La bourse ou la mort

La bourse ou la mort

le 23 janvier, 2015 dans Dictature de l'économie par

En mai 2013, le meurtre d’un militaire à l’orée d’une banlieue de Londres, touchée par la misère sociale, provoqua des tensions raciales. Elles entraînèrent plusieurs quartiers au bord de la guerre civile. Ce fut le point d’orgue d’une situation conflictuelle larvée depuis une poignée de décennies entre d’un côté le petit peuple prolétaire blanc anglais et, de l’autre, le petit peuple prolétaire musulman d’origine indo-pakistanaise. La presse vendit ces évènements comme un « choc des civilisations ». Pathétique…

Bien informés, les prolétaires blancs anglais se seraient retournés contre la politique néolibérale suivie par leurs différents gouvernements depuis la fin des années 1970. Une politique qui a entraîné des délocalisations sauvages, détruisant le tissu industriel du pays par le fait d’une mise en concurrence de la main d’œuvre anglaise avec celle du reste du monde. Une concurrence particulièrement marquée pour les ouvriers peu qualifiés. Une situation qui tira indubitablement l’emploi, les salaires et les droits sociaux à la baisse. Cette politique néolibérale favorisant la libre circulation des capitaux et des personnes a, de fait, encouragé l’entrée massive de main d’œuvre étrangère bon marché pour concurrencer directement les autochtones au regard des quelques emplois restants, ceux non délocalisables. Outre la pression sur l’emploi, la venue en nombre de nouveaux arrivants a créé de prévisibles problèmes d’intégration au travers de ce climat de récession et de cette société encline au communautarisme. Comment cela aurait-il pu se passer autrement, dans de telles conditions économico-sociales dégradées ?

Des milliers d’indo-pakistanais ont donc quitté (eux ou leurs descendants) leurs pays d’origine – ce que l’on ne fait jamais de gaieté de cœur -, attirés par le mirage capitaliste britannique. Un mirage rendu vital par le manque d’emplois dans leurs pays d’origine, eux qui ont fait le choix, plus ou moins forcé, de sortir d’une société traditionnelle nécessiteuse en main d’œuvre pour se convertir à l’industrialisation et la fabrication de masse. Une conversion fortement incitée par les avant-postes néolibéraux que peuvent représenter l’inquisitrice Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui purge la Terre des protectionnistes ; l’autocrate Fond Monétaire International (FMI) qui ne prête qu’en contrepartie de la libéralisation de l’économie et des services – les fameux « ajustements structurels » ; et épisodiquement par l’intimidante puissance militaire américaine qui a une fâcheuse tendance à recadrer tout Etat qui resterait sourd à de tels changements de société.

L’Histoire n’est pas à une ironie près quand on constate que, d’un côté, des pays sont forcés au libre-échange, et de l’autre, des pays prônant ce même libre-échange, ne le pratiquent pas ! Demandez au sbire Ronald Reagan, archétype du chantre du libre-échange pour les autres, lui qui fut le président américain consentant au plus grand nombre d’aides financières de l’Etat aux grandes entreprises US.  Les entreprises de pays tels que l’Inde ont donc dû faire face à des multinationales souvent financées par des aides d’Etat à l’export et dont la main d’œuvre est choisie dans l’espace géographique le plus rentable du moment. Oh, concurrence libre et complètement faussée !

Pourvus d’une réelle information, d’un réel désendoctrinement et du recul nécessaire à l’ingestion et à l’analyse de telles données, nos deux groupes de prolétaires anglais, les blancs et les Indo-pakistanais d’origine, se seraient pris la main pour combattre leur véritable ennemi, ce monde néolibéral financiarisé et apatride dont le quartier de la City à Londres est l’archétype. Ou comment se tromper de cible…

Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. » – Malcom X

           Jérôme Pages du site Lectures au peuple de france.fr

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