La révolution ne sera pas colorée

La révolution ne sera pas colorée

le 13 mars, 2014 dans Inter-national par

Ah la révolution… Pendant qu’à Diktacratie.com on la griffonne en noir sur blanc, d’autres la réalisent en couleur ! Et, c’est d’ailleurs plutôt déroutant de voir qu’en terre slave, un vent de liberté déboulonne, les uns après les autres, des régimes pour le moins corrompus. À croire que nous autres dissidents n’avons pas la volonté d’incarner nos idéaux ; qu’on n’est qu’une bande de beaux parleurs ! Ou bien, serait-ce parce que nos velléités révolutionnaires ne sont pas financées en sous main par les Etat-Unis ?

Bon, ok, trêve d’ironie. On a compris depuis longtemps que nos valeurs égalitaires, c’est pas son truc à l’Oncle Sam. Lui, son crédo, c’est plutôt d’exporter ses standards économiques pour étendre son hégémonie politique. Et, si t’es pas d’accord, t’as intérêt à avoir de solides arguments, pas juste rhétoriques… Regarde ce que sont devenus ces grandes gueules de Saddam, Kadhafi et Chavez !

Donc, depuis dix ans, en plus d’avoir envahis l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie, les ricains et leurs vassaux de l’Union Européenne ont fomenté plusieurs révolutions, dites colorées, en Géorgie, au Kirghizstan et en Ukraine, des pays historiquement rattachés à la Russie.

La technique était rodée et foutrement efficace :

Dans un premier temps, ils offraient de généreuses bourses universitaires à d’ambitieux étudiants du pays ciblés. Le but étant que ces jeunes viennent parfaire leur vision du monde libre dans les prestigieuses écoles américaines, pour qu’une fois de retour à la maison (avec un job en or dans une ONG locale directement financée par tonton), ils endoctrinent tout en douceur leurs petits camarades déjà gavés de propagande sauce barbecue…
Parallèlement, des fondations philanthropiques, comme celle de Soros, injectaient des millions de dollars dans la presse « indépendante » ainsi que dans des mouvements d’activistes dont la plupart des leaders furent évidemment formés par la CIA.
Puis, au moment opportun, restait plus qu’à agiter la jeunesse estudiantine, au rythme des médias influents, pour déclencher un grand mouvement de contestation s’appuyant sur des revendications, somme toutes légitimes, mais ne débouchant au final que sur une seule alternative : la mise en place de l’opposition ultra-libéral favorable à l’OTAN.

L’objectif ? Cantonner l’influence de l’ours russe aux limites de sa tanière, en maîtrisant au passage les immenses besoins énergétiques des chinois pour contrôler leur fulgurante expansion. En gros, la clé pour que les ricains maintiennent leur domination sur l’échiquier mondial est d’empêcher coûte que coûte l’avénement d’une alliance eurasiatique.

Mais en 2010, la stratégie de l’aigle impérial prit du plomb dans l’aile, quand les oligarques colorés d’Ukraine furent bottés à coup de scrutins hors de la gouvernance du pays.
Cette fois-ci, l’élection de Viktor Ianoukovitch ne souffrait d’aucune contestation possible, si bien que même les observateurs de l’OSCE saluèrent la transparence du processus.

Dès lors, la bataille pour l’Ukraine allait s’incarner à travers deux dossiers majeurs :
D’un côté, un projet d’Union douanière avec l’historique frère russe, offrant en prime une aide de 15 milliards de dollars et de substantielles faveurs gazières.
De l’autre, un Accord d’association avec l’Union Européenne, proposant pour sa part une aide de 800 millions d’euros, sous conditions de mesures d’austérités drastiques à la sauce grecque…

À priori, le choix était aisé pour le nouveau président proche du Kremlin, même si les conséquences d’un refus du Pacs avec l’UE restaient à craindre…

Ianoukovitch prit donc son temps, et finit par trancher en novembre dernier, enterrant la proposition européenne et sa carrière politique par la même occasion. Car, aussitôt la décision officielle, l’Oncle Sam et ses sbires ressortirent leur marmite à révolution, ajoutant à la recette originale une grande louche de chaos.

