Le libéralisme : un sida mental, un cancer sociétal

Le libéralisme : un sida mental, un cancer sociétal

le 04 mai, 2015 dans Dictature de l'économie par

L’ère que nous traversons, celle de l’humain comme force géologique modifiant de manière irréversible l’environnement en le détruisant, est aussi la période historique du libéralisme triomphateur. Un libéralisme à appréhender comme idée morale la plus basse, comme idée de l’homme seul dans un monde qui ne serait que le prolongement de lui-même, comme idée que l’homme n’a de compte à rendre à personne, qu’il peut allègrement se départir de sa fonction sociale. Un libéralisme s’affirmant donc comme une prédation sur le plan politique, économique et métaphysique.

Le libéralisme n’est pas un humanisme

Derrière la mascarade de l’enrichissement individuel aboutissant au bien-être commun, le libéralisme offre, dans les faits, un modèle d’indigence mesurable par le degré de rupture avec tous les codes de convenance. La cassure avec la société doit être totale ; l’idéologie libérale porte aux nues l’autodétermination de la personnalité, l’égoïsme et l’exploitation des forces sociétales au service des intérêts d’une infime minorité. On ne pénètre la société qu’à cette ultime fin. Le libéral provoque les dettes et fait appel à la collectivité quand il s’agit de les rembourser.

Sous son ordre, plus d’instrument de solidarité, les individus ne sont plus que de simples occasions de jouir, mesurables ensuite par un indice de profitabilité. Spirituellement et moralement appauvri, nourri d’un matérialisme primaire, le libéral réfute les religions, le sacré, ses principes de charité et de piété car ils seraient en totale opposition avec ses impératifs de jouissance sans borne. Obsédé par l’argent, favorisant les pratiques usuraires, estimant que tout est trop cher pour sa personne et pas assez cher pour l’autre, le libéral considère l’exploitation de l’homme par l’homme comme loi imminente de la nature. Au même titre que les carnivores ont toujours dévoré les herbivores, la société sous le joug libéral doit rester coupée en deux : une minorité de riches face à une majorité de pauvres…

Le libéralisme, c’est le « tout » au marché

Alors que des êtres dotés d’une conscience aiguë s’emploient à promouvoir la culture, à irriguer le progrès social, le libéral poursuit sans vergogne son œuvre de destruction de la société en instituant l’avidité et la convoitise comme seuls projets économiques. Tel un cancer, le libéralisme ronge les mécanismes de la solidarité et déforce les rouages moraux. Il assure la primauté de l’individu seul, de l’individu jouisseur, de l’individu consommateur sur l’individu social. Présentant les forces morales et institutionnelles comme négatives et freinantes, les protecteurs du libéralisme s’emploient à réduire sans cesse la voilure de l’État. Pour les ardents défenseurs du libéralisme, l’État n’a pas vocation à gérer des banques, ce n’est surtout plus à lui de veiller à la pérennité des services publics, ni d’assurer le maintien des besoins fondamentaux de ses administrés. Par l’œuvre du libéralisme, l’État se transforme en une coquille vide où tous les outils et instruments utiles à la société sont convertis en machines à dégager du profit. Créer des marchés, privatiser les entreprises, les cliniques, les écoles,… et faire des bénéfices, telles sont les obsessions des parangons du libéralisme.

Le libéralisme est un « anti-intellectualisme »

Le libéralisme a prouvé qu’il n’était inspirateur en rien. A l’exception des imposteurs et des escrocs, jamais aucun réalisateur, peintre ou écrivain ne s’est approprié le libéralisme pour en donner une appréciation positive. Pourvoyeuse de la bêtise compacte, l’idéologie libérale assume toutes les laideurs et encourage toutes les outrances : culte du moi trouvant sa morbidité ultime dans les excès de la chirurgie esthétique, métrosexualité, télé-réalité, prolifération des drogues et des jeux d’argent, animaux anthropomorphisés, concours du plus gros mangeur de burger, limousine géante, géomarketing… Le libéralisme se joue de la finesse, le libéralisme aime la graisse et le sucre.

Cette absence de bon goût se mesure dans la quotidienneté par l’envahissement publicitaire, le déclin de l’intellectualisme, l’absence de pensée critique et l’organisation d’événements renforçant le climat d’indigence : « black friday », « journée du slip » et autres activités grégaires…

L’individu pris dans les rets du libéralisme est un être mono-déterminé, gourmand et éternellement insatisfait. Principalement occupé par des activités commerciales, prenant le parti de tout rendre futile et dérisoire, l’individu de la société libérale est faiblement éveillé politiquement et socialement. Happé par les mécanismes inflationnistes du principe des plaisirs, coupé de sa dimension intellectuelle et créatrice, l’homme du libéralisme voit la marchandise comme unique horizon indépassable.

