La morale des héros

La morale des héros

le 17 juin, 2015 dans Asservissement moderne par

Au début je pouvais pas me rendre compte, je n’étais qu’un enfant. Ici était le centre du monde, son essence, sa raison.

On a hérité des Lumières il paraît ! Moi, j’ai surtout connu celles de la télé. Quant à l’aube, à peine sorti du sommeil qui répare, je sautais de mon lit, tout excité, pour rejoindre les méandres du canapé en y trainant ma couette.

Le programme était tout fait, Club Dorothée, Bioman, les Chevaliers, tout y passait ! avec un gros bol de céréales nouvelle formule, ça va sans dire… C’était le bon temps des héros sans égal, sacrifiant tout pour leur moral, et triomphant toujours de l’empire du Mal !

Putain que c’était bien joué ! On ne demandait qu’à y croire… Il n’y avait que les plus cyniques pour ne pas tomber dans le panneau, et à cet âge là, j’en connaissais pas encore !

Pourtant, la vie me montrait bien que la morale avait bon dos. Que c’était d’abord chacun la sienne, pourvu qu’on ne passe pas pour le salaud. Mais, comme la bonne fortune pardonne tous les crimes, tout au sommet, c’est le vainqueur qui dicte la morale ! Autrement dit, ce sont les riches, les beaux et les puissants qu’on érige en modèle de réussite. Ceux qu’ont une grosse bagnole, un bon job qui rapporte, des costards sur mesure qui brillent à la télé, des gars qui déjeunent à Tokyo, dînent à New York et s’envoient en l’air à Paris.

Et les autres ? C’est nous, les grands perdants de l’histoire. On fait des boulots mal payés et souvent qu’on déteste, on subit des petits chefs aux accents tyranniques pour s’acheter des merdes qui ne servent à rien parce que c’est la mode. On nous dit qu’on a le choix, que la réussite n’est qu’une question de volonté, que de faire ne suffit pas, qu’essayer n’est pas assez… qu’il faut être compétitif et tout faire pour gagner !

Mais nous ne sommes rien que des loosers, des vauriens. Et en tant que tels, pourquoi revendiquerions-nous un quelconque pouvoir ? Nous en sommes trop indignes, tout à fait illégitimes.

Alors continuons d’admirer les maîtres de la diktacratie !

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6 Commentaries

  • Alex dit :

    Gagner, performer, se dépasser, être au top, compétitif, dans le coup, dans les starting blocks, se positionner, donner son maximum, être à 110 %, être pugnace, motivé : LANGAGE DU MANAGEMENT! Langage des négriers pourvoyeurs de stress… Heureusement il y a l’amitié, l’écriture, le soleil, la poésie, l’amour…!
    A bientôt Yohan

  • Rémi dit :

    Tout est dit et de surcroît, fort justement commenté par Alex surtout la fin à laquelle j’adhère entièrement; amitié, écriture, amour et je rajouterais partage.
    Ça fait du bien de savoir que l’on est pas seul à penser ça. Osant même croire que nous sommes même une majorité à n’attendre que ça dans nos vies respectives mais le formatage ayant fait son office depuis l’apparition de la télévision, seuls les plus à l’écoute de leur cœur en sont conscients.
    Frais cinquantenaire j’ai quitté ma boîte après 30 ans de bons et loyaux services pour mettre enfin ma vie en adéquation avec ce que je suis, un homme simple qui veut vivre simplement entourés d’êtres humains et non plus de consommateurs qui ont perdus toute notion d’humanité.
    Je suis un doux rêveur mais qu’est-ce j’aime ça.

  • Matt dit :

    C’est cette génération Y (qui démarre selon moi en 76) élevée dans la plus grande insouciance, qui arrive a maturité décisionnaire et qui sera probablement la clé de notre futur. Peut-être même, que c’est justement cette éducation, cette période un peu folle de totale liberté, qui nous permet aujourd’hui d’appréhender si particulièrement cette aliénation du monde, et qui pourrait se retrouver être finalement l’élément clé de notre émancipation et du changement.

  • Matt dit :

    Je pense au contraire que cette morale des héros et cette violence japonaise des dessins animés de l’époque, était plutôt saine en réalité, parce que souvent douloureusement réaliste mais toujours morale dans le bon sens du terme. Aujourd’hui tout est aseptisé, à cent lieux de la réalité, où la culture de l’argent et de la consommation sont déjà rois pour les plus petits. La propagande a ajuster ses méthodes au fil des années. Nous sommes peut-être la dernière génération subversive, celle d’où naîtra la révolte des nations.

    • Soussou dit :

      Tout à fait d’accord avec toi! Je pense que ces dessins animés étaient sains, qu’il y avait tout de même une morale : le bien vaincra le mal, ça mettait en avant la solidarité, l’amitié, l’amour au sens noble du terme, des notions qui ont disparues aujourd’hui semblerait-il! Et même constat que toi, au final, la génération 70-80 se fera entendre un moment ou l’autre!

  • marcoelkako dit :

    j’ai toujours penser que l’école devrait aller droit au but et nous former à etre de gros salopards, amorales, sans valeurs, sans empathies, ni solidarités, égocentriques,ect ect ect…
    nous aurions les vraies armes contre les élites et leurs descendances qui eux sont former à cette conception depuis des générations …

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