Laissons courir les rhinocéros !

Laissons courir les rhinocéros !

le 01 juillet, 2015 dans Asservissement moderne par

Toute personne établie en société est irrémédiablement corrompue à la conformité du groupe.

C’est ce que souligne la célèbre pièce de Ionesco : Rhinocéros. Une fable dans laquelle une épidémie de « rhinocérite » transforme tous les habitants d’une ville en rhinocéros. Certains ont vu en particulier une dénonciation de l’attitude des Français aux premières heures de l’Occupation. J’y perçois plus globalement une variation audacieuse sur le thème de la servitude volontaire et sur la possibilité d’y résister. En effet, à la fin de la pièce, il ne reste qu’un seul homme, Bérenger, jusqu’alors plutôt oisif, pour s’opposer à cette corruption grégaire
Mais pour combien de temps ?
Car je ne doute pas que rideau tiré, blasé de sa rebelle solitude, Bérenger a fini par capituler.

La contagion pachydermique est donc inévitable pour qui vit dans notre zoo d’hyperconsommation, et se donner des coups de cornes pour s’affranchir de cette cage existentielle semble une option à examiner, ne serait-ce que quelques lignes.

C’est la proposition de Palahniuk dans son roman  Fight Club  reprise magistralement par Fincher dans son film éponyme. Voilà aujourd’hui des sans-grades, otages de leurs boulots, obsédés par leur compte en banque, prêts à servir à tout, du moment qu’ils puissent « acheter des merdes qui ne servent à rien ».

Les voilà donc, vulgaires statistiques, préfabriqués, possédés, oubliés de l’histoire, sans but si ce n’est celui de courir après des voitures et des fringues et qui, pour s’émanciper du formatage médiatique et reconquérir une liberté inaccessible par la consommation, se livrent en coulisse à des combats  sanglants pour anéantir ainsi leurs réflexes serviles, leurs automatismes de pantins.

Ainsi libérés, ils organisent l’explosion d’importantes sociétés financières…et nous nous divertissons de ces feux d’anarchie devant notre écran « Sony », sur notre canapé « Ikea », « Pepsi » en main…

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2 Commentaries

  • Douglas dit :

    Le nez crochu

    Le nez s’avance insolent
    Dans le monde. La narine se gonfle –
    C’est pourquoi, rhinocéros sans corne,
    Hautain bonhomme, tu tombes toujours en avant !
    Et réunies toujours, on rencontre ces deux choses :
    La fierté droite et le nez crochu.

  • richferr dit :

    belle analyse, mais petite confusion sur Eponyme utilisé dans le texte a l’anglaise où l’adjectif eponymous peut qualifier indifféremment la personne qui donne son nom ou la chose qui le reçoit, quand le français fait la distinction entre éponyme et homonyme (du grec homos, « même »). Dans le doute, mieux vaut privilégier la simplicité et se contenter de préciser « du même nom », « qui donne son nom » ou « qui tire son nom » (selon le contexte).
    Fight Club éponyme du roman de Palahniuk et du film de Fincher .

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