La dette

La dette

le 21 février, 2013 dans Dictature de l'économie par

Dans un monde où l’on préfère le confort à la liberté, il en devient presque naturel que l’argent soit le principal intérêt de nos dirigeants comme de nos concitoyens. Mais quand l’avoir décide de l’être cela ne peut que favoriser un état de guerre, où les plus nantis existeront au profit des plus démunis.

Les armes de cette guerre ne sont pas les canons et les fusils. L’arme est désormais moins franche, plus perverse et surtout plus efficace. A la hauteur des ambitions régaliennes de nos banquiers. En effet, vous l’aurez compris, cette arme c’est la monnaie, désormais dématérialisée et sous forme de dette.

Fin des années 60, début des années 70. L’économie française n’a cessé de s’ouvrir sur le monde. Une vraie politique de libéralisation des échanges se met en place. C’est l’ouverture du Marché commun : les capitaux étrangers envahissent notre territoire. Nos entreprises, pour affronter la concurrence internationale, doivent se regrouper et se spécialiser. Les banques motivent cette révolution libérale. Pourtant les Trente Glorieuses touchent à leur fin. La crise pétrolière de 1973, avec le doublement du prix du baril, va stopper l’enthousiasme économique exceptionnelle de l’après guerre.
C’est dans ce contexte que se produira l’invraisemblable.

La loi de 73

Tout commence le 3 janvier 1973 : la France subit alors un putsch juridique discret mais efficace par la loi dite « Pompidou-Giscard » ou « Rothschild ». Celle-ci oblige la République à emprunter sur les marchés contre taux d’intérêt.

Jusqu’à cette date, seul l’Etat pouvait exiger de la monnaie en fonction de ses besoins : pour financer les services publics (écoles, routes, hôpitaux, bibliothèques, ponts, ports…), fluidifier l’économie, et favoriser ainsi le bien-être des français. Autrement dit, maintenir le lien social en veillant à l’intérêt commun. Idéalement, sa mission politique consistait à organiser le meilleur partage des impôts prélevés. Mais l’opération s’avérait délicate, surtout en période électorale… Restait une deuxième option, plus pratique : celle de pouvoir s’approvisionner auprès de la Banque de France grâce à des avances faites au Trésor Public.

La création monétaire résultait donc d’un pouvoir appartenant exclusivement à l’Etat. C’est ce privilège qui prit fin ce 3 janvier 1973 avec la réforme des statuts de la Banque de France et en particulier son article 25 : « Le Trésor Public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France».

Notre Banque Nationale légua ainsi son rôle de service public aux banques privées.

Désormais notre souveraineté monétaire se définit par l’emprunt de notre argent à ces banques travaillant avant tout à faire du profit. Et dans le cadre d’une banque commerciale, puisque c’est de cela dont il s’agit, qui dit profit dit : intérêts de ses actionnaires. L’Etat emprunte donc l’argent dont il a besoin en payant un intérêt, ne correspondant à aucun service !

Rien de plus attentatoire à l’intérêt général. Et pourtant nous achetons notre monnaie aux banques depuis presque 40 ans.

Les intérêts perçus par les banques privées sur notre monnaie, qu’elles créent et prêtent, s’accumulent forcément de par leur nature ex-nihilo et s’additionnent aux remboursements en cours. L’intérêt ne peut ainsi que favoriser la floraison de la dette. Il ne reste plus qu’à emprunter de nouveau et, comme l’écrivent si clairement Holbecq et Derudder dans La dette publique, une affaire rentable : « la part d’argent créé servant l’économie réelle diminue par rapport à la part de l’intérêt ».

En définitif aujourd’hui toute la monnaie en circulation est créditée par les banques privées. Pour rappel: si l’Etat, les entreprises ou les ménages veulent de l’argent, ils s’enquièrent par un crédit auprès des banques commerciales : ils l’achètent en le débitant de leur compte courant. D’ailleurs n’appelle t’on pas « cartes de crédit » les cartes bancaires ?

Fini le temps où l’argent qui dormait à la banque était l’argent que l’on avait déposé. Fini aussi le temps où la monnaie avait son équivalent en métal noble ou précieux. L’argent s’est affranchi de la rareté. Il n’a désormais plus aucune valeur en soi mais seulement celle que nous lui accordons. La monnaie s’étalonne donc sur la confiance que nous lui estimons pour son utilisation.

L’argent n’existe ainsi qu’entre son emprunt et son remboursement. Que l’instant d’une dette.

Si aujourd’hui tout le monde remboursait ses dettes, il n’y aurait plus de monnaie ! En effet, ce n’est plus le dépôt qui détermine le crédit mais le crédit qui définit le dépôt ! La masse monétaire ne se mesure désormais que virtuellement : les banques prêtent vie à la monnaie par inscription dans les comptes bancaires dont les principaux instruments d’utilisation et de circulation sont les chèques et les cartes bancaires. C’est ce qu’on appelle la monnaie scripturale. Elle représente 93% de l’argent mondial. Le reste de la monnaie, ce que nous appelons le « liquide », l’argent sous forme de pièces et de billets, produite par les banques centrales, est appelée fiduciaire. Elle repose sur la confiance (fiducia en latin) en la valeur mentionnée sur la pièce ou le billet, valeur bien plus élevée que le papier et l’encre du billet ou que le poids de la pièce.

En bref, l’argent moderne existe par le biais du crédit. Autrement dit la masse monétaire équivaut à la dette. Aujourd’hui être riche ce n’est plus posséder des tonnes d’or en dépôt, c’est avoir la possibilité de s’endetter plus que les autres.

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2 Commentaries

  • Mathieu Rémi dit :

    Attention avec la loi de 1973, ce n’est pas elle qui empeche l’État à emprunter sans intérêts! Cela une petite année maintenant que Lior Chamla et Magali Pernin essaye de démontrer ce fait, et il l’ont fait! Voir ce post: http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012%2F12%2F28%2F293-loi-de-1973-les-aveux-de-rocard-et-deux-nouvelles-pistes-pour-comprendre-l-effet-veritable-de-la-loi#c13137
    Le plus interessant à lire et le débat qui s’en suit dans les commentaires. Même André Jacques Holbecq avoue son erreur malgré son livre qui porte sur le sujet!

    Mais ATTENTION, cela ne change QUASIMENT RIEN au débat: L’état se doit d’emprunter sans taux d’intérêts! Sauf que c’est le traité de Maastricht qui l’empeche totalement! La loi de 1973 a juste enlevé quelques moyens de financement sans intérêts…

    Je vous dit ceci non par cruelle envie de démonter le débat mais parce que c’est un argument facilement reprenable par nos détracteurs, et ils auraient raison…

    Mais la preuve que ce « détail » ne change pas grand chose au débat est que j’ai du changé mon livre (http://www.comprendrelargent.net/) pour ne plus accuser à tord la loi de 73. J’ai seuleement changer 3 petits paragraphes!

    Amicalement!

    • Merci pour ce très précieux commentaire Mathieu.

      Nous aurions d’ailleurs franchement besoin d’un analyste en économie comme toi dans nos rang, cela changerait beaucoup de choses…
      Donc si l’envie te prend, n’hésite pas à nous faire signe via le « contactez-nous ».

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