La révolte des dieux

La révolte des dieux

le 25 mai, 2013 dans Asservissement moderne, Provoquer le débat, Spartacus par

Sommes-nous capables de faire la révolution ? De changer les choses ? De cesser de servir ?
Sans doute le confort d’un moindre mal offre à la majorité d’entre nous la possibilité de survivre sans chercher à en bouleverser la donne. Qu’avons-nous d’ailleurs en commun avec tous ces esclaves d’avant ou d’après, qui souffraient d’être les maillons forts de l’économie impériale ?
Dépourvus de toute humanité, ils étaient utilisés sans restriction comme outils animés ou biens meubles par leurs maîtres. Pas besoin de lire Aristote ou Colbert pour saisir que leurs conditions, qu’ils aient été romains ou haïtiens, furent quand même autres que celles de nos petits exploités du travail. Presque inéluctable, pour ainsi dire, qu’un Spartacus ou qu’un Toussaint Louverture se destine à briser ses chaînes…

On comprend mieux aussi pourquoi à l’ère de la lutte des classes, la figure du libérateur ne soit plus incarnée mais… fantasmée. Il aura suffit de quelques effets de manche littéraires se déclinant en odyssée biblique ou en propagande marxiste, comme celles d’un Marcel Ollivier, d’un Arthur Koestler ou d’un Howard Fast, pour laisser la révolution germer en rêve dans les têtes de notre main d’œuvre et de nos salariés. Sans doute pour travestir une dimension spirituelle incomprise : une alchimie qui transcendait les esclaves à s’unir pour vivre libres…

Un des moteurs du mouvement rebelle guidé par Spartacus fut d’ordre foncièrement religieux : il serait ainsi plus juste d’imaginer le Thrace sacrifiant aux dieux et attendant les verdicts de prophètes plutôt que de le présenter haranguant son peuple avec des discours révolutionnaires. Aussi, une des rares femmes présentes parmi les rebelles est la compagne de notre héros, une prophétesse dionysiaque
Plutarque précise encore, que pendant son sommeil un serpent s’entortillait autour de son visage. Symboles et mythes alimentaient ainsi le prestige et l’autorité du libérateur. De même Toussaint Louverture entrevit son destin lors d’une cérémonie vaudou orchestrée par Dutty Boukman, où le sang d’un cochon noir sacrifié fut offert aux esclaves révoltés pour les rendre invulnérables.

Ces divinations, aussi fabuleuses fussent-elles, créèrent un lien décisif entre les hommes. Un lien, dont le ciment nous semble aujourd’hui oublié. Une cohésion qui se niche dans une foi en la liberté conjuguée par une force mystique loin de tout discours désincarné.
D’ailleurs quelle langue utilisaient Gaulois, Germains, Thraces et Syriens pour communiquer entre eux si ce n’est un latin rudimentaire. Cela a-t-il pu suffire pour unifier le combat contre la servitude ? Ou y avait-il autre chose ?

Du polythéisme révolutionnaire

Rappelons que l’ensemble des esclaves accompagnant Spartacus étaient polythéistes et que leurs divinités, malgré leurs franches différences, n’exigeaient aucune exclusivité. C’est sans doute la nature de cette foi, cette quintessence de la communion qui nous fait défaut.

La faute à nos religions monothéistes puis matérialistes ayant altéré notre désir de liberté en guerre d’intolérance puis en lutte des classes, pour répondre aux intérêts toujours plus hégémoniques des grandes puissances. Combien de massacres dans notre histoire au nom d’un Dieu exclusif et jaloux ? Combien de sacrifiés au nom d’une dialectique idéologique travestie ?

Il y a définitivement un élan irrésistible qui s’est évaporé avec la disparition de tous ces vaincus, de tous ces insoumis : une force collective qui invite irrémédiablement à la lutte pour conquérir la liberté, quitte à mourir. Reste que l’essence de cette aspiration semblerait être celle qui pourrait animer toute véritable démocratie pour qu’elle puisse fonctionner comme elle le prétend : par tous et dans l’intérêt de tous !

