La nuit des porcs-vivants

La nuit des porcs-vivants

le 21 juin, 2015 dans Lecture du dimanche par

Il ne suffit pas que l’irrésistible processus festivisateur engagé depuis plus d’une dizaine d’années impose son empire sans cesse élargi sur l’humanité ; il faut aussi et surtout que cet empire lie toujours plus étroitement les conditions de son expansion à la répression et à la criminalisation de ce qui pourrait encore manifester vis-à-vis de lui la moindre réticence. Et cette pure expression de l’instinct de vengeance ou de ressentiment s’enveloppe, pour ne jamais apparaître comme telle, de flatteurs prétextes et de justifications inattaquables qui se résument généralement dans le stéréotype de « l’amélioration de la lutte contre les discriminations ». Mais cette poudre aux yeux altruiste ne fait que masquer le désir haineux de réduire au silence tout ce qui pourrait encore s’exprimer, sous la forme d’une critique, et dans quelque domaine que ce soit.

C’est ainsi que les grandes manifestations festives dont la multiplication hallucinante a même fini par mettre la puce à l’oreille aux plus serviles observateurs (mais quand ils remarquent cette multiplication, c’est pour l’approuver), sont les instruments capitaux d’une entreprise de destruction de la liberté individuelle comme on en avait encore jamais vu. Et ce sont bien entendu ceux qui pourraient s’en étonner que l’on qualifie de délinquants. L’extraordinaire écrabouillis sonore que l’on appelle la Fête de la musique (alors que celle-ci ne signifie qu’une chose : que, pendant d’interminables, d’abominables heures, il sera absolument impossible, et même interdit, de vivre par soi-même) n’est que la matrice infernale autant qu’impunie, et toujours féconde, où se forment et d’où se propulsent toutes les abominations du même acabit. Et l’on ne saurait mettre en doute la bienfaisance de cette Nuit des porcs-vivants sans risquer du même coup de se voir exilé de la communauté.

Nul ne devrait être obligé, pourtant, d’accepter de subir ce qu’il n’a pas demandé. Et même ce devrait être un devoir de le refuser. Mais le viol, partout réprouvé (ô combien à juste titre), ne l’est plus le moins du monde dès qu’il s’agit de faire passer en force les prétendues « valeurs » de la modernité. Ainsi notre époque a-t-elle imaginé de prescrire d’innombrables Journées du Bruit Monstrueux, puis de désigner aussitôt comme ennemis de l’humanité ceux qui ne se pâmeraient pas sur-le-champ devant de tels excès. On avait pu, en d’autres temps, parler du viol des foules ; mais ce viol, désormais, paraît autogéré par les foules elles-mêmes, et contre les derniers individus qui seraient tentés d’y résister. Quant au délit de manipulation mentale, qui pourrait si bien s’appliquer à tous ces déploiements, il n’est inventé que pour réduire l’influence des plus dérisoires des sectes : celles que l’on n’appelle « sectes » que pour éviter de voir nommé de cette façon le gigantesque complot festif actuel contre la liberté. Les parlementaires, qui ne servent plus à rien ou presque, et les partis en décomposition, ne se sont pas bousculés par hasard, cette année, et avec une telle unanimité, pour applaudir sans réserve à la Gay Pride, dont il était difficile d’ignorer qu’elle déclarait ouverte les hostilités contre « l’homophobie », appelée sans doute par humour noir « fléau social », et désignait comme son but essentiel la mise sur le feu de quelques lois contre « l’incitation à la haine homophobe ». C’est que les partis et les parlementaires ont reconnu là ce qui est, pour eux aussi, leur ultime raison d’être : au nom du Bien (au nom de la défense des victimes et des minorités), créer du crime, donc de l’infraction, du délit et des lois. Et d’abord de la censure.

Au plaisir de la festivisation quotidienne, et derrière le prétexte de se lancer à l’assaut des villes, de se réapproprier l’espace urbain en soutenant des justes causes, tout en ne manquant pas de  rester subversifs, mais avec la bénédiction financière des élus adéquats, se joignent les délices d’une persécution de plus en plus désirée et légalement encouragée. Des ennemis rituels, des démons utiles (l’homophobe, le xénophobe, le raciste, le fasciste, le harceleur sexuel, le machiste injurieur, le leader néopopuliste, le dinosaure paternaliste, le fumeur enragé, le partisan de la chassse, le catholique ringard, le râleur musicophobe, le voisin grincheux, la voisine acariâtre) se retrouvent enchaînés derrière les chars fleuris et rugissant de la modernité qui avance. Ce sont eux que l’on agite comme des fantômes, et dont la menace dérisoire fait exister, a contrario, tout ce capharnaüm rituel de jongleurs, de saltimbanques, de plateaux artistiques, de milices d’intervention poétique et de danseurs sur échasses supposés incarner en même temps le monde victimaire et l’avenir éblouissant. Mais ils incarnent d’abord et avant tout les prochaines censures ; et celles-ci atteindront un degré de férocité sans commune mesure avec ce qui avait pu être connu jusqu’à présent.

