie tant recherchée, je ne doute pas de la force intellectuel de l’ensemble pour trouver la méthode de tri, c’est une fonction récurrente de notre Histoire et nous excellons dans cette oeuvre.

    L’ensemble du processus pourrait être basé sur la participation et le bénévolat et pourrait fonctionner techniquement avec une infime partie de la fiscalité déjà en place, versus ce gouffre à dépense que représente la tête de l’hydre gouvernementale.

    Je trouve personnellement abject d’avoir des gens qui s’autoproclament supérieurs aux autres pour nous gouverner et qui pour la plupart ne sont que des crétins condescendants oeuvrant, si pas pour leurs intérêts directes, pour les intérêts financiers des groupes industriels n’hésitant pas à ruiner des milliers de familles pour la seule raison de faire plus de gains et plus de dividendes, esquivant au passage les taxes nécessaires au bon fonctionnement des états, nourrissant un esclavagisme nouveau et valorisant un système ne valant plus le titre d’humanité.

    Désolé de ne pas être très clair, mais pour moi comme pour vous la réponse à cette grande question est encore un peu brut de fonderie et ne peut par définition être « finie » vu qu’elle n’a pas encore commencé.

    Il n’y a qu’ensemble que la solution se façonnera, mais il me semble important de sortir de l’électorat visant des individus, il n’y a que des solutions à élire.

    Pour ma part, j’en ai vu assez de cette espèce de Chefs que nous engendrons par les élections et de tous ceux qui en résultent, politiques, financiers, industriels.

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