La Qulture, avec un grand Q!

La Qulture, avec un grand Q!

le 10 février, 2015 dans illusion artistique et sportive par

Démocratiser la culture c’est, selon André Malraux, «Rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France». Un noble dessein qui légitimera la création du ministère de la culture en 1959.

Mais que cache cette vertueuse velléité ? N’est-elle pas devenue un prétexte vide de sens ? Une formule magique utilisée par nos politiques pour légitimer leur mainmise sur la culture, leur ingérence ? Comment alors être critique sur la nature des objets diffusés, puisqu’ils portent le sacro-saint label de «démocratisation culturelle» ?

Revenons au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. L’art devait constituer le volet esthétique du libéralisme et asseoir la domination des vainqueurs ; contaminant ainsi la création contemporaine. Les raccourcis sont vite trouvés: tout art qui aurait une utilité, même sociale, serait soupçonné de propagande d’Etat à l’instar du communisme ou du nazisme.

«Devient alors démocratique, ce qui est strictement de la liberté d’expression, jamais référé à un enjeu réel. Sinon c’est de l’art totalitaire, politique, instrumenté.» dixit Franck Lepage, militant pour l’éducation populaire au sein de la SCOP (société coopérative et participative) Le Pavé.

Prenons l’artiste anglais Damien Hirst par exemple et son veau plongé dans le formol. Quelle réalité reflète cette oeuvre pour le non-initié ?

Sauriez-vous deviner le discours qui se cache derrière le veau ?

L’impérialisme qu’il soit d’hier ou d’aujourd’hui, se doit de couper court à tout vecteur de réelle contestation. En privilégiant la mise en scène de la liberté d’expression, l’art contemporain dépolitisera notre vision de la société, car il n’incarne plus de réalité sociale. La part belle sera alors faîte à la création la plus singulière de quelques privilégiés, qui satisferont leurs narcissismes petit-bourgeois comme à l’Ecole des Beaux-Arts. L’Art pour l’Art sur toutes les cimaises !

Car démocratiser l’art est un paradoxe en soi : une telle entreprise ne permet-elle pas de favoriser une oligarchie d’esthètes ? Les acteurs culturels s’acharneront alors dans l’assimilation d’une culture d’élite à un peuple, à qui on ne donne ni les outils critiques, ni les clés de compréhension. C’est sur cette incohérence que fut crée le ministère de la culture, André Malraux à sa tête.

Ce dernier aimait à dire qu’il était «entré en art comme on entre en religion». Il entreprendra alors de répandre la «bonne parole» par la seule politique du béton, en multipliant les points d’accès; en témoigne la création des Maisons de la culture en 1961. Ces temples de la religion artistique sont ainsi érigés en chapelles de la révélation. Selon le ministre, la rencontre seule avec une œuvre produirait immédiatement un choc esthétique et révélerait au regardeur toutes les secrètes vertus de l’objet. Aucune pédagogie n’est envisagée à ce moment là. Les déterminismes sociaux et culturels sont ainsi éludés. Voici ce que l’on nomme démocratisation culturelle.

Quid de l’éducation populaire ? Comme disait Christiane Faure, instigatrice du projet avorté d’une direction de l’éducation populaire : « Ah ça monsieur, ils n’en ont pas voulu… »

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5 Commentaries

  • Alexandre dit :

    Article très pertinent! « Se frotter » à l’art nécessite un investissement personnel, une recherche, une volonté d’apprendre et de comprendre ce langage parfoins hermétique.
    « L’art c’est comme le chinois, ça s’apprend. » Picasso

  • Tao Plouk dit :

    C’est beau d’avoir du vécu et des idées et d’en faire partager les autres.

    Critiquer, synthétiser, interpeller à partir du travail des autres, c’est bien aussi.

    Alors autant commencer ou finir l’article en mettant en exergue le travail de Franck Lepage sur la question, plutôt que de le glisser au milieu comme une référence comme une autre.

    Cet article est une fiche de lecture de cette vidéo:

    Vous êtes de bons élèves, pas très reconnaissants envers vos professeurs, vous en faites même des articles…

    Risibles.

  • Kelly dit :

    Je ne vois pas ce qu’il y a de risible dans le fait d’étudier la pensée d’un auteur, de la digérer et de la retranscrire pour la partager…
    Nous nous construisons de l’influence des autres, aucune pensée n’émane ex-nihilo.
    De plus ce texte n’est pas seulement constitué des conclusions de Franck Lepage, mais il est aussi issu d’éléments tirés de mon parcours étudiant.
    Mais merci d’avoir rajouté la vidéo, elle est un excellent complément à cet article ou fiche de lecture si tu préfères. Mais là encore je ne vois pas en quoi une fiche de lecture est une infamie.

  • queteur dit :

    L’art … je comprends par là que c’est une activité qui reflète un état d’esprit, une vue, des émotions, un vécu, une expérince de l’articste qui immortalise par le biais d’une oeuvre tout cela …

    Maintenant, codifier ce genre d’activité c’est la mettre dans un espace limité et lui enlever sa principale caractériostique : la spontanéité. Parceque dès qu’il se met à réfélchir au lieu de dépeindre ce qu’il ressent, l’artiste commence à devenir démagogue et là hop ! plus question de parler de création mais plutot d’orientation !

    Enfin, cela reste un sujet vaste et donner ses impressions à la va vite comme ça n’est aucunément bénéfique …
    Mais merci pour l’auteur de l’article pour cette « fiche de lecture » … non franchement .. j’ai jamais compris pouquoi on avait cette manie de vouloir à tout prix critiquer même ce qui n’a pas besoin de l’être …

  • queteur dit :

    Je faisais référence dans mon précédent commentaire à Tao Plouk qui au lieu de nous faire bénéficier de ses remarques « judicieuses » se met à taper sur l’auteur de l’article …

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