Les occidentaux pactisent avec des « néo-nazis »

En effet, cette fois-ci, pour faire bouillir le chaudron ukrainien, en plus d’attiser les antagonismes de l’Est et de l’Ouest du pays, nos démocrates d’occident pactisèrent avec des groupuscules « néo-nazis », et autres partis fascisants, profondément anti-russes. Ces crânes rasées nostalgiques, aussi idiots qu’utiles, prirent alors les commandes de la déstabilisation dans les rues de Kiev, transformant la place Maïdan, épicentre de la contestation, en un théâtre de guerre urbaine ahurissant. Les pavés lancés sur les forces de l’ordre se muèrent très vite en cocktail Molotov, puis carrément en balles réelles… On parle même de snipers embusqués tirant sur la police autant que sur des manifestants lambdas ! De sinistres procédés rappelant ceux utilisés lors des tentatives de coup d’État au Venezuela et en Syrie…
Et, pendant que l’inénarrable BHL et son ami John McCain exaltaient à la tribune le devoir du peuple ukrainien à croire au rêve européen, l’escalade des violences acculait le pouvoir dans une répression musclée somme toute de circonstance. Les chancelleries occidentales et leurs médias pouvaient dès lors condamner unanimement, du haut de leur bienveillante morale, les indignes méthodes dictatoriales pratiquées envers ces « pacifistes combattants de la liberté ».
Ne restait plus qu’à achever ce coup d’État camouflé en révolution. Les milices de Svoboda s’en chargèrent, en assiégeant le parlement de la Rada ainsi que d’autres bâtiments gouvernementaux.

Certes le pivot Ukrainien a basculé du côté atlantiste à grand coup de forceps, mais pour combien de temps ? Encore faudra-t-il que le gouvernement de transition auto-proclamé acquiert une légitimité aux élections anticipées de mai prochain. Et rien n’est moins sûr… Surtout que la clique de Ioulia Timochenko entreprend déjà des mesures antisociales, et livre le pays en proie au vautours du FMI.
Quant à la Russie, la véritable cible de cette stratégie impériale, elle a depuis renforcée ses positions, balayant d’un revers de main les menaces de sanctions économiques, et d’un autre les intimidations diplomatiques. Le chantage américain n’impressionne pas le Kremlin, sûr de sa valeur, d’autant plus que sa politique étrangère raisonnable, basée sur le respect des états souverains à disposer d’eux-mêmes, lui offre de nombreux alliés de taille ayant tout intérêt à se fédérer autour de sa vision multipolaire - à l’opposée de celle unilatérale de l’empire américain.

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2 Commentaries

  • Pinard dit :

    Sous prétexte d’anti-américanisme, il ne faudrait pas non plus verser dans une sorte de russolâtrie aveugle.

    Le soulèvement du peuple ukrainien était sincère et légitime. Le pays est miné par la corruption à tous les étages de la société. Depuis la Révolution orange, les choses ne se sont pas arrangées. Tous les gouvernements qui se sont succédés ont été éclaboussés par des affaires de corruption. Alors que les Ukrainiens ne voient pas leur niveau de vie s’améliorer. Le salaire mensuel moyen ne dépasse pas les 300 euros.

    L’Ukraine n’a jamais vraiment réussi à s’émanciper de son voisin russe. Elle est restée un pays vassal. Les intérêts russes passent avant ceux de l’Ukraine. D’ailleurs, bien qu’il ait été élu démocratiquement, Ianoukovytch n’est qu’un pantin de Moscou. Il doit sa victoire surtout au plébiscite de la partie russophone.

    Le pays est divisé en deux entités : l’ouest est tourné vers le bloc européen et l’est vers le bloc russe. Les anciens clivages de la Guerre froide semblent perdurer encore aujourd’hui. Les résidents russes sont restés nostalgiques de l’ère soviétique. Ils ont vécu le déboulonnement de la statue de Lénine sur la place Maïdan comme un affront. Alors que ceux qui se considèrent de souche ukrainienne rejettent viscéralement la domination passée de l’URSS qui a causé des millions de morts ukrainiens par l’organisation d’une grande famine intentionnelle qu’ils appellent l’Holodomor. Staline a aussi déporté massivement les paysans ukrainiens pour les substituer par des populations russophones. Il y a donc une volonté de s’affranchir de la Russie chez certains Ukrainiens.

