Le Front des illusions

Le Front des illusions

le 18 décembre, 2015 dans Provoquer le débat par

Alors comme ça nous sommes passés à deux doigts d’une révolution lors des régionales ? Et dire qu’il aurait suffit d’une poignée de millions d’électeurs de plus pour amorcer le changement… D’ailleurs, j’entends certains militants déclarer que nous autres, abstentionnistes revendiqués, serions coupables de ne pas sincèrement vouloir libérer la France des griffes de nos républicains corrompus aux intérêts impériaux. Selon eux, il suffirait d’allouer notre confiance au Front National pour qu’enfin notre peuple retrouve toute sa souveraineté. La belle affaire…

Je le dis sans sarcasme à tous les colporteurs de l’espoir bleu marine : vous allez de déception en déception. Certes le FN a réalisé un nouveau record dimanche soir, mais un coup d’oeil honnête sur les chiffres des précédentes élections permet de voir qu’il n’y aura jamais le nombre de voix nécessaire pour conquérir l’Élysée en 2017. 6,8 millions de bulletins c’est beaucoup, mais c’est très loin des 18 millions ayant offert le trône à François Hollande… Imaginez donc : il faudrait, qu’en un peu plus d’un an, les troupes de Marine Le Pen rallient plus de 10 millions d’électeurs à sa cause. Assurément improbable.
Pourtant, il existe bien des réservoirs de voix. Les abstentionnistes et les non-inscrits en représentent 24 millions à ce dernier scrutin. Les votes blancs, plus d’un million. Même si toutes celles-ci ne sont pas impénétrables, par quel miracle une majorité de ces dégoûtés de la représentation politique pourrait subitement revendiquer un vote lepéniste ?
Ah mais c’est vrai, le FN est le parti du peuple, donc ce dernier finira bien par s’en rendre compte, peut-être même d’ici 2022 ! J’objecterais encore qu’il ne suffit pas de se revendiquer de la vertu pour l’incarner. C’est même tout à fait l’inverse. S’ils étaient honnêtes et cohérents, les frontistes devraient remettre radicalement en cause les institutions de la Cinquième République ayant permis ce qu’ils dénoncent le plus ardemment, à savoir : l’abandon de notre souveraineté monétaire, politique et militaire. Mais au lieux de ça, ils se fantasment en héros, et voudraient que l’on croit sur parole qu’une fois le pouvoir conquis, leur patriotisme chevillé au corps sera un rempart absolu à toutes les tentations corruptrices par lesquelles les barrons de l’UMPS ont fourvoyé l’indépendance de notre pays.
De la sorte, et sans même évoquer ses positions sociétales clivantes, le FN commet un péché d’orgueil en pensant pouvoir rassembler les désillusionnés de la politique politicienne. À moins qu’ils ne nous disent pas tout et se satisfassent de jouer les épouvantails dont le système a tant besoin pour légitimer son bipartisme congénital – comme l’a encore si bien illustré le deuxième tour de ces élections régionales…

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