Jamais les minorités victimisées ne s’étaient montrées capables de faire tant de bruit ; et d’être si bruyamment approuvées. Mais c’est peut-être qu’il ne s’agit plus à fait de victimes : car celles-ci, désormais, sont l’époque et ne sont plus que ça. Et c’est l’époque qui, à travers elles, se promet de châtier toute expression de réticence vis-à-vis d’elle-même.

Car cette époque est son propre chien de garde. Et, dans le chenil, il n’y a plus de maître. »

          Philippe Muray (Exorcismes Spirituels III)

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4 Commentaries

  • Sébastien dit :

    Toujours un plaisir de lire Murray.
    Il ne faut jamais rater une occasion de dénoncer, grâce aux innombrables évènements qui tendent le bâton pour se faire battre, les dérives cachées derrière le politiquement correct.
    Donc, ici la fumeuse « Fête du bruit » qu’on peut entre autres éléments, caractériser par:
    A- Une foule considérable, considérablement indifférente à toute intérêt pour la musique ou la culture (confirmé par les vendeurs de glaces, kebabs et ballons lumineux)
    B- Une « scène musicale Française » (copyright Ministère de l’Inculture) d’un niveau d’amateurisme et de créativité affligeant (à tous les niveaux).
    C- Une organisation indigente, un justificatif commercial et de contrôle social à peine caché, un automatisme et un suivisme revendiqué au nom de… la diversité et la liberté. Il faut comprendre la schizophrénie de notre époque sinon, on devient fou soi-même.
    D- L’absence quasi-totale de… scène française (cf. B) par le fait que 95% des représentations chantent en Globish, de la variété au métal, du « Vintage » (inévitables Beatles et Rolling Stones) à la techno (ah oui, c’est vrai, on a enlevé les voix la plupart du temps, sauf David Guetta ou Daft Punk). L’exception culturelle tient sur les épaules de: notre Jaunit « National » (rire) à lui tout seul, ou presque, le reste étant supporté, outre par nos oreilles, par la scène regroupant les Elmer Food Beat, Mano Negra, Mano Solo, Tryo, Louise Attaque etc. Vous voyez le genre, celui que l’on entend déjà à longueur de temps.
    E- Quoi qu’on en pense ou ressente (les goûts et les couleurs), rares sont ceux et celles qui s’aventurent (les inconscients!) à prendre le micro pour chanter du Brel (soyons fou), du France Gall, du Indochine (jamais entendu, même eux!) ou, allez, du Brassens ou du Daniel Guichard (oui, je sais, c’est de la démence, pardon!).
    Pourtant, notre fameux « patrimoine » (dixit ceux qui s’en réclame tout en le faisant disparaître sous les décombres) est, sans faire de chauvinisme, certainement un des plus riches et varié au monde, sans avoir besoin de se réclamer d’une World Music sponsorisé par la World Company.
    F- Un peu de rap (de moins en moins en fait) et de musique africaine par ci (99% de noirs, 1% de blanches obèses mal dans leur peau et en manque), un peu de musique Brésilienne par là (du collectif associatif de la MJC de trucmuche), un best-of Les Restau du Coeur (inscrit dans la liste des tortures et crimes de guerre par Amnesty International) par la chorale de la maison de retraite d’ Incontinence-les-Eaux.
    Quitte à être fou, rêvons d’un monde sans Fête de la Musique, ni Fête du Cinéma, ni Fête des Grands-Mères, ni fête des Pères et des Mères (certains y travaillent, mais pas pour les mêmes raisons), erzats artificiels de tout ce qu’i n’est plus. Mais chassez le naturel, il reviendra un jour au galop.

  • Dani dit :

    « le machiste injurieur » ? Que voulez vous dire par ceci ?
    De nos jours , il suffit de dire que l’on est un Homme pour être par la suite dénoncer de machiste , de misogyne et de je ne sais quoi d’autres.

    Il faut quand même arrêter avec vos stéréotypes.

    • Dani,il me semble que tu n’as pas compris le texte de Philippe Muray – en lecture du dimanche. Donc ce n’est pas NOS stéréotypes, mais ceux que dénonce justement cet écrivain ! Il écrit même à propos : « ennemi rituel » et « démon utile » !

  • Chiron dit :

    Bonjour !

    Insolite : http://www.lepoint.fr/insolite/etats-unis-contre-les-djihadistes-des-munitions-au-porc-24-06-2013-1685398_48.php

    Il est même prévu de greffé des organes de porcs sur les humains………

    …………….

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