    Les révolutionnaires qui ont occupé la place Maïdan, que vous qualifiez hâtivement de « néo-nazies », sont avant tout des nationalistes. Ils défendent la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Ils ne veulent pas plus d’une Ukraine assujettie à l’Union européenne qu’à la Fédération de Russie. Je crois qu’on ne peut pas douter de la sincérité de leur combat. Quand un système politique est asservie et corrompu à une puissance étrangère, le peuple a le droit de se révolter pour le renverser.

    Les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ont bien sûr immédiatement sauté sur l’occasion. Ils ont tout fait pour récupérer cette révolution qu’ils ont présenté au monde comme une volonté spontanée et populaire d’adhérer à l’Union européenne, alors que celle-ci ne fait plus rêver personne depuis longtemps. BHL est même venu sur la place Maïdan faire son cirque. Mais ce n’est pas à cause de cette tentative de récupération que le mouvement révolutionnaire à l’origine doit être déconsidéré.

    Hollande aussi a été élu démocratiquement, tout comme son successeur Sarkozy. Sont-ils pour autant légitimes ? Le peuple doit-il accepter sans broncher ? Est-ce que les institutions démocratiques actuelles sont satisfaisantes ? La souveraineté du peuple est-elle respectée ? Comment faire en sorte pour faire changer les choses ? Les Ukrainiens, eux, ils ont pris leur destin en main, bien que le résultat ne sera pas forcément celui qu’ils attendaient. Mais attendre pendant que le mal se passe n’est pas plus acceptable.

  • Pinard dit :

    En complément, voici le dernier communiqué du mouvement nationaliste ukrainien Secteur droit que vous dénoncez comme étant néo-nazi :

    « Nous, les nationalistes ukrainiens du Maidan, ne voulons, ni faire partie de l’Union européenne, ni de l’OTAN, ni être contrôle par le FMI et la Banque mondiale. Nous ne voulons pas non plus de cette mascarade de démocratie qu’essayent de nous vendre les sociaux-démocrates atlantistes et capitalistes de vos « démocraties modernes ».

    En cela la Russie de Poutine nous rend plutôt service et est un allié objectif. La « crise » en Crimée nous arrange plutôt… Soyons clairs ! Poutine n’a pas, ni jamais eu l’intention d’envahir l’Ukraine. Il montre ses muscles à l’Occident et sauve la face pour sa politique intérieure en Russie. Il obtiendra pour nous de « l’Occident » ce qu’ils nous auraient refusés. Pas touche à l’Ukraine ! Merci à lui et aux Russes ! C’est exactement ce que nous voulions. Quant à la Crimée les choses se régleront avec le temps, diplomatiquement. Une large autonomie, la présence de bases navales et de troupes russes garanties par le nouveau gouvernement ukrainien etc. Tout cela n’est qu’un prétexte ! Un point de fixation.

    En attendant, cela maintient l’instabilité à Kiev et dans le reste du pays et exacerbe le sentiment nationaliste en Ukraine. Cela va nous permettre de gagner du temps. Et du temps nous en avons vraiment besoin : pour recruter de nouveaux militants, les entraîner, pour nous équiper, nous organiser, nous préparer à notre vrai combat. Celui du front intérieur : peser aux prochaines élections nationales de mai en Ukraine. Un nouveau président et une nouvelle assemblée élue à la proportionnelle. Nous avons pris le pouvoir au prix d’une centaine de morts à Kiev et dans tout l’Ouest du Pays. Nous ne nous laisserons pas voler notre Révolution par des politiciens corrompus avides de pouvoir et notre pays par des intérêts étrangers soutenus par des banquiers apatrides sous couvert de libéralisme économique…

    Comprenez nous bien ! Nous ne combattons ni la Russie de Poutine, ni la minorité russophone en Ukraine, ni aucune de nos minorités. Notre ennemi est votre ennemi ! Le même… Un ennemi politique, impérialiste, internationaliste, sans nation, sans racines, mondialiste, capitaliste, voulant la mort des États-Nation, la ruine, l’exploitation de nos peuples et la fin de notre histoire.

    Aidez les nationalistes du « Maidan » ! Pour une IIIe Voie ! Et pour une Europe Libre, Sociale, Nationaliste et Chrétienne ! » Pravyi Sector/Secteur Droit

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