Mais à contrario, nos démocraties sont, de fait, confisquées par une poignée de voleurs de pouvoir à la solde de financiers, qui de concert trafiquent notre foi dans une aliénation consumériste oscillant entre divertissement pluriel et confort à crédit. Ils conjurent de la sorte toutes velléités insoumises et violemment libertaires.

Alors on pourra toujours s’associer entre dissidents éclairés et insolents, mais tant que l’essence de la révolte se limitera à quelques brillants discours isolés ou symboliques, elle ne soulagera que nos consciences névrosées et nos vertus égocentrées. Et même si l’étincelle se produit, même si un homme s’empare du flambeau et nous résout à nous unir pour agir en vue d’un monde meilleur, aussi grand ou fort puisse-t-il être, il sera au final vaincu par l’inéluctable puissance des maîtres du monde singeant inlassablement le meilleur pour continuer à jouir du pire.

9 Commentaries

  • Saga Gemini dit :

    Keep calm and sacrifice to Zeus. \o/

  • Zeb dit :

    « même si un homme s’empare du flambeau et nous résout à nous unir pour agir  »

  • mehdi dit :

    Si j’ai bien compris, quoi qu’ont fasse c’est perdu d’avance ? Merci pour l’espoir…

    • T’as bien tout compris Mehdi ! Plus je travaille sur le site, plus je réfléchis, plus j’écoute et regarde autour de moi, plus j’en deviens pessimiste. Mais je continue à chercher… loin des illusions et des idéaux qui semblent galvaniser malgré tout encore beaucoup d’entre nous…

      La mort de Chavez a détruit mes derniers espoirs !

      « L’espoir est une vertu d’esclave » écrivait d’ailleurs Cioran. J’aurais pu l’utiliser comme titre de l’article.

  • mehdi dit :

    Cédric…merci pour la réponse, vous êtes pour un mouvement prolétaire, mais d’après certains articles, j’ai pu remarqué que vous avez une équipe très cultivé, vous devez probablement connaître le terme atomisation des masses…l’histoire nous à appris comment ils amènent les peuples à se battre entre eux, vous devez être conscient de la géopolitique…les tensions hégémonique et la fin du cycle économique nous allons vers une multitude de conflits, les islamistes ont leur rôle à joué, les jeux sont faits pour les maîtres de la caverne.

    • Beaucoup de choses dans ce que tu écris qui semblent singulièrement intéressantes…Si ça t’intéresse tu pourrais écrire un article pour nous sur ce sujet, nous sommes en quête de plumes, alors ne te prive pas !

  • mehdi dit :

    Cédric…merci, seulement écrire n’est pas évident pour moi, mais je me suis beaucoup exprimé et je me suis rendu compte, que j’aurai beau à le dire…la majorité refusent de l’entendre, j’accepte d’une certaine manière les réalités, je me suis fait a cette idée. Croire en rien permet de tout entendre, l’espoir (refuge) ce doit d’être banni, rien n’est vrai tout est illusion.

    Bonne continuation à vous.

  • Lucas Trady dit :

    Je suis aussi mon opinion , c’est fichu d’avance . Hélas …

  • Vlad dit :

    Mais la révolte de Spartacus n’a servi à rien.

    En revanche, l’esclavage a été vaincu par le christianisme : non en révoltant les esclaves, mais en convertissant peu à peu leurs maîtres.

    http://www.blason-armoiries.org/institutions/a/affranchissement.htm

    Vous voulez retrouver l’espérance ? Eh bien lisez, par exemple :

    – une vie détaillée de saint Vincent de Paul,
    -le sermon de Bossuet sur l’éminente dignité des pauvres,
    – la vie de saint Pierre Claver (qui voulut se faire l’esclave des esclaves) ou de sainte Jeanne Lugan, ou… il y en a des milliers comme ça ! Pourquoi chercher ailleurs ???

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