Le libéralisme est un nihilisme

Le libéralisme est une régression. Le libéralisme, en tant que négation de toutes valeurs morales, valide les principes de la dialectique en pulvérisant complètement ce monde qui lui a permis d’éclore.

« La société libérale, éliminant le mystère, l’absolu, l’ordre et n’ayant pas plus de vraie métaphysique que de vraie police, rejette l’individu sur lui même, tout en l’écartant de ce qu’il est, de ses propres profondeurs » : la vision de la société libérale donnée par le philosophe Emile Cioran doit nous rappeler que le libéralisme, en dépit de ses prétentions premières à nous faire percevoir la « lumière », nous mène vers une voie crépusculaire.

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5 Commentaries

  • enebre dit :

    Bien que d’accord avec votre descriptif, (mais oserais-je donner mon avis ?) il me parait, tout aussi bien, comme un cours destiné exclusivement aux gens du libéralisme. C’est sûr qu’ils doivent applaudir.
    Les termes utilisés et la forme de cet article, sont-ils destinés à tous ou seulement à cet élite libérale, sortant des hautes écoles aimant ce genre de prose intellectuellement sophistiquée.

    Car vous le savez bien, les gens ordinaires abrutis et aliénés par ce joug consumériste, ne sont plus à même d’apprécier votre texte ni de le comprendre .
    Alors je me pose la question; pour qui écrivez vous ?
    Pour vous même ? Égo quand tu nous tiens.
    Pour l’élite libérale ? Afin qu’ils sachent que vous les avez compris.

    Si votre but est d’écrire pour tous, adaptez votre manière, « qui peut le plus peut le moins ». Ce moins est assez difficile d’accès, j’en conviens.

    Je ne doute pas que vous ayez reçu un très beau score pour vos compositions et thèse de fin d’année, bravo. Mais personnellement, je trouverais plus sympa que vous fassiez l’effort d’une volonté de diffusion versus l’éclat académique.

    Bien sûr « de quoi je me mêle » Considérez que c’est juste un avis venu d’en bas.
    Néanmoins merci pour votre article et merci à diktacratie d’accepter mes commentaires.

  • GuiNux dit :

    à enebre :
    > Les termes utilisés et la forme de cet article, sont-ils destinés à tous…
    Je doute, malheureusement, que des gens « très » ordinaires soient des lecteurs réguliers de Diktacratie.
    Et si au lieu de l’éclat académique c’était plus le poids des mots bien choisis qui était l’objectif de l’auteur…
    Pour moi la forme et le vocabulaire utilisé, soutiennent le fond de l’article, et le rendent pertinent.

  • enebre dit :

    Bonjour Guinux,
    Oui, l’article est très bien écrit, avec les mots juste et bien choisis, je ne remets pas ça en question.
    C’est vrai aussi qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de gens d’en bas qui suivent assidûment les articles de ce site et c’est je trouve déplorable, car si le changement doit se faire, je crois qu’il doit venir du bas.
    Je vois que dans une boucle ce sont eux qui sont les plus proches du sommet, ceci dans le sens de la promptitude à agir sur le dit sommet.
    Pour une révolution, l’action directe est la meilleure et toute personne se situant ailleurs qu’à cette position stratégique de la boucle aura à passer par des situations qui lui feront échouer son action.
    En bas ils frappent d’abord et se questionnent après. nous sommes en guerre (selon leur déclaration), contre cette élite négationniste de l’égalité.
    C’est la finalité qui importe le plus, donc en y réfléchissant, je penses sincèrement que les articles de Diktacratie se devraient d’être tout public, et que si par hasard un égaré du bas passerait par là, qu’il puisse y trouver bonnes chausses. Nullement mon intention est de vous changer, seulement un point de vue qui réclame débat…

  • Arilyn Rhapsody dit :

    Bien d’accord avec cet article.

    Tant que le capitalisme perdurera, tant que les moyens de production ne seront pas collectivisés, tant que la forme salariale existera… L’humain ne connaîtra jamais la paix.

  • Le dessin est très bon MAIS pourquoi ce mythe du 1 pour 100 ??, c’est 0,000000…1 pour 100.

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