La morale des tricheurs

La morale des tricheurs

le 26 janvier, 2013 dans Démocratie / sport, illusion artistique et sportive par

Suite aux aveux d’Armstrong – sur lesquels je reviendrai dans quelques jours -, la planète sportive s’est encore une fois lavé les mains sur le dos des cyclistes, ces sales tricheurs érythropoïétinés qui, à défaut de nous ennuyer dans leur course décérébrée nous impose une morale à faire pâlir les pires salopards que l’humanité ait portés.

Parce que, on ne le répétera jamais assez,  il y a quand même une putain d’éthique au sein de la communauté des athlètes ! Une éthique garante de belles valeurs que transmet et partage le spectacle du sport. Une éthique proposant le modèle de l’homme, qui par la philosophie du fair-play, accepte son sort, méritant ainsi la place que la compétition lui a attribuée. Une morale sportive donc, qui nous divertit tout autant qu’elle nous soumet son modèle de la domination moderne du droit des « plus forts » à vaincre les «plus faibles»

Bref, une morale des vainqueurs que se disputent à coup de millions les sponsors pour en revendiquer… sa vertu ! Ainsi, des milliardaires russes, marchands d’armes, ou des gros assureurs américains, directement responsables de notre crise, s’approprient les meilleurs clubs de foot britanniques, histoire de blanchir de manière ludique leurs sombres portefeuilles. Et que dire, ici en France, de la Sainte Germaine, première pute de France, qui a vendu son Paris aux financiers qataris dans l’espoir de boire enfin du champagne dans des coupes à la hauteur de l’éclat de notre capitale… Pour rappel, le Qatar est une théocratie rétrograde, une monarchie absolue, dans laquelle il n’y a pas de lois, pas de droits politiques, les femmes sont considérées inférieures aux hommes, les travailleurs immigrés sont exploités et sans droits !
Qui ça gêne ? Personne ! Et comme l’a si bien dit, lors de son engagement avec la Q.F.A. (Qatar Football Association) pour l’obtention de l’organisation de la Coupe du monde de foot 2022, l’ancien meneur de notre équipe nationale, accessoirement adepte du head fucking : «tant qu’on peut aider dans un projet bénéfique au futur du sport » !

La morale des vainqueurs, vous l’aurez compris, c’est celle dépourvue de toute…morale. C’est celle des banques, des grands groupes financiers, des rentiers, des grandes fortunes, des spéculateurs, et c’est celle qui définit aujourd’hui la liberté.

La liberté d’entreprendre comme bon nous semble, dès l’instant où l’on gagne !

Alors au nom de quel principe y aurait-il moins de dopage dans le foot, le rugby, le tennis, la natation ou l’athlétisme que dans le cyclisme ? Parce que l’art du vélo ne repose que sur l’endurance brute du coureur ? C’est vraiment mal connaître la course ! 
Je ne comprends pas ! Dans une rencontre de foot ou de tennis par exemple, l’absence de fatigue d’un joueur n’est elle pas une assurance majeure quant à l’issue de la confrontation ? Une course défensive au trois quart d’un match montrant la même qualité de résistance qu’en début, n’offre-t-elle pas une meilleure garantie de victoire ?

Et quand on sait qu’aujourd’hui le dopage est d’ordre essentiellement génétique et qu’il nécessite des sommes d’argent astronomiques pour être le plus performant et sain possible, pourquoi s’acharner à le rechercher avant tout chez mes amis cyclistes, sachant que leurs exhibitions rapportent peu du fait de leur gratuité sur les bords de route et de leurs mauvaises réputations dissuadant la grande majorité des sponsors ! Mais qu’importe, c’est toujours les mêmes qui trichent !

Souvenez-vous l’affaire Puerto en 2006. Sur 200 poches de sang trouvées dans le « labo » du docteur Fuentes, moins d’une centaine appartenaient aux coureurs. Ils ont tous trinqué : la Liberty Seguros de Saiz, Ullrich, Basso, jusqu’à récemment Valverde pour une histoire de petit chien… Les autres poches ? Barca, Real, Valence, Séville, des tennismen, des basketteurs, des marathoniens…Mais pour eux, pas de problème. Les Zidane – encore lui ? -, les Raul, les Beckham, les Nadal… y a trop de fric en jeu, pardi !

C’est ainsi que règne la loi du plus fort.

Voilà pourquoi nos nageurs aux mâchoires hormonées et aux fessiers hémorroïdaires, nos jeunes maîtres du sprint sur piste cendrée aux chronos dignes du meilleur Carl Lewis, ou nos tennismen lécheurs de coquines cocaïnées n’ont rien à craindre ! On comprend mieux ainsi pourquoi l’histoire du bifteck de Contador fut la seule à ne pas être crédible aux oreilles de notre presse collabo

En définitif, pour paraître probe, rien de plus simple : il suffit de désigner la part obscure de l’autre. En montrant du doigt les prétendus tricheurs, les soi-disants méchants, nous avons alors tous les droits pour les désapprouver et les sanctionner, et ce au nom de notre sacro-sainte vertu définie en miroir de leurs moindres vices

Le pire, c’est que cette stratégie façon poker menteur a vocation universelle. Sinon comment pourrions nous tolérer nos prétentions néocoloniales et impérialistes
A propos le Mali participe-t-il à la CAN ?

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