Le Mali entre deux eaux

Le Mali entre deux eaux

le 09 septembre, 2013 dans Conflit malien par

Le nouveau Premier ministre malien, Oumar Tatam Ly, âgé de 49 ans, est un illustre inconnu aux yeux de ses compatriotes. Et pour cause, c’est un banquier qui n’a jamais exercé de fonction politique au Mali. Ce qui tombe plutôt bien, sachant que personne n’ira lui demander de se frotter aux affaires maliennes, un domaine que de toute évidence le président Ibrahim Boubacar Keïta entend se réserver.

Après de brillantes études universitaires en France, où il est d’ailleurs né, Oumar Tatam Ly a fait ses premières armes dans les rangs de la sinistre Banque Mondiale, avant d’intégrer au début des années 1990 la non moins sinistre Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, où il officiait dernièrement comme Conseiller spécial du gouverneur.

La BCEAO, qui reste étroitement contrôlée par l’ancien colonisateur français, grâce notamment au droit de veto de ce dernier sur les orientations monétaires suivies. La BCEAO, dont le point commun de ses quatorze pays membres est donc de n’avoir aucune souveraineté monétaire…  On l’aura compris, Oumar Tatam Ly a indéniablement tout pour plaire à l’ami français ! Bien né, bien éduqué, et surtout, un fier participant à la plus grande escroquerie perpétrée depuis les indépendances africaines, qu’est le Franc CFA.

Les Maliens, pour ceux qui s’en souviennent, ont mieux connu Ibrahima Ly, son père, un écrivain qui durant les années de plomb, paya cher son engagement pour la démocratie, en séjournant longuement dans les cachots de l’autocrate Moussa Traoré. Celui-là même que le président Keïta, lors de la passation de pouvoir, a présenté comme « un grand républicain ».

Ce qui en dit long sur le niveau de renoncement et de servitude de ce nouveau Premier ministre, qui comme on le sait, ne s’occupera pas de politique mais veillera à administrer les remèdes louches des créanciers du Mali.

Le nouveau gouvernement qui vient d’être dévoilé ce dimanche, et dont on imagine bien qu’il a été dicté par IBK à sa jeune recrue, a déjà rempli sa première mission, celle d’offrir une belle photo de groupe aux accents d’ouverture et de réconciliation nationale. Il présentera sans doute un visage différent une fois passé le cap des élections législatives, dont on attend encore de connaître la date.

D’ici là, la nouvelle équipe peut se mettre au travail. Le fera-t-elle au service des Maliens ? Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Bamako fin août ont provoqué la mort d’au moins 34 personnes, fait de nombreux disparus et ont laissé plusieurs centaines de familles sans-abris. Les sinistrés ont été relogés à la hâte dans des écoles, mais d’ici la fin du mois, ils devront être accueillis ailleurs, car ce sera la rentrée scolaire. Il fallait un Thomas Sankara pour le Mali, mais il n’a hérité, pour le moment, que d’un banquier, triste sort.

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