La grève : ni sauvage, ni inutile !

La grève : ni sauvage, ni inutile !

le 10 octobre, 2015 dans Provoquer le débat par

Tout au long de l’histoire, la grève a bien souvent constitué l’ultime recours à la portée des travailleurs pour appuyer leurs revendications et leurs droits. Une arme que certains jugent totalement inefficace ou improductive alors que le politique s’emploie à en réduire toujours plus la portée, notamment par l’imposition d’un « service minimum » dans les secteurs publics.

Les acquis sociaux, fruits de la mobilisation populaire

La question de l’efficacité des grèves peut se poser, elle est d’autant plus pertinente qu’aucune conquête majeure n’a été obtenue par cette voie depuis plus de vingt ans… L’appareil politique adopte ces dernières années un comportement d’autiste face à une contestation populaire parfois injustement canalisée par les syndicats. Une situation qui autorise certains commentateurs à comparer les instances syndicales à la figure du boxeur acculé dans le coin d’un ring en posture défensive.
Toutefois, si l’on remonte le cours de l’histoire sur une période plus longue on ne peut nier la portée des actions de masse. La grève de 1893 en Belgique marqua l’effondrement progressif du vote plural (droit de vote basé sur des critères de scolarisation et de statut social). Les mouvements ouvriers remporteront une autre victoire historique, en 1921, par le vote de la «  journée de huit heures  ».  En France, les actions de grèves répétées au cours de l’année 1936 aboutiront à l’obtention d’une avancée considérable  : les congés payés. D’autres actions au lendemain de la seconde guerre mondiale engendreront des droits nouveaux. Par la concertation Syndicats-Patrons, la sécurité sociale se verra améliorée et permettra au travailleur de maintenir un revenu décent en dépit du chômage, de la maladie ou de l’incapacité de travail
Ce sont ces mêmes droits que les tenants du pouvoir cherchent à supprimer un à un aujourd’hui…

Discrédit sur l’action syndicale

Une action fédératrice de blocage de l’appareil de production et de gel des profits, menée en bonne intelligence par des individus mobilisés et investis reste jusqu’à preuve du contraire le meilleur moyen de pression. Il va donc de l’intérêt pour les hommes de pouvoir de minorer et discréditer ces actions afin de maintenir le statu quo.
La disqualification se fait donc par une double lame de fond où l’on présente l’action syndicale comme caduque, aventurière d’un côté et criminelle de l’autre.
L’objectif est clair: orienter l’opinion publique, pousser la population à l’immobilisme…

Pour le droit de grève

Le droit de grève et le droit de manifester font parties des acquis obtenus de haute lutte.
Un vaste mouvement politique et oligarchique s’inscrit dans la «  criminalisation  » des mouvements sociaux quand ce ne sont pas les syndicalistes qui subissent directement des pressions (voir « Coca-Cola assassine des syndicalistes colombiens »).
Si demain nous ne voulons pas tout perdre,  il faut que les travailleurs et les citoyens se réapproprient d’urgence les saintes armes de la lutte sociale et syndicale.
Ces mots de Kropotkine doivent rappeler à tout un chacun l’importance de la mobilisation :

La moindre des lois protectrices du travail, si anodine qu’elle soit, ne peut être arrachée à un parlement que par l’agitation insurrectionnelle. »

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1 Commentaire

  • enebre dit :

    Bonjour,

    Merci, c’est une bonne chose de nous faire ce petit mémo, trop de jeunes ne savent même pas ce qu’il en a couté à nos anciens pour obtenir les avantages sociaux d’aujourd’hui.

    En complément je suggère de nous faire un petit billet expliquant les modus opérandi d’une gréve menée à bon terme et sans les syndicats, car ceux là ! On ne sait plus pour qui ils oeuvrent.

    La difficulté première serait de cibler le secteur pouvant se permettre ce genre de grève au finish, et l’abécédaire pour obtenir de leur part une action solidaire pour défendre par exemple: un secteur ne pouvant se permettre de gréver, car trop faible, fragilisé par des bas salaires, par une précarité d’emploi, par des licenciements abusifs, embauche d’illégaux ne respectant pas la communauté locale et les barèmes à salaires décents.

    Les dirigeants des Clubs opérants dans l’ombre ont bien compris comment on détricote un pull pour en récupérer toute la laine. Pour nos avantages sociaux c’est pareil, ça se fait en attaquant la dernière ligne, celle située tout en bas et dont personne se soucie, ligne par ligne et elles y passeront toutes car la valeur de la dernière ligne ne change pas, elle est toujours proche ou égale à zéro. Un jour par le détricotage, la dite « classe moyenne » d’aujourd’hui, sera demain… un jour elle aussi la dernière avec la valeur proche ou égale à zéro. Les classes précédentes auront déjà disparu dans l’indifférence, qui se soucie aujourd’hui des derniers.

    Il y a un mot important pour tout ça: Fédérer.

    La classe faible à encore la classe moyenne qui pourrait agir, lorsque la classe faible aura disparu c’est la classe moyenne qui sera en dernière ligne et là, ils ne devront certainement pas compter sur la classe aisée pour organiser des grèves en vue d’un rétablissement d’un réel état social.

    Un pour tous, tous pour un. Je rêve encore !

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