L’art à l’épreuve du capitalisme

L’art à l’épreuve du capitalisme

le 05 novembre, 2015 dans illusion artistique et sportive par

Andy Warhol, chantre de l’art dit « populaire », fut un des premiers à introduire la notion de reproduction massive d’une même image ou d’un article de consommation courante dans ses œuvres. Par sa pratique artistique, l’homme qui se plaisait à dire que : « Gagner de l’argent est un art, et faire de bonnes affaires est le plus grand des arts »,  ne faisait-il  que relever, en bon interprète de la réalité, les travers symptomatiques d’une société tournée vers le productivisme et la consommation de masse ?

Il est certain que cette pratique de reproduction à l’identique a trouvé depuis longtemps son extension, du cinéma à la littérature, dans toute la sphère de l’industrie culturelle. Comme le précisait le philosophe marxien Theodor Adorno :

L’art populaire n’est en rien issu d’un jaillissement des masses mais plutôt le résultat d’une confection d’une série de produits étudiés pour la consommation de masse et qui vise à déterminer cette dernière ».

Adorno entendait prévenir sur la fonction « en apparence » inoffensive de l’industrie culturelle. Il semble évident que le dirigisme des habitudes collectives en terme de consommation a pu s’insinuer dans les esprits en ramenant non seulement l’art à un produit industriel au même titre que les conserves de soupe reproduites ad libitum par Warhol, mais aussi en utilisant l’art comme support idéologique. La fonction supérieure de l’art visant à amener l’individu, via un plan imaginaire, vers une autonomie critique et une indépendance d’esprit s’est transformée en vecteur d’exhortation à la conformité.

Standardisation et rationalisation sont les maîtres mots du système capitaliste. Ainsi, comme le précise le penseur Theodor Adorno dans son ouvrage écrit avec Max Horkheimer,  La dialectique de la raison  :

Le monde entier est contraint de passer dans le filtre de l’industrie culturelle. La vieille expérience du spectateur de cinéma qui retrouve la rue comme prolongement du spectacle qu’il vient de quitter est devenue un critère pour la production. Plus elle réussit par ses techniques à donner une reproduction ressemblante des objets de la réalité, plus il est facile de faire croire que le monde extérieur est le simple prolongement de celui que l’on découvre dans le film ».

Pour mieux atteindre cet objectif, certains producteurs de films américains posaient comme impératif que leurs films soient du niveau intellectuel d’un enfant de onze ans… Ce faisant, comme le soulignait Adorno, l’idée sous-jacente consistait « à faire de l’adulte un enfant de onze ans »…

La star au service du capitalisme

Toute subsistance ou maintien d’un système passe par la cooptation d’une « avant-garde, chien de garde ». Qui mieux que l’artiste lui-même peut faire les éloges d’un bien culturel et participer à la falsification par la promotion d’un produit standardisé pour en donner l’apparence d’un produit individuel et unique ? Andy Warhol incarnait à la perfection cette logique amalgamant le business et les arts. Il s’employait à commercialiser sa propre personne comme sa propre créativité.
Comme toute « Pop Star » actuelle…
Ses affaires auraient-elles été aussi juteuses sans la stylisation poussée à l’extrême de son propre personnage ? On peut considérer Warhol et ses nombreux enfants spirituels de la « business artist school » comme les grands pourvoyeurs d’un art vidé de sa profondeur et de son aura. Un art où il n’est plus exclusivement question de technicité et de maîtrise mais plutôt un art d’attitude, de posture et de consommation.
Au delà du nivellement vers le bas de toutes productions culturelles, par l’effet de la concentration des arts comme on concentre les marchés ou par la liquidation de l’art « supérieur » dissout dans l’art « inférieur », ce sont bien les individus qui finissent par être contaminés par une logique régressive. Ils ne sont plus sujets mais objets aux ordres d’icônes stipendiées dans un univers où l’œuvre artistique est de plus en plus réduite au rang d’une marchandise commune …

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1 Commentaire

  • Maharaja dit :

    Il me semble que Andy Warhol ne s’est jamais mêlé de politique. On aime ou pas son travail mais son discours est très intéressant. Voir simplement : Plutôt que de vendre des oeuvres à des prix dont la plupart des gens ne peuvent se payer, Andy Warhol vend des « petits pains » à des prix abordables pour tous. Bien sûr, cet artiste est devenu assez rapidement populaire et donc le prix des oeuvres s’est envolé par la suite. Ne pas négliger le fait aussi que sur le marché de l’art, il y a beaucoup de copies de tableaux, copies qui ont été réalisées même pas certains de ses amis. Andy Warhol semble s’être amusé de cela. De son vivant il n’a jamais rien dit à ce propos. Ce n’est que vers la fin de sa vie qu’il a expliqué qu’il avait laissé une trace afin de pouvoir lui-même reconnaître les oeuvres originales des fausses.

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